Guy Joachim, président de la FHVB:"Chez nos techniciens, règne un très mauvais esprit d'intolérance"

Quels sont les rapports de la Fédération Haïtienne de Volley-Ball avec la SEJSEC, le COH, et les tecniciens de ce sport ? Guy Joachim fait le point.

Publié le 2005-03-17 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste : Pour certains, vous seriez un personnage important et pour le volley et pour le basket? Guy Joachim : Allez le croire. Les Haïtiens ont la mauvaise habitude de croire à l'indispensabilité des gens qu'ils admirent. C'est comme une sécurité qu'ils recherchent en ne voulant pas changer le certain pour l'incertain. Entre temps, un personnage bien meilleur pourrait être tout près et ils ne le voient pas. Moi, je n'ai qu'un seul défaut : lorsque je fais une chose, j'y mets tout mon coeur. Et pourtant, en impliquant ainsi ma personnalité à mes démarches, cela suscite pas mal de jalousie, d'incompréhension et même d'inacceptation qui font que je suis également quelqu'un que beaucoup n'aiment pas avoir à travailler avec. Même dans les moments d'inactivité, je ne cesse de prendre des initiatives qui sont parfois difficiles à gérer. Dans ces cas-là, je deviens nuisible, je faillis involontairement au travail d'équipe qui aurait retardé énormément le travail à faire et cela ne plait pas aux gars de mon équipe. L. N. : Comment fonctionnez-vous avec la SEJSEC et le COH ? G. J. : Avec le Comité Olympique, c'est comme avec la FIVB, la NORCECA et les autres partenaires nationaux, Capital Bank entre autres, et les partenaires internationaux : c'est une merveille. Oui, cela va à merveille. Avec la SEJSEC, nous avons la plus étroite collaboration. Par contre, si on veut parler de l'Etat Haïtien, là, on entre dans un domaine tout à fait différent. A part les infrastructures inexistantes, l'Etat nous aide même à fonctionner mal, très mal même. Croyez-moi, il n'y a pas un gouvernement qui ne sache quelle subvention pourrait aider au bon fonctionnement d'une fédération sportive, le volleyball en particulier. Lorsqu'une fédération nationale de sport d'équipes comme la nôtre qui travaille à travers tout le pays a eu à faire ce que nous faisons ou ce que nous avons dû laisser en suspens pour raison financière en ce qui a trait à l'organisation de championnats interscolaires, de clubs et de ligues, formations de techniciens ( arbitres et moniteurs ) , du travail en organisation de sélections nationales en plusieurs catégories tant masculines que féminines ; oui, lorsqu'une telle fédération nationale, vraiment nationale, trouve une subvention de l'Etat de 375,000.- gourdes pour l'année, à être décaissée en trois tranches, on sait clairement à quelle enseigne on est logé. J'ajoute même que si une fédération comme la nôtre aurait présenté un budget de 1 million de gourdes pour ses activités à l'année, un Etat responsable devrait s'étonner, enquêter sur la capacité à diriger de ces membres et proposer le choix de dirigeants aptes à faire le boulot. En fait, un Etat vraiment responsable devrait voir d'un mauvais oeil l'évolution d'une fédération nationale de sport d'équipes avec un budget en dessous de 5 millions de gourdes à l'année. L. N. : Nous aimerions savoir ce que vous pensez de vos techniciens. G. J. : Avant les techniciens, il y a nous mêmes de la direction. Comme quand j'étais au basketball, j'aurais pu dès ma première année monter les sélections infantiles et juvéniles. Mais j'étais heurté à la vision différente de mon staff, jointe aux problèmes économiques et à des boycottages extérieurs. Ceci a fait traîner les choses au maximum. Qui a tort ? Qui a raison ? Franchement, je ne peux le dire. Au niveau de nos techniciens règne un très mauvais esprit d'intolérance. Même les stages d'arbitrage sont comme boycottés. Frantz Bernadin, par exemple, a rassemblé tout un lot de matériel et de documentation depuis plus de 2 ans pour organiser ce stage, mais il n'a jamais eu le feu vert. On retrouve comme un duel de générations à tous les échelons du volleyball haïtien. Certains anciens entraîneurs compétents sont combattus par les plus jeunes et de jeunes entraîneurs compétents sont désapprouvés par les anciens. Chacun veut avoir raison. Certains anciens vont même jusqu'à désapprouver Wesley Duvalsaint et Fredrick Defay qui avaient bénéficié d'une bourse de 6 mois de la Solidarité Olympique Internationale. A la suite de ces études, dans le milieu international, on les appelle des experts. Cependant, ils sont des experts pour l'Institut National du Sport et d'Education Physique de Paris, mais pas pour leurs détracteurs de chez nous. De toute façon, ce n'est ni moi, ni mes compagnons du bureau fédéral qui les surnomment des