Infrastructure / Urbanisme

Port-au-Prince, capitale-marché

Sur la chaussée, dans les rues, le marché se développe partout à Port-au-Prince. Trétaux, \" layé \", barques, boîtes de marchandises encombrent les trottoirs du bord de mer jusqu\'au Palais national.

Publié le 2005-04-14 | Le Nouvelliste

A Port-au-Prince, la surpopulation est un fait constaté à l\'oeil nu. En 1999, à l\'occasion du deux cent cinquantième (250è ) anniversaire de la fondation de cette ville, plus de huit cent mille (800 000) habitants occupaient ses 40 Km2. Aujourd\'hui, le nombre d\'habitants avoisine les deux millions (2 000 000). Pourtant, les infrastructures n\'ont pas suivi cet accroissement de la population. Les marchés publics constituent un exemple concret. L\'érection des 5 principaux marchés de la zone métropolitaine date de la fin du 19è siècle et du début du 20è siècle. Le résultat : tous les espaces-rues de Port-au-Prince se transforment en marché. Selon les normes urbanistiques relatives au ratio de marché par quantité d\'habitants, il faut un marché pour chaque groupe de vingt mille (20.000) habitants. En Haïti, ce principe est ignoré et n\'est pas appliqué... Pétion-Ville, par exemple, qui compte plus de trois cent mille (300 000) habitants, ne dispose pratiquement que d\'un seul marché. La surpopulation, une première raison D\'après l\'architecte et présidente de la Fondation du Comité d\'Union et de Support aux Municipalités (CUSM) (branche Pétion-Ville), Mme Jeannine Liautaud Millet, la surpopulation est l\'une des raisons qui justifient la prolifération des marchés dans tous les recoins de Port-au-Prince. Parce que, selon elle, un marché répond à une demande d\'une agglomération. Le développement des quartiers résidentiels, des bidonvilles doit être accompagné de l\'aménagement d\'un ensemble d\'infrastructures indispensables à la reproduction ou à la survie de chaque groupe, indique Mme Millet. Le marché est compris parmi ces infrastructures. Autant qu\'il y aura cet accroissement incontrôlé de la population, autant que des infrastructures anarchiques, donc incontrôlées, se développeront. Autant de rues que de marchés Parallèlement aux types de marchés traditionnels, se développe un ensemble d\'activités commerciales implantées de façon désordonnée dans la rue et qui nuise à la vie normale de la ville. Cette description correspond aux structures de marché de rue, considéré, par plus d\'un, comme un phénomène parasitaire, mais qui représente, pour d\'autres, une source d\'espoir d\'un lendemain meilleur. Le marché de rue est «comme une excroissance du marché traditionnel qui serait sorti de son cadre physique, pour se répandre telle une tache dans les artères de la ville. On le dit désorganisé et incontrôlable en raison de son caractère jugé anarchique et du nombre incalculable des acteurs qui l\'animent et qui le développement », a écrit Dingan\' Bazabas, consultant en urbanisme, qui a réalisé en 1997 une étude sur le marché de rue en Haïti. Sur tout le long du boulevard Jean-Jacques Dessalines, le principal artère de Port-au-Prince, des groupuscules de petits commerces y prennent place. On y retrouve toutes sortes de produits: de la denrée alimentaire aux vêtements et sous-vêtements d\'occasion (pèpè ou kenedi). Dans toutes les rues perpendiculaires au boulevard : Charéron, Joseph Janvier, Paul VI, Pavée, Rue des Miracles.... des marchés forment corps avec toutes les autres structures commerciales formelles. La circulation automobile dans ces lieux est un vrai casse-tête. A Port-au-Prince, il semble avoir autant de rues que de marchés. Et même plus. Car même les quartiers résidentiels ne sont pas épargnés. Presque tous disposent, à présent, de leur petit marché. Des zones jadis réputées pour leur calme, l\'agréable disposition et aménagement des maisons, la propreté des rues, tombent, aujourd\'hui, sous le coup de l\'anarchie des marchés. Bois-Verna, Canapé-Vert, Pétion-Ville, Lalue, Turgeau... en sont des exemples. Par exemple, sur l\'Avenue John Brown, à Lalue, se développe depuis plus d\'un an, et à un rythme inquiétant, un marché. Ce dernier, déplacé, était localisé à Ravine Pintade, un bloc résidentiel de Lalue. La plupart de ces marchands en majorité des femmes sont pères et mères de famille qui ont de lourdes