Pluie de balles sur Port-au-Prince

Au moins deux personnes ont été tuées, mardi, dans des fusillades. Port-au-Prince a connu une fin de journée très mouvementée.

Publié le 2005-04-06 | Le Nouvelliste

La ville capitale s\'est endormie mardi sous les rafales d\'armes automatiques, ayant provoqué une panique généralisée, pour se réveiller dans la stupeur. Au moins deux personnes ont été tuées et une dizaine de blessés par balles dans l\'après-midi de cette journée qui paraissait pourtant calme. \"J\'ai vu le corps d\'un écolier tué par des inconnus armés\", témoigne dans la stupeur un journaliste. \"Son père a reçu une balle dans sa voiture alors que celui-ci accompagnait ses enfants qui rentraient de l\'école\", ont expliqué des témoins à Delmas 19 cités par HPN. Dans ce même quartier, on a fait état de personnes blessées par balles dans l\'après-midi au moment où de nombreux tirs ont été entendus. Un chauffeur de taxi faisant le trajet Nazon/carrefour de l\'Aéroport, a rapporté AHP, a été tué au cours d\'un échange de tirs entre la police et des hommes armés. Des parents affolés couraient dans toutes les directions pour aller chercher leurs enfants à l\'école, tandis que les personnes blessées ont été conduites dans les centres hospitaliers les plus proches. Son sac en bandoulière, Kendy, un jeune élève, raconte avoir vu une dame atteinte d\'une balle au cou. \"Dans la panique généralisée, je suis venu en aide à une écolière heurtée par le chauffeur d\'une voiture qui tentait lui aussi de fuir\", explique Kendy, qui a échappé de justesse à une fusillade en règle des hommes armés circulant à pied et d\'autres en voiture à la ruelle Nazon. Une \"jeep\" relativement neuve a été la proie des flammes des membres du commando qui ont semé la panique dans divers quartiers de la zone métropolitaine. Des tirs retentissaient aussi dans les quartiers de Poste-Marchand, de Sans-Fil, de Lalue, de Bois-Verna et de Saint-Martin, où une personne aurait été tuée. Ces fusillades ne semblaient pas attirer l\'attention des patrouilles mobiles de la Police nationale et des Casques bleus qui montent la garde depuis une semaine devant le siège du Conseil électoral provisoire et dans les parages de \"l\'Hôpital la Paix\" à Delmas 31. Les hommes de troupe de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) se sont même postés dans les parages de la Télévision nationale d\'Haïti. La mission de stabilisation de l\'ONU en Haïti a fermé les principaux axes donnant accès à Cité Soleil, le plus important bidonville du pays, pour mener des opérations majeures. La mission internationale a interdit une manifestation qui devait se dérouler dans ce quartier à risque. «La marche est illégale, elle n\'a pas été notifiée à temps à la Police nationale», avait déclaré le colonel Elouafi Boulbars (Maroc) porte-parole des forces militaires des Nations Unies en Haïti. Des chefs de gangs, a confirmé l\'ancien maire adjoint de Delmas, Ernst Erilus, ont été blessés dans des échanges de tirs avec la Police et la MINUSTAH. Le redoutable \"Dread Wilmé\", a confié l\'ancien maire, aurait été atteint d\'une balle au bras, tandis qu\'une autre l\'aurait légèrement touché. Le surnommé \"Dread\" aurait sous son contrôle à Cité Soleil un parc de plusieurs centaines de véhicules volés par ses \"lieutenants\" dans la zone métropolitaine. \"J\'arrive à récupérer ma jeep volée après avoir versé 45.000 gourdes à un intermédiaire\", s\'indigne un enseignant. Ces hommes, a commenté la victime, ont pris Aristide comme alibi pour terroriser la population. Il serait, dit-il, très difficile d\'extirper le mal si on l\'aborde toujours sous l\'angle politique. \"Des dealers de drogue, des politiciens en profitent allègrement de ce désordre généralisé\", poursuit l\'enseignant qui porte encore des cicatrices laissées aux poignets par les activistes qui lui ont arraché avec une rare violence les bijoux qu\'il portait au moment où il se trouvait près de la gare routière de la Hasco, limitrophe à La Saline et à Cité-Soleil. Ces actes de violence enregistrés quotidiennement dans la zone métropolitaine fragilisent l\'organisation des prochaines élections, même quand l\'Organisation des Etats Américains (OEA) estime avoir fait des progrès dans son programme d\'assistance technique au CEP. La coordonnatrice de l\'Unité pour la promotion de la démocratie, Elizabeth Spehar, présente en Haïti, a fait état de « progrès remarquable » et d\'un « engouement immense » des partis politiques à mettre sur pied leur campagne électorale, dans un rapport soumis au Secrétaire général adjoint de l\'OEA, Luigi Einaudi. « Les experts de l\'OEA et de l\'Organisation des Nations Unies (ONU) sont à pied d\'oeuvre et apportent leur assitance technique au Conseil Electoral Provisoire (CEP), qui a fixé pour ce mois d\'avril le lancement des opérations d\'inscription des électeurs », a précisé un communiqué de l\'organisation hémisphérique. Le communiqué indique que l\'ambassadeur Einaudi a condamné les récentes attaques perpétrées contre le local du Conseil Electoral Provisoire à Delmas, et a lancé un appel au calme et au respect du processus électoral, « vital pour tous les Haïtiens ». L\'OEA considère qu\'il existe une situation de violence actuellement en Haïti visant à entraver en partie le processus électoral en cours. Selon le communiqué, l\'ambassadeur Denneth Modeste, représentant du Secrétaire général de l\'OEA en Haiti, a informé le Conseil permanent de cet état de fait et a imputé la responsabilité aux « anciens militaires, aux gangs armés, aux trafiquants de drogue et aux criminels de droit commun ». L\'inquiétude plane sur la capacité du gouvernement et la volonté de la communauté internationale à rétablir la paix et la sécurité indispensables aux prochaines joutes électorales. Disposant d\'un corps de police mal équipé, le Premier ministre et président du Conseil supérieur de la Police nationale, Gérard Latortue, ne promet pas mieux que \"la création d\'un comité spécial chargé d\'étudier l\'évolution du phénomène de l\'insécurité dans le pays\".
Claude Gilles Auteur

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