A la recherche de la cité perdue

Publié le 2017-06-13 | lenouvelliste.com

Cité perdue, texte écrit à quatre mains, celles de Marie-Bénédicte Loze, jeune Française, longiligne comme une miss univers, sympathique, élégante, publiant son premier livre de poèmes. Et celles de Lyonel Trouillot qui peut passer de la poésie au roman, de la critique à la traduction en procurant un immense bonheur. Ce polyvalent au sommet de son art, et de sa notoriété où il se fait piéger parfois, sait rager et gueuler, descendre dans l`arène pour se battre à coups de mots, de rhétoriques, de formules. Il peut vaincre d`un coup sec, car il a le don de la formulation. Les deux, la jeune femme et l''homme mûr savent que la poésie est un acte d’amour qui exige que l’on sorte de soi- même pour aller à la rencontre de l’autre, d’un animal, un chien, un chat, un margouillat, ou à la recherche de quelque chose, un arbre, un morceau de ciel bleu ou pluvieux, un crayon d’écolier cassé, une pierre, une ville ou une Cité perdue. Sortir de soi pour affronter la morsure du temps, la faim qui crève les yeux de l’enfant au bord du chemin poussiéreux, la blessure de la mémoire, la célérité de la mort dans ce quartier pourri. Voici violence et barbarie Mascarade et instinct de mort Ici la mort défait la vie, et dans le ciel sans arc, l’étoile s est faite escarre … Ici la mort défait la vie Et, Débris, la matière patauge dans ses ruines. Sortir de soi est l’acte d’amour le plus accompli. C’est l’essence même de la poésie, telle que Rimbaud l’a conçue. Au passant, nous dirons : Assieds-toi à ma table. Raconte- nous ton prénom. Le cœur n’a pas de titre, n’a pas de clan. Son nom propre est « je t’aime ». Les deux, la jeune femme aux mains tremblantes, l’homme mature, aux gestes et aux pas rassurants, entreprennent leur quête de la Cité perdue, l’un marchant à côté de l’autre ne se gênant. A chercher seul, on peut se décourager, à chercher ensemble, même à deux, on peut s’embrouiller. Mais eux, ils se complètent, malgré la différence. Les deux voix ne sont pas de la même tessiture, mais elles s’accordent pour porter l’intention poétique jusqu’ à la sève des mots. Poésie ouverte comme le veut Paul Eluard, mais jamais facile dans sa constante évocation du réel, aussi proche, aussi immédiat soit- il. Je veux croire encore à la beauté des commencements. La main qui donne ne soupèse pas le don. La poésie de la Cité perdue, un don qui ne se soupèse, mais qui ne se laisse pas non plus submerger par l’afflux empathique. Elle est proche, accessible, sans récuser l’image. Au contraire, elle l’entretient comme une frêle flamme dans la nuit. Elle la met au service du propos. Où sont passées nos voix de tête quotidiennes et miraculeuses qui tissaient chant de haute portée. Les deux poètes Marie-Bénédicte Loze et Lyonel Trouillot nous auront suggéré qu’au-delà de la Cité perdue, c’est le don, l’amour, la bonté, l’humanité, la beauté, l’émerveillement devant la part de l’autre qui ont disparu et qu’ils recréent dans et par les mots. Bonel Auguste


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