Prostitution/ Contrôle et Inspection

Qui s\'occupe de la prostitution?

Publié le 2005-03-22 | Le Nouvelliste

A l\'angle des rues St-Honoré et Magloire Ambroise, une meute de jeunes prostituées occupe la place des Artistes. Une place aujourd\'hui défigurée et squattée par des \"restaurants\" en plein air. On s\'occupe des poulets sur les grilles, les speakers vomissent des décibels, les « buvettiers » vendent des boissons dont les vertus aphrodisiaques sont vantées, les putes s\'affairent à séduire l\'automobiliste ou le passant un tantinet intéressé par une minijupe ou une culotte tanga à dessein exhibée. Dans l\'art de séduire, de faire \"jaillir\" les pulsions sexuelles refoulées, les prostituées sont passées maîtres. Et c\'est connu... Parmi ces jeunes femmes, se trouve Béatrice. Agée de vingt-deux ans et déjà mère de trois enfants, Béatrice bénéficie de la clémence du créateur au point de vue physique. Mesurant 1m70 pour 110kg environ, cette jeune prostituée rencontrée au moment où elle flanquait une volée verbale à un client \"avantagé\" du devant et aux moeurs un peu sodomites, explique que c\'est pour subvenir aux besoin de ses enfants qu\'elle se prostitue depuis l\'âge de dix-sept ans. J\'ai essayé de trouver de l\'aide pour ma première fille quand j\'ai rencontré Papito; mais ce dernier a alourdi mon fardeau de deux autres enfants avant de prendre ses jambes à son cou, raconte-t-elle. Apparemment solide intérieurement, cette jeune femme qui présente des signes de syphilis au troisième degré se plaint de la compétition. Selon elle, il n\'y pas une semaine qui passe sans qu\'on ne voie une nouvelle tête dans le secteur. Même si beaucoup de ces nouvelles sont des itinérantes, des filles qui passent, il faut parfois se battre pour conserver sa place. Vous savez, la prostitution est un travail qui use et les clients aiment les nouvelles... Interrogée sur le coût d\'une passe, d\'un rapport, elle indique que cela dépend de l\'apparence du client et de l\'heure de la sollicitation. Béatrice confie que la passe coûte au moins 150 gourdes, incluant les 50 de l\'hôtel. Le soleil venait de disparaître à l\'horizon. Il était seulement 18 hres 16 . A l\'hôtel Les prostituées appellent hôtel n\'importe quel endroit comportant un lit et un vase, un récipient pour uriner ou se laver au besoin. Dans le cas de Béatrice et de beaucoup d\'autres prostituées qui travaillent dans ce secteur, l\'hôtel se trouve derrière le consulat américain. A deux pas donc de la porte d\'entrée du consulat, se trouve une maison d\'environ une cinquantaine de mètres carrés servant de lieu de passe. Avant d\'avoir accès à une chambre, il faut s\'adresser au gérant qui est assis sur une chaise. Le lobby qui sert aussi de restaurant, est équipé d\'une télévision, d\'un réfrigérateur, d\'un ventilateur. A première vue, il est difficile de croire qu\'il s\'agit d\'un lieu de passe. Discrétion ? Dissimulation peut-être... Au fond d\'un couloir, se trouvent deux chambres sans rideau, sans porte. C\'est comme si les ébats des occupants d\'une chambre devait stimuler ceux de l\'autre... Les éjaculateurs précoces sont affectionnés. Ça ne dure pas et libère la pute et la chambre; les affaires continuent, on brasse.. Comme Béatrice, la quasi-majorité de ces jeunes femmes sont confrontées à la dure réalité de vivre dans un pays économiquement exsangue. Ces jeunes femmes qui sont l\'expression d\'une forme de « schizophrénie sociale » associent sans trop de difficultés leur métier et leurs activités sociales. S\'agissant de Béatrice, sa manière d\'articuler laisse supposer une scolarité de plus de sept ans. Interrogée par ailleurs sur les motifs expliquant l\'occupation du trottoir, certaines fois avant même la tombée du jour, Béatrice évoque l\'insécurité et la rareté des clients. En longeant la route adoquinée en sens inverse de l\'hôtel, Béatrice est accrochée par un jeune, casquette vissée sur la tête. Elle esquisse un sourire avant de lâcher : « c\'est mon homme, mon bodyguard »... Dans le milieu, ces jeunes hommes qui font office de protecteurs et d\'amants, au besoin, sont appelés serviette ou tyoul... A moins de deux cents mètres du palais national, ces scènes sont anodines... Mais au fait, quelle instance publique s\'occupe de contrôler la prostitution ? Dans la loi organique du minitère des Affaires sociales datée du 28 mars 1967, revue et publiée dans Le Moniteur du