Kétel Jean-Philippe, le député de Jacmel

Le député Kétel Jean-Philippe, 36 ans, n’est pas de ceux dont le passage au Parlement restera inapercçu. Jeune et fougueux, il est l’un des parlementaires à surveiller tout au long de la 50e législature. Portrait.

Publié le 2017-05-26 | lenouvelliste.com

Personne ne le voyait siéger au Parlement de si tôt. Kétel Jean-Philippe l’a lui-même avoué. Le désormais député de Jacmel, ville mythique qui a passé la précédente législature sans représentant à la Chambre des députés, a défié les pronostics en conquérant les cœurs des Jacméliens pour les représenter à la 50e législature. Le fougueux enseignant est arrivé à mettre K-O, non sans manière, de grosses cylindrées de la politique dans le Sud-Est lors des législatives de 2015. C’est contre un certain Jacques Junior Khawly, un mapou dans le paysage politique et économique de la région, que l’homme de « Cochon-Gras » a gagné haut la main ces joutes au second tour. Son mentor, Gérald Mathurin… Son triomphe n’est toutefois pas le fruit du hasard. Son élection, tout un symbole, affirme-t-il. « La population jacmélienne voulait envoyer un signal fort pour dire qu’elle veut de nouvelles têtes dans la gestion de la cité, qu’elle veut être représentée autrement », opine Kétel Jean-Philippe, très reconnaissant envers l’ancien ministre Gérald Mathurin, son mentor, qui s'est battu vaillamment pour l’imposer aux électeurs. « Mais en réalité, ma candidature a été de prime abord imposée par le coordonnateur départemental de l’OPL, Télémaque Antonis», a tenu à préciser Kétel Jean-Philippe, soulignant avoir accepté de se porter candidat après moult discussions et réflexions. « L’une des raisons m’ayant poussé à la réflexion, c’est le problème de financement de ma campagne. » Parcourir les montagnes de Jacmel sur une motocyclette Avoir acquis à sa cause une importante frange de la jeunesse ainsi que des structures organisées regroupées au sein d’une plateforme politique dirigée par M. Mathurin est, pour lui du pain bénit. « Ces supports m’ont permis d’avoir une popularité incontournable», martèle le parlementaire, mettant en avant son manque de moyens par rapport à ses concurrents. «J’ai fait toute ma campagne avec une motocyclette prêtée par un ami. J’ai parcouru les onze sections communales. J’ai été ridiculisé par les partisans de mes concurrents pointant du doigt ma pauvreté… », ajoute-t-il. La posture d’un leader À la Chambre des députés, il n’a pas pris de temps pour se distinguer par la qualité de son discours dans les débats et par ses positions. On le voyait au four et au moulin lors de l’élection au second degré de l’ex-président Jocelerme Privert. Il ne digère pas d’ailleurs la victoire de ce dernier sur Edgard Leblanc Fils qu’il avait défendu bec et ongles. « C’est du moins cette séance qui m’a le plus marqué jusque-là. Cela m’a permis de voir l’hypocrisie des uns et des autres », dit-il, se décernant au passage un satisfecit après sa première année au Parlement. À son actif : une proposition de loi sur l’octroi de décharge, document déjà voté en première lecture par l’assemblée des députés. « J’ai également combattu, par le biais de la commission que je dirige, pour faire passer le projet de loi sur la modernisation de la formation professionnelle » Son parcours… Détenteur d’un master en sciences de l’éducation, le député Kétel Jean-Philippe n’est quand même pas tombé du ciel. Dès son jeune âge, il rêvait de la politique. Mais ce virus l’a effectivement piqué en 2008. « C’est à cette date que je commence à m’engager activement dans des structures politiques», raconte-t-il, citant la plateforme d’organisations des jeunes de Jacmel(Plasojj). « C’est là que débute pour de bon mon combat politique». Trois ans plus tard, il a décidé d’intégrer le parti politique OPL dirigé alors par le professeur Sauveur Pierre Étienne. Sa détermination et son engagement ont permis aux membres du parti de le désigner comme responsable de la coordination départementale du Sud-Est en 2014. Même s’il prenait des échelons au sein du parti, il ne se rêvait pas candidat de si tôt à quelque poste que ce soit. « Car je pensais que je n’avais pas encore de maturité économique surtout », explique celui qui est aujourd’hui à son deuxième mandat à la tête de la Commission permanente Éducation de la Chambre basse. Arrivé à la tête de cette commission, il n’a fait que réaliser un rêve de campagne. L’éducation a été toujours mon principal cheval de bataille, affirme ce jeune père de deux filles, qui vit en union libre. L’ex-journaliste devenu parlementaire a roulé sa bosse dans diverses stations de radio régionales, dont EFATA et Hispaniola de Jacmel. Enseignant de son état, il dispense jusque-là des cours au niveau scolaire et universitaire dans plusieurs établissements de son département. Né le 3 novembre 1981 à Cochon-Gras, quartier de Marbial à Jacmel, Kétel Jean-Philippe est le fils d’un agent agricole, Hector Cassagnol et d’une « madan Sara », Elza Jean-Phillippe, dont il porte le nom d’ailleurs. Aîné d’une famille de quatre enfants du côté maternel, c’est à l’âge de 12 ans qu'il a fait pour la première fois la connaissance d’une salle de classe. C’était en 1993. « Aller très tard à l’école était monnaie courante pour les campagnards, se rappelle Kétel Jean-Philippe, fier de son évolution. Ma maman se voyait obligée de descendre dans la ville de Jacmel pour me faire bénéficier du pain de l’instruction. C’était à l’École Charles Moravia (1993-1998 où j’ai fait toutes mes études primaires dans des conditions très précaires. » Son certificat d'études primaires en poche, le fils à maman a intégré le lycée Pinchinat de la cité d’Alcibiade Pommeyrac pour poursuivre ses études secondaires. Pour faire bonne figure ensuite (en philosophie) à l’École normale supérieure (ENS), puis à la Faculté des sciences humaines (en communication sociale) de l’Université d’État d’Haïti (UEH).


Réagir à cet article