Jovenel Moïse a-t-il la liberté et la volonté de choisir son cap pour 2018 ?

Publié le 2018-01-05 | Le Nouvelliste

Editorial -

Alors que les bruits de changement au sein du cabinet ministériel et de certaines directions générales s’intensifient, il est temps de se demander si les alliés au Parlement du chef de l’État vont lui donner la latitude pour remodeler une machine gouvernementale qui ne donne pas des résultats à la mesure des problèmes du pays.

Il est devenu difficile de décoder en ce début d’année le cap que compte suivre le pays pour les mois à venir. Le discours du 1er janvier 2018 du président de la République n’est pas une boussole sûre. Entre devoir de mémoire pour les Aïeux et les annonces ponctuelles, le tour fut fait.

Les messages qui seront délivrés le deuxième lundi de janvier pendant l'ouverture de l'année parlementaire n’ont pas pour tradition de fixer un cap. On sera surtout dans les bilans des Chambres et du gouvernement. Des bilans fantasmés plus qu’ancrés dans la réalité, encore moins dans la prospective. Le président Moïse peut faire des annonces fortes, le fera-t-il ?

De l’autre côté de l’île, le président Danilo Medina vient de déclarer « 2018, année de la promotion des exportations ». Son gouvernement a opté pour l’exportation comme fondement de la croissance économique de la République dominicaine. Le président dominicain veut que son pays produise et exporte. Qui dit exportation dit création d’emplois et croissance.

En Haïti, la tendance de ces dernières décennies est fortement marquée par la croissance…des importations. Qui dit importation dit perte d’emplois et difficultés de tout ordre pour atteindre des objectifs sains pour le développement de l’économie.

D’année en année, sur les fonds transférés par la diaspora, nous finançons nos importations. Non seulement rien n’est fait pour changer de modèle, rien n’est fait non plus pour optimiser l’utilisation des milliards de la diaspora.

Combien d’usines avons-nous inauguré ces dernières années pour substituer une production locale aux produits importés ? Quels sont les avantages offerts aux producteurs en Haïti ? Avons-nous l’intention d’en offrir ?

Depuis cinquante ans, la sous-traitance et le tourisme, puis les télécommunications, plus récemment, sont les rares et mêmes secteurs qui retiennent toute l’attention des autorités dispensatrices de toutes sortes de franchises et de protections. Est-ce que cela engendre de la croissance et des emplois ? NON.

En 2018, le président Jovenel Moïse, comme René Préval avant lui, peut mettre l’accent sur la construction de route et sur la relance de l’agriculture, pour provoquer la dynamique du changement. Comme René Préval, il peut accentuer le financement de toutes les envies des parlementaires pour créer la stabilité politique. Cela ne suffira pas à alimenter la croissance saine et soutenue de l’économie.

Si les institutions pour entretenir les routes, curer les caneaux, placer les commandes d’engrais et de semences, pour veiller à la vérité des prix et à l’équité des passations de marché, pour contrôler le gouvernement et demander la reddition de tous les comptes ne font pas bien leur travail, on tournera en rond à la recherche éperdue du mieux-être.

Mais, avant tout, si le cap gouvernemental n’est pas bien fixé si le secteur privé continue de se comporter comme étranger au sort du pays et de ses millions d’habitants, nous continueront à nous laver les mains et à prendre le sol pour serviette.

Pour revenir à l’objectif de la République dominicaine de tripler ses exportations vers Haïti, selon les déclarations faites l’an dernier par le ministre dominicain des Affaires étrangères, Miguel Vargas Maldonado, on attend de voir à l’œuvre les douanes haïtiennes et la nouvelle brigade chargée de la surveillance des frontières entre Haïti et son voisin. Le problème dans le commerce entre nos deux pays n’est pas le volume des exportations dominicaines vers Haïti, ni même le déséquilibre abyssal dans les échanges entre les deux pays, mais le fait que les biens dominicains rentrent en Haïti sans payer de taxes.

Là aussi, sur ce front comme sur beaucoup d’autres, le gouvernement et le secteur privé doivent fixer ensemble des objectifs et un cap. Le feront-ils en 2018 ? Peuvent-ils le faire ? Veulent-ils sortir du chemin tracé depuis le 12 janvier 2010 ?

Les prochains jours nous éclaireront.

Frantz Duval
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