jeudi 24 nov 1983 au chapitre traitant de l\'Institut du bien être social et de recherche, l\'article 114 prévoit l\'existence d\'une direction de la défense sociale ; laquelle direction comprend le service de contrôle de la prostitution dont les tâches sont : «-rechercher les causes de la prostitution et prendre toutes les mesures appropriées pour la contrôler ; -contrôler le fonctionnement des cabarets, dancings, bars et autres endroits similaires; -participer à la campagne anti-vénérienne en délivrant des certificats de santé aux femmes qui fréquentent les lieux sus-mentionnés -assurer conjointement avec les services intéressés le contrôle des publications, des spectacles pornographiques ou télévisés de nature à corrompre les moeurs ».. Ce service n\'existe au fait que de nom selon certains. En effet, se trouvant au rez-de-chaussée de l\'Instutut du bien-être social et de recherche, à proximité du service prénuptial, le service de contrôle de la prostitution fonctionne dans un dénuement quasi- total. Dans un espace d\'environ 25m², sont disposés un classeur et un vieux bureau métallique. Il n\'y a pas de téléphone, et le service, dont le gros du travail se fait à l\'extérieur, manque de personnel et d\'équipements motorisés. Ce qui n\'était pas le cas il y a quinze ans. A l\'époque, raconte un employé qui désire garder l\'anonymat, ce service fonctionnait normalement. Avec des inspections diurnes et nocturnes, le service arrivait, tant bien que mal, à contrôler la prostitution formelle et informelle. L\'inspection des cabarets, la prise en charge des prostituées dont le fonctionnement était autorisé par des cartes de santé délivrées entre autres par le centre Céleste Casimir à la rue Mgr Guilloux, s\'effectuait dans le respect de l\'esprit de l\'article 114. En effet, jusqu\'en 2003, le service bien que confronté à une précarité grandissante avait effectué une enquête dont les conclusions révélaient les proportions alarmantes que prenait la prostitution juvénile. Aujourd\'hui, déplore cet employé, les sites tels que maché anba (marché Vallières), le Champ de Mars, Mariani (kay gwo manman), cimetière de Port-au-Prince, Delmas 41, certaines rues dont la rue Lamarre, sur lesquelles s\'exercent des activités de prostitution, ne sont plus contrôlés.Il est courant de rencontrer des adolescentes et des gamins qui se livrent à des actes de prostitution. Tout un réseau de proxénètes, en apparence informelle, se développe autour de cette activité génératrice d\'argent et aussi de criminalité... Audace et irresponsabilité de l\'Etat C\'est en effet ce que pensent plusieurs travailleurs sociaux. Selon eux, le désengagement de l\'Etat dans le domaine de la défense sociale qui s\'est échelonné sur des décennies, surtout après le départ des Duvalier, est l\'expression d\'un manque de vision et de l\'irresponsabilité de l\'Etat. Interrogés sur la manière d\'aborder la problématique de la prostitution, les travailleurs sociaux proposent , dans un premier temps, de redynamiser l\'IBERS dont le budget annuel est à peu près de 18.000.000 de gourdes, et, par extension, le service de contrôle de la prostitution, et dans un second temps de définir une politique gouvernementale quinquemal afin de prévenir la prostitution et réhabiliter les prostituées. Pour cela, l\'Etat devra gérer de manière rationnelle les comportements. Par exemple, combien de parents savent que beaucoup de clips vidéos véhiculent fort souvent des références au sexe et à la violence ? Le problème est grave et sérieux. Les interventions cosmétiques réalisées jusque-là ne sont que l\'expresssion de l\'audace, à la limite, de l\'ignorance des décideurs dans le domaine social, soutient un autre professionnel du social dont les rapports, articles et autres mises en garde ont été jetés aux oubliettes... Il faut très certainement aborder la problématique de la prostitution dans une vision macro. Elle est, de fait, l\'un des indices de la précarité de la vie en Haiti dont l\'immense poid repose en grande partie sur des femmes qui oublient, pour la plupart, depuis quand date l\'insouciance qui accompagne la jeunesse... Du reste, il faudra s\'habituer à voir dans les rues de la zone métropolitaine beaucoup de jeunes femmes comme Béatrice qui escaladent les murs invisibles érigés par la misère pour venir vendre leur corps...
Roberson Alphonse Auteur

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