experts, mais la FIVB elle-même et la Solidarité Olympique Internationale. Vous pouvez le vérifier avec le Comité Olympique Haïtien. L. N. : Certains anciens entraîneurs doutent de la compétence de Wesley à accomplir certains travaux assez pertinents... G. J. : J'en suis au courant. Mais la formation qu'il a suivie en France est adaptée à cela. Il est notre instructeur national attitré. Mais parmi les anciens qui pensent ainsi, quelle serait leur disponibilité à accomplir une telle tâche, pourrions-nous répondre aux exigences qu'ils formuleraient ? S'ils veulent parler d'expérience et qu'ils aiment vraiment le volleyball, pourquoi ne communiquent-ils pas ces expériences supplémentaires à un volontaire aussi dévoué et ayant une telle volonté et une capacité d'apprendre et de transmettre ? L. N. : Humm ! Vous-voulez continuer ? G. J. ; Cela dépend de vous. L. N. : Un entraîneur très connu de notre milieu a eu à dire certaines choses à la radio. Accepteriez-vous à donner votre opinion la-dessus ? G. J. : Allez-y. De quoi s'agit-il ? Je n'ai pas entendu cette entrevue, mais on m'en a parlé. L. N. : Dans son entrevue, il a dit que l'entraîneur Defay, lors du stage de niveau 1 international pour entraîneurs, aurait été favorisé pour avoir été en même temps assistant du directeur du stage. G. J. : L'instructeur international qui dirigeait le stage n'est pas tombé de la dernière pluie et fait ce travail depuis des dizaines d'années à travers le monde. Il avait choisi un examen différent et codé pour chaque étudiant. Il n'avait pas la possibilité de choisir pour quelqu'un en particulier. Il avait fait son travail avec conscience. Defay pensait même qu'il allait avoir une idée du résultat à l'avance et cela n'avait pas eu lieu. Est-ce à dire que les félicitations qu'on avait reçues pour Defay de la part de l'INSEP de Paris seraient également favorisées ? Ecoutez, il vaut mieux que personne ne reparle plus de cette histoire,car si la FIVB apprend que quelqu'un aurait porté un tel jugement sur son instructeur, cette personne serait radiée du volleyball et ne pourrait en voir qu'à partir des gradins. Il en serait de même pour avoir proféré des réflexions désobligeantes à l'endroit de l'entraîneur Duvalsaint sur les ondes. L'actuel Code de Conduite de la FIVB, depuis l'Affaire Goijman en Argentine en 2002, veut que dans le volleyball les linges sales soient lavés en famille. Toute déclaration publique qui peut salir l'image du volleyball est sévèrement sanctionnée ; de même que toute intrusion de l'Etat dans le contrôle d'un bureau fédéral. Vous n'êtes pas sans connaissance de l'isolement qu'avait encouru le Pérou et le Guatemala à cause de l'intrusion de leur gouvernement dans les affaires de leurs fédérations. ; ou de l'exclusion à vie de Luis Moreno, ex président de la Confédération Sud-Américaine et de Mario Goijman, ex président de la Fédération d'Argentine pour avoir publiquement parlé mal du président de la FIVB dans leur pays. Et récemment, il y avait le scandale du tournoi de Beach Volley qu'un responsable américain avait voulu organiser sans passer par la fédération nationale concernée. Par ailleurs, j'avais rencontré les prêtres directeurs du Collège en question où notre ami prétend que s'était passée cette action malhonnête que le prêtre lui avait rapportée. Celui-ci m'a expliqué qu'à aucun instant, il n'a eu à raconter une telle histoire car ce n'est pas la vérité. De plus, s'il rencontre notre ami, il ne sait même pas s'il va le reconnaître tellement il ne l'a pas vu depuis très longtemps. Mon cher, aidez-nous à protéger nos amis qui veulent attirer les foudres sanctionnelles de la FIVB en voulant jouer aux connaisseurs et s'écarter du grand Code de Conduite et du petit Code de Déontologie de la FIVB adaptés à ses fédérations nationales car la FIVB ne tolère aucunement qu'on ne respecte ses fédérations nationales et leurs membres en général. Nous vivons actuellement à l'ère de la globalisation et le volleyball, comme tout autre sport, n'y échappe pas. L. N. : Pensez-vous que le volleyball haïtien a une chance ? G. J. : Du moment que tous les acteurs sur le terrain comprennent la nécessité de mettre ensemble leurs forces, leurs connaissances et leur aptitude, au lieu de gaspiller tant d'énergie à se nuire l'un l'autre. Ce sont ces zizanies qui font horreur dans une discipline aussi prestigieuse. L. N. : Des élections vont bientôt avoir lieu dans le volleyball et dans le basket-bal. Le club sportif que vous avez fondé pratique ces deux disciplines, ce qui vous permet d'être éligible dans n'importe laquelle de ces disciplines. Nous savons que vous êtes sérieusement sollicité à la présidence de ces deux fédérations et vous avez