Des maladies oubliées refont surface à cause de la faible couverture vaccinale

Diphtérie, poliomyélite, tuberculose osseuse, méningite tuberculeuse… des pathologies éradiquées jadis en Haïti et contrôlables par la vaccination nous reviennent en force et tuent nos enfants. La cause : la baisse significative de la couverture vaccinale et les nombreux mauvais choix des autorités. Si la situation est préoccupante, le Dr Josette Bijou, ancienne ministre de la Santé, fait comprendre que la part « insignifiante » du budget accordée à la santé ne permet pas de mener d’autres actions que de payer les employés du ministère.

Publié le 2017-09-28 | lenouvelliste.com

«En raison des mauvais choix de nos autorités, des mauvaises décisions prises, plusieurs maladies évitables par la vaccination dont l'éradication a été certifiée officiellement par l’Organisation panaméricaine de la santé « OPS » et / ou l’Organisation mondiale de la santé « OMS » refont surface à travers le pays », a en croire le Dr Josette Bijou qui documente plusieurs cas rencontrés.

La poliomyélite est cette maladie très contagieuse qui envahit le système nerveux et qui peut entraîner en quelques heures des paralysies irréversibles. La tuberculose est une infection bactérienne provoquée par le bacille de Koch. Une fois dans l’organisme, le germe atteint les poumons dans 85 % des cas, entraînant une toux et des problèmes respiratoires. La méningite tuberculeuse est une infection des membranes recouvrant le cerveau et la moelle épinière tandis que la diphtérie est une maladie causée par plusieurs espèces de corynebactéries du complexe diphtheriae. Il y a la diphtérie respiratoire qui induit une paralysie du système nerveux central ou du diaphragme et de la gorge entraînant la mort par asphyxie et la diphtérie cutanée.

« Pour la poliomyélite comme pour toutes les maladies contrôlables par la vaccination, la raison principale de la réémergence est la baisse de la couverture vaccinale due à plusieurs causes dont le dysfonctionnement des institutions sanitaires publiques, faute de ressources humaines et financières, et le laisser-aller dans l’administration publique », a fait savoir le Dr Josette Bijou qui compte actuellement 50 années de carrière, cinq en organisation et développement communautaire, et 44 années en gestion administrative.

Lors d’un entretien exclusif à Le Nouvelliste, l’ancienne titulaire du ministère de la Santé publique et de la Population a pointé du doigt des décisions prises par des personnes peu avisées dans le domaine. « Autrefois, tout enfant qui arrivait dans une institution sanitaire recevait le vaccin. Tout enfant hospitalisé pour une raison ou une autre était vacciné au moment de son exéat et les campagnes de vaccination servaient à compléter le programme de routine », a-t-elle élaboré, affirmant que la majorité des maladies contrôlables par la vaccination sont surtout dangereuses pour les enfants de moins de cinq ans. Cependant, la tuberculose osseuse peut frapper à tout âge.

Éradiquée en 1993, des cas de poliomyélite vont ressurgir dans plusieurs régions du pays en 1999. « Il en est de même des multiples poussées de diphtérie à partir des années 2000, avec des décès dans plusieurs départements du pays. Aussi, ces dernières années, assistons-nous à une remontée des cas de tuberculose osseuse et même de certains cas de méningite tuberculeuse », a révélé le Dr Bijou.

Contacté par le journal mercredi soir, le Dr Jean-William Pape, directeur exécutif des centres GHESKIO, ne dit pas le contraire. Après le tremblement de terre de 2010, avance-t-il, certains cas de tuberculose osseuse ont été répertoriés. Une surprise, une anomalie pour le Dr Pape. « C’est anormal d’avoir encore des cas de tuberculose osseuse. Les centres GHESKIO en ont traité un ou deux cas », a-t-il expliqué, précisant que les centres GHESKIO ne documentent pas beaucoup de maladies liées au problème de la vaccination.

A en croire le Dr Jean-William Pape, les maladies qui ressurgissent sont souvent documentées dans les régions du pays où les enfants ne sont pas vaccinés. Cette situation combien désagréable ne laisse pas sans peine celui qui a construit le plus grand centre de traitement du sida et de tuberculose dans les Amériques. « Ça me désole. Je suis embêté, déconcerté », a-t-il déclaré, rappelant qu’Haïti est le pays de la Caraïbe qui a le taux le plus faible en couverture vaccinale. Pour le Dr Pape, cela ne peut pas rester ainsi. Il croit qu’il y a un effort à faire du côté des autorités.

Que font les autorités ?

« Des plans stratégiques et opérationnels sont élaborés. Mais la plupart d'entre eux sont laissés dans les tiroirs, à la fantaisie des partenaires internationaux », a confié le Dr Bijou, déplorant que la santé n’est pas classée parmi les priorités des derniers gouvernements.

Depuis plusieurs années, souligne-t-elle, la portion du budget national allouée au secteur de la santé est insignifiante. Elle permet à peine de payer quelques employés. Le fonctionnement des institutions reste à la merci des vents et des flots. C’est ce qui explique tant d’arrêts de travail dans les institutions publiques, notamment celles qui sont dédiées à la formation des professionnels de santé.

La ministre de la Santé publique et de la Population, le Dr Marie Gréta Roy Clément, s’est informée de la situation, selon le Dr Eddy Jean-Baptiste, chef de cabinet de la ministre de la Santé. Il précise que les autorités sanitaires ont élaboré un plan d’action pour combattre ces maladies qui donnent froid dans le dos. Il explique cependant que le manque de moyen est le principal handicap à la mise en œuvre de ces plans. « Tout comme pour la filariose, le sida, les maladies infectieuses, on a des plans pour vaincre ces maladies. Mais, certaines fois, on manque de moyens pour les mettre à exécution », a-t-il expliqué, non pas sans peine.



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