La leçon de comportement(s) d'Arnold Antonin

« Le président a-t-il le sida? », tel est le titre du dernier film du cinéaste haïtien de documentaire le plus prolifique, Arnold Antonin. Le lundi 28 mars 2005, à l'Hôtel El Rancho, accompagné des principaux acteurs, techniciens, ce dernier a donné une conférence de presse autour de cette fiction.

Publié le 2005-03-30 | Le Nouvelliste

« Le président a-t-il le Sida ? », d'après Arnold Antonin, parle d'amour et de drogue, de musique et de superstition. Ce n'est pas une histoire de chef d'Etat qui serait atteint de ce virus mortel qu'est le sida comme le titre veut le faire comprendre, mais d'un chanteur de « konpa dirèk », le plus populaire du moment, le beau Dao qui partage sa vie entre les filles qu'il draine dans ses soirées, la bouteille et la came. C'est un film qui remet en question la pandémie du sida, se faisant voix et porte-voix pour parler de cette maladie et des manières de l'éviter ou de la traiter sans verser dans un didactisme qui rebute ou qui fait peur. Un casting des plus ciselés Le chanteur de « konpa dirèk » n'est autre que Jimmy Jean-Louis, guest star dans des séries à succès diffusées sur les grandes chaînes américaines (Fox, CBS, HBO...), qui a joué aux côtés de pas mal de grosses pointures du cinéma hollywoodien notamment Bruce Willis, Jean-Claude Van Damme, Harrison Ford et tant d'autres. Dans cette fiction sortie tout droit d'une idée originale d'Arnold Antonin, d'après un scénario de l'écrivain Gary Victor, il incarne le rôle (principal) de Dao. Un casting des plus ciselés où l'on retrouve des acteurs comme Chantale Pierre-Louis, Handy Thibert, Manfred Marcelin, Riché Kenscoff. Sans oublier Jessica Généus qui tient le premier rôle féminin, Nina, une jeune fille remplie de grâce dont il tombera amoureux lors d'une soirée. Cette dernière est pourtant plongée jusqu'à la pointe des cheveux dans une drôle d'histoire amoureuse avec Larieux (Ricardo Lefèvre), un homme d'influence qui fait la pluie et le beau temps dans la ville. Arnold Antonin, plus connu pour ses documentaires dont le dernier, GNB contre Attila qui a fait couler pas mal de salive et de sang, vient de boucler 22 jours de tournage pour ce film en raison de 16 heures par jour à Port-au-Prince et dans les environs de Pétion-Ville. « Le président a-t-il le Sida ? » a bénéficié des services de deux nominés aux oscars : Camilo Widmaïer, cadreur et photographe cubain d'origine haïtienne, et Lazaro Robles à la prise de son et Oldy Joël Auguste. Dao qui voit régulièrement Nina apprendra par la suite qu'il est séropositif et se lancera dans une lutte acharnée, du bec et des ongles, contre sa maladie. Une histoire poignante qui n'attend qu'un bon support technique, du professionnalisme et une bonne distribution. En dépit de la légèreté du sujet qui, d'un poil, s'inscrirait dans les stéréotypes du cinéma du sud. Ça fait un peu cliché mais Antonin rassure les cinéphiles, prenant une marge de démarcation par rapport aux films « catastrophiques » qu'on a eus ces derniers mois. Jimmy Jean Louis se dit heureux d'avoir participé à une autre production du cinéma haïtien après le film « « Cousines » de Richard Sénécal. En revanche, il n'a hésité de dire que l'on est encore au stade amateur. « Ce qui n'est pas mal », a-t-il renchéri. La musique de danse urbaine, la plus typiquement haïtienne, mise à côté de celle de John Mogene, aura une place importante dans ce film qui, selon les mots du réalisateur, se veut un film artistique, distrayant, visant le grand public en général tout en étant très ferme sur la question du changement de comportement, seul moyen de limiter l'épidémie. « Le Président a-t-il le Sida » sera en salle dès le mois de juillet 2005.
Marvin Victor Auteur

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