Le coaching d’affaires, quel potentiel pour les entreprises haïtiennes ?

Publié le 2018-01-10 | Le Nouvelliste

Economie -

L’on connaît tous la notion de coaching et son application au domaine des sports. Et depuis très longtemps, c’est à la fois normal et nécessaire, pour un athlète ou un sportif, d’être coaché durant toute sa carrière. Mais ces deux (2) dernières décennies ont vu l’émergence et le succès, particulièrement en Amérique du Nord et en Europe, de pratiques de coaching dans d’autres domaines, dont celui des affaires : d’où le coaching d’affaires. Si leur encadrement et leur évolution relèvent de l’International Coaching Federation (ICF), lesdites pratiques sont diffusées via des instituts et cabinets ou ordres professionnels affiliés. Ceux-ci forment et perfectionnent, sur demande et de façon continue, des professionnels en accompagnement orienté notamment vers les entreprises.

Qu’est-ce donc que le coaching d’affaires ?

Le coaching d’affaires renvoie à une relation professionnelle suivie, centrée sur la situation présente d’un client et étalée sur une période déterminée, qui lui permet de développer des compétences dans l’action, d’obtenir des résultats concrets et mesurables dans son travail en entreprise et d’améliorer ses performances ; ce en lien avec des priorités et objectifs qu’il a établis et

s’engage à atteindre avec l’appui d’un coach.

Cette approche est, en termes méthodologique et éthique, fondamentalement différente du consulting traditionnel. Notons que le coaché est souvent propriétaire ou chef d’entreprise, cadre-dirigeant et parfois toute une équipe.

Le coaching d’affaires est orienté résultats, dans le respect des priorités et objectifs définis par le client coaché ou bien de concert avec son supérieur immédiat ou hiérarchique s’il n’est pas lui-même le principal dirigeant. Il prend en compte ses contraintes et enjeux, les résultats qu’il veut ou doit obtenir et la situation actuelle de l’entreprise qu’il dirige ou dans laquelle il travaille.

Cependant, le volontarisme ainsi que l’engagement et la discipline du client coaché sont indispensables. Celui-ci est, pour cela, responsabilisé. Au centre de la relation de coaching, il est toujours mis devant sa responsabilité par le coach, qui le rencontre et à qui il rend compte lors de séances de travail et de suivi dont le nombre et les dates sont fixés d’avance. Celles-ci peuvent se dérouler en entreprise, hors entreprise et/ou par téléphone.

La reddition de comptes par le client coaché est obligatoire et très importante. Elle porte sur les avancées réalisées, les résultats obtenus et d’éventuelles difficultés rencontrées dans l’implémentation des actions-solutions préalablement élaborées avec l’appui du coach et censées amener à l’atteinte des objectifs. Cela permet au coach de savoir où en est le client coaché et, surtout, de faire un suivi soutenu et adéquat.

Il s’agit ainsi de catalyser le développement graduel du plein potentiel du client coaché qui, de par son rôle et ses responsabilités dans l’entreprise, a une obligation de résultat. Contrairement au coach qui a une obligation de moyen. D’où la nécessité et l’intérêt pour le client coaché d’être pleinement engagé pour tirer le meilleur parti de la relation de coaching pour lui-même et pour l’entreprise.

Si le coaching d’affaires a émergé en Occident dans les années 2000, il se fait toutefois adopter assez rapidement ailleurs. Et, de nos jours, dans des contextes d’affaires similaires au nôtre, les (chefs d’) entreprises de tout acabit s’adjoignent des coaches.

Pourquoi et que peut le coaching d’affaires dans le contexte haïtien ?

De prime abord, un bref état des lieux s’impose. Rappelons certaines statistiques issues du recensement général des entreprises, réalisé de 2012 à 2013 par le Ministère du Commerce et de l'Industrie (MCI). Selon les résultats de cette enquête, 96% des 71515 entreprises recensées sont individuelles ou familiales, et seulement 9,36% du total pourraient être considérées comme PME. Cela laisse clairement comprendre que l’écrasante majorité des entreprises du pays sont des microentreprises.

Par ailleurs, seulement 10% des entreprises dénombrées génèrent plus de 250 000 gourdes de chiffre d’affaires. Et, côté éducation, 12% seulement des propriétaires de PME ont le niveau universitaire, contre 27% le niveau primaire. Toutefois, dans l’ensemble, 7% des propriétaires d’entreprises ont atteint l’université.

