Drogue/ Réhabilitation

Drogué un jour, drogué toujours!

Seulement 5 à 6% des dépendants aux narcotiques réussissent à se réhabiliter. La réhabilitation s\'obtient à partir d\'efforts combinés du drogué , d\'institutions offrant une prise en charge psychothérapeutique et clinique. En Haïti comme à l\'étranger, l\'emphase est mise sur la prévention. Drogué un jour, drogué toujours, n\'est pas un slogan vague. C\'est une poignante réalité.

Publié le 2005-06-01 | Le Nouvelliste

Au Champ de Mars, il fait partie du décor. Il mendie. Cheveux poivre , dents rougies, visage sculpté par la misère, ce drogué que nous appelons G est âgé de 43 ans. Vous l\'avez peut-être croisé sans le remarquer, sans savoir qui il est et comment il est devenu ce qu\'il est . Rencontré un après-midi, il nous a raconté son histoire. Une histoire en réalité similaire à celle de beaucoup d\'autres dépendants aux narcotiques désirant se réhabiliter une fois avoir touché le fond de l\'abîme. Monsieur G nous a confié avoir expérimenté la marijuana dès son jeune âge. A 14 ans en effet, cet adolescent timide, traînant un mal-être profond, dit avoir trouvé dans cette substance un «high». Une sensation lui permettant de trouver le bien-être, dans une bulle de fumée, loin de l\'enclavement familial, loin de la pression. Décrochant quand même son baccalauréat de fin d\'études secondaires, sa vie allait être marquée par la rencontre d\'une amie résidant à New York. Une jeune femme qui lui avait proposé de priser, de sniffer une poudre blanche avant de faire l\'amour.Selon cette jeune femme, cette poudre qui n\'était autre que la cocaïne avait des vertus aphrodisiaques. Et depuis, ce high est recherché comme le saint Graal. Un feeling, un tease, un high qu\'il n\'a jamais retrouvé malgré la fréquentation, pendant plus de dix (10) ans, des boîtes de nuit branchées de Pétion-Ville. Des boîtes huppées dans lesquelles s\'enchevêtrent putes, alcool et drogues. Entre-temps, l\'incapacité de tenir le standing Pétion-villois a précipité sa chute, sa déchéance, vers les corridors crasseux du centre-ville à la recherche de sa dose quotidienne. Un changement brutal s\'accompagnant en général de vol, de prostitution, d\'homosexualité pour certains et de mendicité pour d\'autres. M. G se trouve dans la catégorie des mendiants. Intrerrogé sur sa situation, son état, G a exprimé, avec une apparente conviction, sa volonté de s\'abstenir. Je ne veux plus me droguer, a-t-il martelé avant de se contredire avec un «mais» qui voulait dire beaucoup... Un «mais» en effet derrière lequel se dissimulent ,entre autres, plusieurs tentatives infructueuses de réhabilitation... Il est en général très difficile de mettre un terme à une addiction aux narcotiques. En Haïti et dans d\'autres pays avancés, seulement 5 à 6 % des drogués, des malades, parviennent à se réhabiliter. C\'est- à- dire à réintégrer la société, à recouvrer la considération de l\'autre, l\'estime de soi. Le support d\'institutions ou associations dans la prise en charge psychothérapeutique et clinique des addicts est précieux. Sinon déterminant. Si on sait combien de drogués réussissent dans l\'effort de réhabilitation parmi ceux-là qui reconnaissent leur maladie en réclamant de l\'aide, il s\'avère que l\'immense majorité des personnes souffrant d\'une accoutumance chimique reste livrée à elle-même. Et, souvent, ces personnes souffrent d\'une accoutumance chronique, progressive et parfois fatale. Certains cas d\'overdose mortels sont répertoriés. Des cas autour desquels règnent un mutisme total, une discrétion absolue. Des attitudes synonymes d\'ignorance, d\'incompréhension des proches par rapport à la problématique de l\'accoutumance chimique. Et aussi, dans une certaine mesure,d\'un sentiment d\'impuissance ou de culpabilité face à ce fils, à cette fille, à ce mari, à ce frère, à qui on n\'a pas su venir en aide, à qui on n\'a pas su protéger de la mort. Pourquoi est- il si difficile pour un