responsabilités. Certains, très avancés en âge, n\'ont jamais été salariés de toute leur vie. De toujours, ils ont été marchands. Marchands de rue. Bon nom d\'observateurs avancent que le problème de marché des rues est surtout la résultante de la situation de pauvreté extrême de pays. La pauvreté, une autre raison La centralisation des services publics, des structures économiques et la paupérisation accrue de la paysannerie haïtienne favorisent le déplacement accéléré des paysans vers la capitale. Tous y viennent en espérant trouver un mieux-être. Port-au-Prince ne peut pourtant pas répondre à cette population en termes d\'emploi. Cette catégorie de nouveaux venus un peu habitués avec le commerce fait le choix de reprendre cette activité. Avec un peu moins de cent (100) gourdes, certains se lancent dans le commerce. Ce que Mme Millet a qualifié de chômage déguisé. Car l\'invasion des rues par des petits détaillants ne classe pas automatiquement ces groupes dans la catégorie active de la population, explique Mme Millet. Cependant, ce commerce au détail répond aussi à un besoin de la majorité de la population qui ne peut pas s\'approvisionner en gros. Il a été rapporté que dans certaines zones, une boite d\'allumettes se vend au détail. Par petits paquets de cinq ou dix, des tiges d\'allumettes sont exposées sur des barques. Par dignité, pour ne pas mendier son pain ou pour survivre, devenir marchand à Port-au-Prince constitue pour beaucoup la seule voie de salut. D\'où l\'émergence des marchés, partout dans la ville. Le système de marché en Haïti A la fin des années 90, Port-au-Prince et ses environs, disposaient de plus d\'une trentaine de marchés urbains. Officiels ou non. Ces derniers se regroupent en sous-catégories, adaptés à la réalité et aux contraintes de l\'espace. A côté des grands marchés traditionnels, recouverts ou à ciel ouvert, s\'ajoute une quantité effroyable de petits marchés. Ils se développent sur les places publiques, les trottoirs des grands axes, sur des terrains inoccupés, dans des ruelles ou aux environs des grands pôles très fréquentés. Cette tendance prend de nos jours une proportion cauchemardesque. Des habitants alarmés par cette menace se demandent si Port-au-Prince, d\'ici dix ans, ne se transformera pas en un vaste marché où mener toute autre activité sera tout simplement impossible. Le centre historique de Port-au-Prince, progressivement, se noie pour laisser émerger un chaos, une capitale-poubelle. Officiellement, environ cinq cent (500) marchés sont reconnus en Haïti, d\'après un recensement réalisé en 1985 par l\'Institut Interaméricain de Coopération pour l\'Agriculture (IICA). Ils sont répartis en trois principales classes : les marchés ruraux, régionaux et urbains. En 1997, le nombre de marchés répertoriés sur tout le territoire national avait dépassé les cinq mille (5 000). Les marchés ruraux : ce sont des marchés de niveau 1, desservant une zone limitée aux sections rurales périphériques. On les rencontre dans les villages et dans les bourgs de province. Les denrées agricoles cultivées dans les champs constituent la principale marchandise proposée. Les marchés régionaux : ils servent de points de relais d\'approvisionnement entre la province et la ville. Ces marchés de niveau 2 sont aménagés dans les axes urbains régionaux. Ils représentent à la fois des centres de vente et d\'achat de la production agricole dans la région. Les marchés urbains : approvisionnés essentiellement par les « madan sara », ces marchés de niveau 3 se rencontrent dans les chefs lieux-de départements et dans les zones avoisinantes de Port-au-Prince. Port-au-Prince, cette ville réputée historique, n\'est pas près de sortir de l\'auberge. « Seule une politique de développement durable prenant en compte tous les problèmes structurels, infrastructurels pourra peut être aidée à sauver la ville », déclare une Port-au-Princiennne, nostalgique de sa belle capitale propre, plaisante, chaude...qui tend aujourd\'hui à mourir. D\'autres pensent que la ville a déjà été assassinée, et se vend en petits morceaux au marché. Source : Dingan\' Bazabas ; Du marché de rue en Haït... ; L\'Harmattan, France, 1997
Gaspard Dorélien gasparddorélien@lenouvelliste.com Auteur

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