Le Comité de bienfaisance de Pignon (CBP), un modèle de développement endogène

Publié le 2005-03-22 | Le Nouvelliste

A l'initiative du Comité de bienfaisance de Pignon, un groupe de journalistes travaillant pour différents médias de Port-au-Prince ont effectué une visite guidée à Pignon, une commune d'environ trente sept mille (37000) habitants située dans le département du Nord. Cette visite a permis aux confrères de la presse de la capitale de constater qu'il existe, au-delà de la ''République de Port-au-Prince'' où tout est décidé sans tenir compte de l'arrière-pays et des besoins réels des populations locales, des cellules de développement endogène qui travaillent réellement à l'amélioration des conditions de vie des couches défavorisées. Le départ a eu lieu mercredi 16 mars 2005. A bord du bimoteur de 19 places de la compagnie aérienne Tortug'Air qui nous conduisait à Pignon, nous "contemplions" le spectacle désolant que nous offre l'environnement haïtien. Des montagnes dénudées, des plantes rabougries, brûlées par les rayons de notre soleil tropical ... Heureusement, ce spectacle était de courte durée, car dix-huit (18) minutes plus tard, nous étions arrivés sur le site où nous attendaient le Dr Guy Dévé Théodore, promoteur du CBP, le maire de Pignon, M. César Pierre, le directeur de projets du CBP, Mme Adèle Noël Romelus et toute une pléïade d'autres personnalités qui nous ont souhaité la bienvenue. L'accueil était chaleureux. Dans la tradition haïtienne de l'hospitalité. Le site où a atterri l'avion a été construit par le CBP. Désormais, se rendre à Pignon n'est plus un casse-tête. Grâce à ce piste, il est maintenant facile de se rendre à Pignon en moins de trente (30) minutes de vol. Ainsi, des professionnels peuvent aller travailler à Pignon et retourner à Port-au-Prince ou au Cap-Haïtien le même jour, et vice versa. C'est présentement un site privé. Cependant, des pourparlers sont établis avec le service étatique compétent pour régulariser la situation et ainsi permettre aux compagnies aériennes desservant la clientèle de l'exploiter, nous dit le Dr Théodore. Peu après l'atterrissage, le groupe nous a fait visiter l'ensemble des projets du CBP à Pignon. La première étape de cette tournée nous a conduits à Rocky Mountain Christian School, une école primaire construite par le CBP en collaboration avec l'organisation Loving Christians in America. Il existe cinq (5) autres écoles primaires du même genre à Pignon construites à l'initiative du CBP. Chacune d'elles a un effectif supérieur à trois cents (300) enfants. Ils y reçoivent le pain de l'instruction dans le cadre d'un plan de parrainage et leurs parents, de leur côté, reçoivent une petite allocation pour supporter le budget familial. La délégation s'est rendue à une ferme sur laquelle est pratiqué l'élevage caprin. Avant d'y arriver, chemin faisant, le groupe a rencontré au hasard des techniciens qui réparait une pompe installée sur un puits artésien. Des centaines de puits du même genre ont été forés et sont opérationnels à Pignon et dans ses différentes localités. Sur le site de cette ferme, ont été préparées des plantules de plusieurs espèces. Elles sont, selon l'agronome et le technicien agricole qui nous fournissaient des renseignements, environ un million de plantules d'arbres fruitiers et forestiers qui seront distribuées aux paysans le moment venu. Les pompes sont fabriquées localement par des techniciens haïtiens. Ces derniers sont formés sur place et prêtent leurs services à la communauté. Ils fabriquent également des pompes destinées à la commercialisation sur le marché local et régional. Ainsi, des centaines de pompes ont déjà été installées à Pignon et dans les localités et communes avoisinantes. Des milliers d'autres pompes ont déjà été vendues dans le Nord, le Nord-Est et le Nord-ouest à des prix défiant toute concurrence, selon ce que nous apprend le Dr Guy D. Théodore, promoteur de ce projet. Sur la route conduisant à la ferme agricole, des engins lourds s'activaient à percer d'autres voies de