Franck Lauture, député de la minorité résistante

À 35 ans, Franck Lauture est devenu le plus jeune député de la 50e législature. L'homme de loi devenu parlementaire est l'un des rares à s'abstenir au vote de l'énoncé de politique générale du Premier ministre Jack Guy Lafontant aux côtés de ses collègues Jerry Tardieu et Winchel Olivier. Se disant être dans l'opposition face à la nouvelle administration, l'élu de la Vallée de Jacmel vend l'image d'un député de la « minorité résistante ». Portrait.

Publié le 2017-06-29 | lenouvelliste.com

Ça va vite, et même très vite pour le député Franck Lauture. Benjamin de sa famille, l’élu de l’OPL, né le 6 août 1982, siège au Parlement comme le plus jeune député de la 50e législature. Malgré sa jeunesse, le natif de « Lauture », habitation située à Muzac dans la première section communale de la Vallée de Jacmel, n’attend pas une éternité pour se faire une représentation acceptable dans une Chambre basse faisant souvent l’objet de critiques de toutes sortes. Sur la tribune, dans l’assemblée comme dans les médias, sa position ou son argumentaire n’est pas toujours gratuit dans les débats. Surtout quand il s’agit de sujets se rapportant au droit, son domaine de prédilection. Une chose dont est sûr le parlementaire : « Au Parlement, c’est une bataille d’idéologie et de conscience. C’est la loi de la majorité, si aveugle qu’elle puisse être, qui prévaut. Mais, moi, j’ai toujours obéi à trois choses, à savoir la loi, l’évangile et ma conviction ». « Je suis de la minorité résistante » Parce que, fort souvent, la majorité n’est pas toujours en conformité avec ces trois critères, Franck Lauture de dire: « Je me suis trouvé volontiers dans la minorité résistante ». Même si sa présence ne peut pas changer grand-chose, l’homme de loi devenu parlementaire se targue d’être toujours régulier et ponctuel dans les séances. « De plus, j’ai une participation active dans les débats pour apporter certains éclaircissements, pour m’opposer ou appuyer certaines idées à la Chambre », souligne le fils de Marie Vertulia Auplan et de Luc Lauture. N’ayant pas voté en faveur de l’énoncé de politique générale du tout premier Premier ministre de Jovenel Moïse, Franck Lauture affirme être un député de l’opposition. « J’étais l’un des rares députés à faire abstention. Car le document était irréaliste. Il ne faisait qu’obéir à la logique de marché du vote parlementaire », explique l’ancien substitut commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Jacmel. Son bilan Calme et serein, le député de la Vallée de Jacmel n’est pas de ceux qui cherchent de prétexte pour esquiver les critiques contre le Parlement. Mais du côté personnel, il se dit prêt à défendre son bilan à environ deux ans à la Chambre des députés. « J’ai déjà déposé deux propositions de loi, dont l’une portant sur la répression du crime de haute trahison et l’autre sur les modalités d’application de l’article 149 de la Constitution », défend Franck Lauture, indiquant avoir beaucoup d’autres textes de loi en cuisine. Celui qui vend l’image d’un honnête homme promet de quitter la Chambre basse comme il y est entré. C’est-à-dire sans tache. Tout pour dire qu’il ne s’est mêlé et ne se mêlera à aucun scandale durant son mandat. Son parcours L'homme a fait ses études primaires chez les Frères de l’instruction chrétienne de Lauture, puis a intégré respectivement les lycées Philippe Jules de la Vallée et Pinchinat de Jacmel. Après son baccalauréat en 2003, il est entré à Port-au-Prince pour entamer ses études universitaires. Il a passé quatre ans à la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince. Sa licence en poche(2009), le jeune Franck, très attaché à sa communauté, s’est fait inscrire au barreau de Jacmel comme avocat stagiaire. Lauréat d’un concours de recrutement des magistrats débout et assis, organisé par le ministère de la Justice, il a été nommé en novembre 2009 substitut commissaire près le parquet de Jacmel. Marié et père de trois enfants, il a parallèlement intégré en 2011 l’Ecole de la magistrature. « J’ai été impuissant face aux désordres de toutes sortes à ce parquet, révèle le parlementaire. Parce que je ne pouvais rien faire contre le statu quo ou pour affranchir la justice de la politique, j’ai été démis de mes fonctions le 17 mai 2013 pour embrasser ma profession d’avocat militant. Entre-temps, il a roulé sa bosse à l’École de droit de Jacmel comme professeur de droit international. Le déclic Franck Lauture ne se rappelle presque rien des événements ayant abouti à la chute du régime de Duvalier en 1986. La première élection ayant porté au pouvoir le premier président démocratiquement élu en 1990 et la succession d’événements qui s’en sont suivis ne lui disent pas grand-chose non plus. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’il commençait à être influencé par la politique. La première structure politique à laquelle il a adhéré était le Parti populaire pour le renouveau d’Haïti(PPRH) avec Daniel Supplice, Claude Roumain, Anibal Coffy ou Jean Sylvera Simon( de regretté mémoire). « Mais mon engagement politique va prendre forme véritablement au sein de l’OPL en 2014, précise l’élu de la Vallée de Jacmel. Trois choses ont contribué à mon émergence politique : ma sortie honorable dans le système judiciaire, ma défense des hommes politiques faisant l’objet de persécutions judiciaires et la soif de la population valléenne d’avoir une meilleure représentation au Parlement. » Son lancement dans la course électorale en 2015 n’était pas une partie de plaisir. Sur une liste de 15 candidats, Franck a gagné dans la douleur les élections en deux tours. « J’ai dû me battre à cor et à cri pour obtenir gain de cause. J’allais par-devant les organes contentieux pendant le premier et le second tour pour défendre le vote que la population m’avait accordé.» Perspectives L'auteur de l'ouvrage intitulé Haiti-Justice: Le poids de la culture, paru en 2014, suit actuellement des cours en Relations internationales à l'Université Quisqueya. Il envisage de se perfectionner dans ce domaine afin de « mieux servir » son pays à d'autres niveaux après son mandant.


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