acquis une expérience dans chacune d'elles. En toute liberté, laquelle auriez-vous préférée ? G. J. : J'ai dix fois plus d'amis dans le monde du volleyball, mais aussi dix fois plus de nuisance. Pourquoi n'envisagerais-je pas cependant de m'écarter ni de l'une, ni de l'autre? L. N. : Cela ne veut pas dire que c'est l'option que vous allez choisir. C'est seulement une hypothèse que vous posez, nous le comprenons. Mais si vous avez quelques conseils à prodiguer pour l'évolution du volley-ball en Haïti, quels seraient ils ? G. J. : Que chacun laisse les autres travailler en paix. Le volley-ball doit être une famille dans laquelle il fait bon vivre. Que les anciens respectent les plus jeunes en se rappelant qu'ils étaient passés par là et qu'un jour un ancien leur avait accordé leur chance. Que les plus jeunes respectent l'expérience des aînés. Que l'esprit de clan soit banni du monde du volleyball haïtien ! Et ceci, à tous les niveaux : au bureau fédéral, entre les techniciens, entre les dirigeants, du plus bas au plus haut sommet de la pyramide. Que chacun fasse un sacrifice pour voir en l'autre qui est en face un grand passionné du volleyball qui lutte, comme lui, avec ses qualités et ses défauts, pour voir un jour fleurir plus qu'il ne l'a jamais été, le volleyball de chez nous. La tolérance et la compréhension doivent devenir une nouvelle façon d'évoluer. Qu'à tous les niveaux, on comprenne que les positions au bureau exécutif appartiennent à tous les militants du volleyball capables de mener à bien la barque et que si l'on estime que l'assemblée aurait pu faire un meilleur choix dans une élection, qu'on soit assez ouvert et honnête pour l'aider à choisir ce qui serait le mieux non pas pour soi mais pour ce sport que nous chérissons. C'est la meilleure façon de manifester son amour, sa compréhension et son sens du devoir face au monde du volley. Donnons l'exemple en admettant les gens qu'il faut aux places qu'il faut. Le premier à ne pas être indispensable est bien moi, que tout le monde le sache. Je crois qu'en ce moment, le volleyball haïtien devrait être à un tournant historique. Il questionne la conscience de chacun de ses membres en particulier pour lui demander ce qu'il compte faire pour lui, sans esprit de détour, sans jugement stupide, sans opposition stérile. A bas la calomnie ! Il veut qu'on utilise la capacité de tous ceux qui peuvent et veulent le sauver en ne pointant pas notre doigt mal intentionné sur des soi-disant bons ou des soi-disant mauvais, selon que nous estimons que nos intérêts personnels soient lésés ou non. Faisons un effort au-dessus de nos esprits tortueux pour saisir le bien qui est à notre portée à travers certains que nous n'aimons pas et que nous décrions par préjugé et qui veulent pourtant, à leur manière, le bien de la cause commune. De grâce, soyons utile à la jeunesse saine de notre pays qui a choisi de faire du volleyball son sport favori. J'aurais souhaité aussi qu'au sein de l'appareil de l'Etat on cesse d'ironiser le monde du volleyball haïtien en nous accordant des subventions plutôt humiliantes. Que l'on comprenne enfin que l'évolution du volleyball national passe par un budget annuel de 10 millions de gourdes environ et que si le gouvernement peut y apporter le quart avec des décaissements de 4 tranches à l'année, soit une tranche par trimestre, alors, oui alors seulement, le secteur privé sera plus confiant à donner son apport. Un bureau fédéral dynamique doit pouvoir trouver la différence. Si l'on veut des détails pour un tel budget le bureau fédéral actuel se ferait un plaisir de les produire et même de les exprimer ouvertement et les proposer aux critiques de la nation. On aura certainement besoin de gens honnêtes pour une saine gestion de ce genre de fonds. A mon humble avis, je ne crois pas que le bureau actuel soit attaquable de ce côté. Permettez-moi d'ajouter ceci. Tout en soutenant que chaque chose a son important rôle dans la société, je ne puis m'empêcher de me dire que si mes compagnons et moi mettions tant d'énergie et de dynamisme à organiser des programmes ayant rapport au carnaval, le gouvernement nous aurait pris plus au sérieux et nous aurait accordé une subvention vraiment substantielles. Alors que nous ne demandons pas mieux non plus que d'organiser des festivals de Beach Volley dont Wesley avait étudié les techniques en France, et le volleyball de masse sur les places publiques qui nous intéresse beaucoup. Devrais-je dire que c'est bien dommage pour cette grande partie de notre jeunesse qui a choisi le volleyball coome sport ?Qu'en pense le gouvernement ?
Propos recueillis par Emmanuel Bellevue Auteur

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