communication et à améliorer celles existantes. Ces matériels sont la propriété privée du CBP. A la ferme agricole, a été organisée en notre présence une "distribution gratuite" de cabris aux paysans. "La condition sine qua non est d'en prendre soin et d'offrir un petit aux responsables de la ferme afin d'assurer la reproduction", ont affirmé les responsables. Les cabris distribués aux paysans sont d'une race améliorée. Ils proviennent de cabris indigènes croisés à d'autres importés des Etats-Unis. Deux ou trois mois après leur naissance, ils sont si différents des autres qu'ils paraissent plus âgés. Les témoignages des bénéficiaires à l'endroit des responsables du CBP les encouragent à entreprendre de telles initiatives. Sur la ferme agricole, un séchoir est en construction. Il sera utilisé pour le séchage de mangues qui seront ensuite distribuées sur le marché haïtien. Ainsi, pendant toute l'année, la mangue, produite en grande quantité à Pignon, sera disponible un peu partout à travers le pays. Les responsables du CBP étudient l'ambitieux projet de vendre la mangue ainsi séchée sur le marché international. Une autre partie de cette ferme agricole de plus de dix (10) hectares est plantée de mangues. Ce sont en partie ces mangues, à côté de celles produites par les paysans sur leur lopin de terre, qui seront destinées à être séchées dans le cadre du projet précité. Le clou de cette journée aura été la visite à l'Hôpital Bienfaisance de Pignon (HBP), une initiative du CBP. Il s'agit d'un hôpital moderne à la pointe de la technologie. Les journalistes ont pu assister en direct dans un premier temps via des moniteurs installés dans une salle de cours pour des médecins en provenance de différents hôpitaux universitaires du pays à une intervention chirurgicale. Puis, après avoir enfilé des vêtements stérilisés et préparés à cet effet, les journalistes ont pu suivre la suite de l'intervention dans la salle même où elle se déroulait. Il s'agit, selon les témoignages concordants, de la plus moderne et la mieux équipée des salles d'opération du pays. Là, des médecins étrangers et haïtiens prodiguent des soins à toutes les couches de la population d'où qu'elles viennent, ''sans distinction aucune'', à des coûts préférentiels. Selon le Dr Théodore, les statistiques du pays sont alarmantes en ce qui a trait aux soins de santé. Pourtant, en ce qui concerne Pignon, les chiffres négatifs sont en net recul tandis que les variables positifs le sont encore plus à Pignon. Tout ceci est le résultat d'un travail d'équipe valorisant les ressources humaines locales. Des bourses d'études sont octroyées à des jeunes de Pignon. Ils sont orientés soit vers la filière technique, soit à l'université. Après leur formation à Port-au-Prince ou à l'étranger, ils reviennent au bercail servir l'alma mater. Ils étaient nombreux les jeunes bénéficiaires de ce programme de bourses d'études à témoigner leur reconnaissance à l'endroit du CBP. Sur la cour de cet hôpital, le jour de notre arrivée, des centaines de personnes de conditions sociales différentes attendaient. Dans le cadre du projet micro-crédit, environ huit-cents (800) femmes ont reçu chacune de deux mille cinq cents (2500) gourdes. Il s'agit, selon les informations recueillies sur place, d'un programme de micro-finance destiné aux petites bourses à des taux préférentiels échelonnés sur douze (12) mois. Le Comité de bienfaisance de Pignon (CBP) est supporté par des financements étrangers dont ceux venant de missionnaires. Ses projets sont également soutenus à environ 50% par la participation communautaire. Il s'agit d'une oeuvre de développement endogène. "Un exemple à suivre" par les autres communes du pays, affirme le Dr Thédore aux journalistes qui l'interviewaient à la fin de cette visite guidée. La délégation est rentrée à Port-au-Prince peu avant 5 heures pm à bord d'un autre avion de la compagnie Tortug'Air en provenance du Cap-Haïtien.
Samuel Baucicaut samuelbaucicaut@lenouvelliste.com Auteur

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