Insécurité, violence

MINUSTAH, quelle mission, quelle stabilisation?

Un consul honoraire français, Paul-Henri Mourral, criblé de balles, un important marché public envolé en fumée après une fusillade en règle de gangs armés contre un sous- commissariat de police, des braquages et enlèvements spectaculaires en pleine rue...ce qui reste à stabiliser risque de basculer sous le regard impuissant des Casques bleus de l\'ONU. Un an après son déploiement, la mission onusienne est mise à l\'épreuve.

Publié le 2005-06-01 | Le Nouvelliste

*** Les Casques bleus ont beau multiplier les interventions musclées dans les bidonvilles surpeuplés de la capitale, pourtant les conditions de sécurité se sont dégradées au cours des derniers mois. Nouvelle face de cette insécurité, les enlèvements contre rançon se sont développés. Cinq cas sont recensés par jour, selon le directeur général de la police, Léon Charles. Trois étrangers figurent parmi les quelque 150 personnes prises en otages puis libérées contre des rançons allant jusqu\'à des centaines milliers de dollars. Il a fallu seulement quatre mois, après le retrait de la force multinationale ( une coalition de militaires américains, français, chiliens et canadiens), passant le relais aux Casques bleus onusiens, pour que la capitale haïtienne bascule dans la violence des bandits armés. Les premiers 365 jours de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti coïncident avec une insécurité grandissante, ponctuée de kidnappings, de braquages, de décapitation de policiers et d\'attaques violentes contre un vieux marché public. Le consul honoraire français du Cap-Haïtien, Paul-Henri Mourral, pris entre les feux croisés des gangs de rue, a succombé à ses blessures dans la soirée du mardi. Le diplomate, âgé d\'une cinquantaine d\'années, était grièvement blessé par balles, près de l\'aéroport de Port-au-Prince. M. Mourral a été atteint de plusieurs projectiles à l\'abdomen alors qu\'il circulait dans son véhicule, précise l\'ambassade de France à Port-au-Prince. Le jour même de l\'attaque, un sous- commissariat de police a été violemment attaqué par des gangs venus du quartier de Bel-Air, devenu \"no man\'s land\" depuis le déclenchement de la guérilla urbaine de septembre dernier (opération Bagdad). Un ancien marché public, limitrophe du sous- commissariat de police, a été détruit par les flammes suite à cette attaque. \"Cinq corps calcinés ont été retrouvés dans les décombres, selon un premier bilan de la porte-parole de la police, Jessie Cameau Coicou. Les organismes de droits humains dénombrent plus de 620 personnes tuées au cours des sept derniers mois. Certains quartiers restent toujours sous le contrôle de partisans de l\'ancien président Jean-Bertrand Aristide qui réclament son retour au pouvoir. D\'autres quartiers, dont Fermathe surplombant la capitale, considérés comme plus calme, sont dans la tourmente des gangs armés qui violent des mineurs . Les cas de viols \"les plus saillants ont été ceux perpétrés dans les résidences de deux familles bourgeoises connues\", rapporte l\'agence en ligne AlterPresse. Vols et viols Dans la localité de Fermathe, le week-end écoulé, une mère de famille qui a récemment subi une césarienne a été violée par quatre hommes alors que deux autres complices armés de fusils d\'assauts montaient la garde à l\'extérieur, rapporte encore la même source. Le commando de six hommes, précise l\'agence, a fait irruption dans la maison en faisant sauter les fers forgés de la porte d\'entrée. \"Une adolescente de dix ans\" qui se trouvait dans la résidence \" a été également violée\" par les bandits qui ont enlevé un bébé de neuf mois. Le poupon kidnappé a été libéré à la faveur d\'une négociation des bandits avec les membres de la famille. Un véhicule de police, rapportent des témoins, a été remarqué dans les parages de la maison pendant les forfaits des bandits. Deux suspects, a annoncé le Commissaire Coicou, ont été appréhendés lors d\'une opération policière dans les quartiers de Fermathe et de Laboule. Les deux personnes arrêtées, Célestin Thurène et Garry Walner, précise la porte-parole, seraient membres d\'un gang mêlé dans des cas de vols et de viols. Une recomposition de la MINUSTAH Impuissant face à la guérilla urbaine des gangs armés, le Directeur général de la PNH, Léon Charles, a récemment critiqué la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti qui n\'a pas soutenu assez la Police nationale suivant les recommandations du conseil de sécurité de l\'ONU. \"Donnez-moi un quart des moyens de la MINUSTAH, je rétablirai la sécurité dans le pays\", a lâché le chef de l\'institution policière qui se plaint du peu de moyens que dispose la PNH. Les dirigeants de la classe politique et de la société civile se déclarent très insatisfaits du peu de résultats obtenus par les Casques bleus. Certains critiquent leur commandement assuré par un général brésilien. \"Trop timide et trop précautionneux\", selon André Apaid, membre du groupe des 184 organisations de la société civile qui souhaite une recomposition de la mission. Le représentant en Haïti du secrétaire général de l\'ONU, le Chilien Juan Gabriel Valdes, dresse, en revanche, un bilan plutôt \"encourageant\". La MINUSTAH a sauvé le pays d\'une partition de son territoire et assuré la stabilité du gouvernement, a-t-il affirmé à l\'AFP. Le diplomate onusien admet cependant que \"la mission n\'a pas encore réussi à offrir aux citoyens haïtiens, particulièrement à Port-au-Prince, une situation de sécurité satisfaisante\". C\'est une de nos nouvelles priorités notamment à l\'approche des élections, a-t-il dit. La récente recommandation de Kofi Annan pour augmenter l\'effectif de la MINUSTAH n\'a pas été très bien accueillie en Haïti. \"Il est plus important de renforcer la capacité de la police haïtienne\" (4.000 hommes pour une population de 8 millions d\'habitants), estiment des chefs de parti.
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