La passivité des autorités haïtiennes face au dossier du TPS aux USA

Publié le 2017-12-19 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Cassandre Thrasybule

Le statut de protection temporaire (Temporary Protected Status, TPS) accordé aux migrants haïtiens en 2010 après le terrible tremblement de terre qui a frappé Haïti a été annulé. Les récipiendaires du TPS ont jusqu’à juillet 2019 pour se régulariser ou partir volontairement. Sinon, la déportation sera inévitable.

Malgré l’espoir nourri par beaucoup pour un éventuel prolongement de ce statut, la menace de la révocation du TPS a en fait été formulée depuis la campagne de Donald Trump avec un discours féroce anti-immigrant. En mai 2017, à l’annonce du dernier prolongement, six mois ont été gracieusement accordés avant d’arriver au pire. Le 20 novembre dernier, le TPS a été officiellement annulé par l’administration Donald Trump Qu’avons-nous fait en prévision de cette décision?

Des milliers de familles qui, pour des raisons diverses ont quitté Haïti, ont depuis 7 ans subi le stress de la possible annulation de ce statut temporaire. Maintenant que l’annulation est officielle, Haïti est-elle prête à les accueillir? Haïti est-elle même consciente du retour imminent de ses enfants?

En plus de la crainte du non-renouvellement du TPS, ce qui a inquiété grandement est la nonchalance des autorités haïtiennes par rapport à cette urgence de nos familles, alors que la communauté haïtienne aux États-Unis a été des plus motivée et préoccupée.

Il est certain que les autorités américaines sont en droit de suspendre ce programme qui nous été accordé à un moment douloureux de notre histoire. Mais le gouvernement haïtien de son côté est aussi en droit de se battre pour empêcher cette déportation massive. Une certaine agressivité de la part de nos autorités, en faisant du lobbyisme par exemple et en contactant les groupes de pression pour tenter de dissuader l’administration Trump,compte tenu de notre réalité fragile, ne serait pas une atteinte à notre dignité, au contraire. Cela montrerait à mon humble avis le souci de l'État pour le bien-être de la population, le gouvernement n'étant pas encore à même de répondre aux besoins de ceux sur place, voire des milliers à venir.

Il n’est pas trop tard pour que le président Jovenel Moise agisse. Le gouvernement haïtien peut bien travailler avec nos élus locaux sur place et les activistes pour faire comprendre l'impasse dans laquelle se trouvent ses citoyens menacés de déportation. Une simple correspondance ne suffit pas, il nous faut des contacts directs et sans tarder.

A l’apogée de la tension autour de la possible annulation du TPS au printemps dernier, un article du Miami Herald paru le 13 mai 2017 disait que malgré les déclarations de M. Wilson Laleau, directeur de cabinet du président Moïse, concernant la décision qu’aurait prise le président haïtien de contacter le président Trump pour lui demander d’étendre le programme pour les 58 000 inscrits, aucune correspondance n’aurait en fait été reçue à Washington venant d’Haïti, selon les sources du Miami Herald. (1) Finalement, cette correspondance aurait été envoyée peu de temps après la sortie de l’article.

Lorsqu’une autre décision devait sortir ce 20 novembre, le Miami Herald a le 9 octobre 2017 informé qu’une correspondance de l’ambassadeur haïtien aux États-Unis, Paul Altidor, a été adressée à l’administration américaine pour demander une extension du programme. Une simple lettre du gouvernement haïtien suffit-elle par rapport à l’urgence de l’heure ?

Plusieurs pétitions ont été signées, différentes manifestations ont été organisées dans divers États américains par des activistes sur place, des élus locaux ou organisations communautaires pour exiger de l’État américain le report du statut de résidence temporaire des Haïtiens. Entre-temps, qu’ont fait les autorités haïtiennes pour tenter de supporter ces 58 000 hommes, femmes et enfants qu’elles savent pertinemment être incapables même d'accueillir sinon qu’envoyer des correspondances à la veille de l’annonce de la décision américaine ?

La tension causée à l’approche de l’expiration du TPS à la fin de chaque terme a toujours été une occasion pour nous de comprendre que l’ailleurs ne se préoccupe que de son propre bien-être et de sa priorité. Que faisons-nous aujourd'hui pour soulager les inquiétudes de ses 58 mille Haïtiens menacés de déportation ? Qu’adviendra-t-il de ces déportés à l’exécution de ce projet de déportation massive ?

Selon les informations rendues disponibles par les autorités dominicaines, de juin 2015 à fin février 2016, 144,800 Haïtiens ont été déportés en Haïti (21,076 déportés par les autorités dominicaines, le reste étant des retours dits « volontaires ». (2)

Quel plan a été mis sur pied par le gouvernement haïtien pour recevoir les déportés de la République dominicaine ? Quel plan est mis en place aujourd’hui pour faire face à cette menace de déportation ?

Comme nous le savons aussi, Haïti, en proie constamment aux catastrophes naturelles, n’est pas en mesure de recevoir, voire d’encadrer, ses ressortissants.

Depuis 2010, année de l’application du TPS au cas d’Haïti, les conditions se sont-elles améliorées? Il est clair que les conditions de vie au pays ne sont pas au beau fixe et la croissance économique quant à elle n’est pas une réalité. Nous pouvons donner en exemple la dépréciation de la gourde qui en 2010 s’évaluait à 40.23 gdes pour 1 dollar, au 27 novembre 2017, la gourde s'achète à 64.20 gdes pour un dollar.

Nous avons jusqu’à juillet 2019 pour le début des rapatriements. Mettez un plan sur pied président Jovenel Moïse en attendant de voir se concrétiser vos projets de politiques publiques pour répondre à nos différents défis.

(1) http://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/haiti/article150386602.html (2) https://www..miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/article177922561.html (3) Radio Métropole 13 juin 2016
Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".