drogué de se réhabiliter ? La difficulté pour un drogué de s\'en sortir s\'explique, en général, à partir de plusieurs paramètres : - la profondeur du déséquilibre émotionnel l\'ayant poussé à la drogue; - le stade de l\'accoutumance; - la polyconsommation; - la grande disponibilité de drogues telles que la cocaïne, l\'héroïne depuis plus d\'une décennie; - le manque d\'institutions publiques et privées spécialisées dans la prise en charge psychothérapeutique du drogué. Parmi les trop rares institutions de prise en charge psychothérapeutique et clinique figure l\'APAAC. Les difficultés de la réhabilitation renforcent l\'option de la prévention... Au niveau de l\'Association pour la prévention de l\'alcoolisme et des autres accoutumances chimiques (APAAC), le slogan \" drogué un jour, drogué toujours\" utilisé dans les différentes campagnes de prévention, se réfère à un constat: celui de la difficulté éprouvée par les addicts (drogués) à se réhabiliter. L\'addiction ou la dépendance développée à partir de la consommation de produits chimiques (cocaïne, héroïne, marijuana, alcool,etc) agissant sur la manière de penser et d\'agir d\'un individu ne se traite pas facilement. A coté du modèle de traitement résidentiel qui priorise l\'hospitalisation, le plan de traitement de type ambulatoire offert par l\'APAAC a pour philosophie de base les douze étapes des alcooliques anonymes. C\'est un traitement touchant divers aspects de la vie du patient affecté par la maladie au point de vue physique, psychologique (émotionnel), social et spirituel. Ce processus réalisé par un conseiller/psychologue comprend quatre phases: la thérapie individuelle, la thérapie de groupe, la réinsertion et le suivi. Au stade du suivi, l\'évaluation du traitement réalisé par le thérapeute renvoie en général à un constat d\'échec. Face à ces échecs, Mme Gaétane B. Auguste, la coordonnatrice de l\'APAAC, exprime, en dépit de tout, sa foi dans le travail effectué au profit de cette quantité infime de malades à se réhabiliter. Altruiste et dévouée, elle questionne les rapports interpersonnels de nature autoritaire, surtout au sein de la famille. Dans une vision macro, la coordonnatrice de l\'APAAC invite à la prévention de ce fléau. Souvent, indique-t-elle, les jeunes et les moins jeunes se droguent dans l\'espoir de trouver un palliatif à une détresse, au mal-être. Un stress famillial, un stress professionnel peuvent conduire à de très mauvaises pratiques. Même si l\'Association pour la prévention des accoutumances chimiques, fondée le 3 novembre 1986, fait face aujourd\'hui à de sérieuses difficultés financières, son travail est reconnu par les autorités publiques et par la communauté. Dans un système de santé publique en lambeaux, rien n\'indique pour le moment que la réhabilitation et surtout la prévention des accoutumances chimiques soit une priorité pour l\'État. Sans hypocrisie, la problématique de la drogue ne devrait-elle pas être approchée dans sa globalité ? C\'est-à-dire par l\'élaboration d\'une politique publique de lutte efficiente contre le trafic et la consommation de la drogue. Quelle entité ou institution peut garantir aujourd\'hui que les réseaux disposant d\'une logistique impressionnante pour faire transiter de la cocaïne aux USA ne sont plus opérationnels? Qui peut nier l\'implication de ces réseaux dans l\'alimentation de l\'instabilité de notre pays? Dans les bidonvilles comme dans les quartiers chics, il y a des jeunes qui se droguent. Des jeunes qui représentent à la fois une perte et une menace pour l\'ensemble de la société. Une société rongée par l\'exclusion, la misère, l\'immoralité, l\'insécurité, la culture du paraître. Au fait, quand il s\'agit de drogue, il faudra comprendre que rien n\'est simple, qu\'il y a toujours un mais... Un mais qui doit cependant inviter à l\'action. A la prévention de ce fléau.
Roberson Alphonse. robersonalphonse@yahoo.fr Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".