Autres statistiques signifiantes, 75,1% des chefs d’entreprises interviewés souhaitaient un appui de l'État haïtien, et 12,4% d’entre eux le voulaient sous forme financière. D’où ces initiatives du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), à savoir : le Programme de soutien aux micro-entreprises (PSME), le Centre de développement de l’entreprise et de l’entrepreneuriat (CDEE) et les Services d’appui aux entreprises (SAE). Ce avec leurs limites et pour un impact mitigé. Mais l’on convient que, à la base et normalement, il n’incombe pas à l’État de fournir aux entrepreneurs et aux entreprises des services d’appui-conseil en gestion.

En effet, les quelques statistiques indiquées ci-dessus font écho aux difficultés des chefs d’entreprises du pays, toutes catégories confondues, à satisfaire pleinement aux exigences de compétences et de savoir-être inhérentes au métier d’entrepreneur qu’ils ont choisi. Alors que les entreprises, pour la plupart en panne de gestion (au sens large) et souvent faiblement structurées, rêvent de performance et de croissance. Oubliant de fait que cela requiert d’abord un changement d’état, réalisable sur le long terme et fort souvent avec un appui professionnel externe adéquat.

Tenant compte de ce qui précède, il serait judicieux que le propriétaire ou chef de MPME haïtien s’adjoigne plutôt un coach d’affaires au lieu de recourir systématiquement à un consultant classique par habitude ou par ignorance. Et tant pour lui-même que pour son entreprise, ce changement de paradigme s’impose. Entendu que le coach d’affaires, en plus d’aider le chef de la MPME haïtienne à saisir objectivement les causes profondes de problèmes ou de contre-performances de l’entreprise, peut l’accompagner dans l’élaboration éclairée et l’exécution efficace d’actions-solutions conformes à des priorités et objectifs qu’en général, il l’a préalablement aidé à définir.

Ce faisant, le chef d’entreprise haïtien aurait à ses côtés un professionnel engagé sur la durée, offrant à son entreprise un service rapproché à valeur ajoutée unique et jouant également le rôle de développeur de compétences et d’affaires.

D’ailleurs, demeurer en affaires, c’est une chose, mais y réussir pleinement en est une autre. Et dans le contexte haïtien, cela est évidemment très difficile. Surtout que les lacunes du chef d’entreprise et/ou de son personnel deviennent vite celles des MPME, qui en pâtissent souvent à divers égards au point de (risquer de) péricliter au grand dam de leurs propriétaires et employés. En cela, le coaching d’affaires peut être un mode alternatif efficace d’accompagnement et d’apprentissage pour tout dirigeant et employé d’entreprise en Haïti.

À ce titre, il assure au chef et employés (cadres, etc.) d’entreprise haïtienne aujourd’hui de gagner graduellement en compétences et en savoir-être pour remplir pleinement leurs rôles de manager et de leader à leur niveau respectif. Le but ultime étant de catalyser, avec efficacité et sur la durée, la performance optimale de la triade dirigeant(s)-personnel-entreprise.

Il convient de mentionner, sinon de rappeler, qu’une entreprise est un tout complexe jamais facile à gérer. Et ajoutez à cela l’environnement global d’affaires difficile en Haïti auquel s’adapter à défaut de pouvoir l’influencer et la concurrence mondialisée (parfois déloyale au niveau local) à surveiller et contrecarrer en permanence le propriétaire ou chef de la MPME haïtienne déjà peu préparé et mal ou non accompagné est normalement très vite dépassé.

Et aujourd’hui, faute d’appui-conseil professionnel adéquat, qui sait combien d’entreprises en Haïti stagnent lamentablement ou risquent même de bientôt déposer le bilan ?

Somme toute, le coaching d’affaires s’applique à tout dirigeant, cadre ou employé et type d’entreprise. Ce indépendamment du niveau d’éducation de l’individu à coacher, de la taille et du métier de l’entreprise. Et loin d’être un luxe inaccessible ou une source de coût supplémentaire, il représente une alternative adéquate surtout pour la MPME haïtienne. S’adjoindre un coach d’affaires étant à la fois stratégique et très avantageux, chaque chef d’entreprise en Haïti gagnerait donc à se faire coacher … pour le meilleur !

Luckenson LOUIS, M. Sc. Consultant-Formateur et Coach d’Affaires Spéc. en Développement de chaîne de valeur luckenson.louis@gmail.com Auteur

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