Incendie criminel du marché « Tête-Boeuf »

Le bilan est très lourd

11 corps complètement carbonisés. Entre 2500 et 4000 marchands sinistrés, selon la mairie de Port-au-Prince. Des marchandises évaluées à des milliers de dollars disparues dans les flammes. C'est le bilan partiel de l'incendie criminel du marché « Tête-Boeuf », perpétré par des bandits armés, le mardi 31 mai 2005.

Publié le 2005-06-01 | Le Nouvelliste

Des flammes et de la fumée noire sortent encore des fenêtres du troisième étage de l'immeuble en béton du marché. 24 h après le sinistre, les sapeurs-pompiers n'arrivent pas encore à avoir raison du feu. La partie construite en bois et en fer forgé s'est effondrée. La catastrophe est indescriptible. Des marchandes, des passants... n'en reviennent pas encore. Des têtes éberluées. Des soupirs, des pleurs, des cris de douleur... complètent le décor pitoyable du marché « Tête-Boeuf ». Marcher sur des cadavres Il faut consentir à marcher sur des clous, des morceaux de métaux (parfois tranchants) et de tôles, de cendres fumantes... pour avoir accès à « l'espace qui abritait le marché « Tête-Boeuf ». A l'entrée, les squelettes des étals en fer des marchands confirment l'atmosphère de désolation qui plane sur toute la zone. Plusieurs détours dans des couloirs méconnaissables débouchent dans un corridor. Là, le drame monte au coeur. Les particules d'une cervelle grillée, éparpillent sur le sol. Le crâne, dont des morceaux sont répandus ça et là, est complètement cramé. Il en reste les cavités oculaires, nasales et les quelques dents noirâtres qui restent accrochées aux mâchoires. Le reste du corps, carbonisé, est amputé des jambes et des bras. Pour avancer dans ce corridor, il faut traverser le cadavre transformé en charbon. Plusieurs personnes l'ont déjà fait. On comprend pourquoi ce qui reste de ce corps, se trouve dans cet état. Le spectacle devient plus renversant. Sous un tas de tôles rétrécies et calcinées, se dessine le profil d'un autre corps. Encore un autre. Et encore un autre. On aura compté près de sept morts dans ce seul endroit. Dans un coin, on identifie deux corps accolés à des goudrons de tissus, de matières plastiques noirâtres. Des marchandes trouvées sur place affirment que sous les décombres doivent se trouver encore plusieurs dizaines de corps carbonisés. Car, expliquent-elles, les bandits avant de mettre le feu, rançonnaient les commerçants. Ces derniers pour sauver leur peau ont été se cacher dans des dépots et sous leurs étals. Les assaillants avant de quitter chaque espace du marché y mettaient le feu. Ainsi, beaucoup de victimes seraient prisonniers dans leur refuge après le départ des malfaiteurs, soutiennent ces mêmes marchandes. Selon le Maire principal de Port-au-Prince, Carline Simon, des gens pris dans l'étau du feu et des bandits ont eu la vie sauve grâce à l'intervention des habitants de la zone qui ont creusé une sortie à l'arrière du marché. Quatre fusils, deux M-1 et deux M-14, appartenant à la police, selon le témoignage d'un responsable, ont été aussi retrouvés, mais complètement détruits par le feu. Les agents de la PNH, selon les responsables du marché, ont dû sortir du marché sans ces armes, car ils étaient pris en chasse par les bandits. A cause de la faiblesse des moyens des sapeurs pompiers le feu, a eu le temps de se propager dans tous les environs. Au point qu'un mini bus qui se trouvait hier encore jusqu'à 15h30, intact, a été retrouvé ce matin, incendié. Les petits marchands victimes se regroupent dans chaque coin. Ils se lamentent. Mais louent aussi le ciel. « C'est vrai que j'ai tout perdu, mais j'en suis sortie vivante et c'est grâce à Dieu », déclare une dame. Ils guettent aussi les journalistes. Les micros tendus, ils vomissent leurs déboires, leur désaroi, leur amertume... en avouant que l'argent des marchandises brûlées était des prêts hypotécaires et à intérêt fort. Maintenant, ces milliers de marchands ne savent pas à quel saint se vouer. Certains réclament en ce sens une intervention d'urgence des responsables du gouvernement. Selon le témoignage de plusieurs anciens commerçants du centre-ville, parlant du désastre au marché « Tête-Boeuf », jamais incendie n'a causé autant de dommages et de pertes en vies humaines.
Gaspard Dorélien gasparddorélien@lenouvelliste.com Auteur

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