La Francophonie, une affaire d'Etat

Publié le 2005-03-10 | Le Nouvelliste

« Au nom du gouvernement, je déclare ouverte la Quinzaine de la Francophonie », a lancé Gérard Latortue lors d'une conférence de presse ce jeudi au cours duquel sont intervenus, entre autres, Magalie Comeau Denis, ministre de la Culture, Me Bernard Gousse, Ministre de la Justice, l'ambassadeur de France en Haïti, M. Thierry Burkard, et celui du Canada M. Claude Boucher. «Cette année, poursuit M. Latortue, nous voulons donner une allure toute spéciale à la quinzaine de la Francophonie parce que l'ex- président du Sénégal, Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, arrivera ici le 19 mars prochain». «Dans ce sens, avec la présence du président Diouf, Haïti, cette année, sera le siège de la commémoration officielle de la Francophonie», a déclaré le Premier ministre. Afin de donner une dimension particulière à ces festivités, toute une série de mesures ont été prises. D'abord par le nombre et la qualité des activités culturelles, sportives et académiques qui auront lieu à Port-au-prince et dans les villes de province. La modeste célébration de la journée de la Francophonie, initiée timidement en 1993, en Haïti, par le professeur Pierre Vernet, doyen de la Faculté de Linguistique Appliquée, est en voie de devenir une affaire nationale au pays élu en 2004 vice-président du Conseil de la Francophonie. On se le rappelle, Haïti a été élue vice-président du Conseil de la Francophonie le 26 novembre 2004, en marge de l'ouverture du 10e Sommet francophone à Ouagadougou. Lors de ce Sommet, le Premier ministre Gérard Latortue avait émis le voeu qu'Haïti puisse héberger la réunion de 2010. Si son voeu n'est pas tout à fait exaucé, Gérard Latortue peut déjà s'estimer satisfait que l'Organisation Internationale de la Francophonie ait choisi Haïti pour organiser la célébration officielle de Journée internationale de la Francophonie, le 20 mars 2005, "en signe de solidarité avec Haïti qui, suite aux bouleversements politiques de 2004, mobilise ses forces vives pour donner toutes ses chances au processus de la transition démocratique", relève-t-on dans un communiqué de presse de l'AUF, Agence Universitaire de la Francophonie. Pour cette année, le ministère de la Culture et de la Communication compte marquer sa participation à la Quinzaine de la Francophonie en organisant un festival de contes et de chansons francophones qui s'étendra du 10 au 24 mars. Dès mercredi après-midi, la curiosité des passants a été attisée par la construction d'un stand au Kiosque Occide Jeanty où se tiendront les premières manifestations culturelles de cette Quinzaine placée sur le thème "une Francophonie solidaire et diverse". Une trentaine de spectacles artistiques seront, par ailleurs, offerts gratuitement pour la plupart au grand public en général et aux écoliers et étudiants en particuliers pour lesquels plus de 8000 places en salles seront réservées. Les organisateurs entendent ouvrir les festivités de cette année à une large frange de la population. «Il ne s'agit pas d'une rencontre d'habitués, a souligné le Premier ministre, mais d'un événement de portée nationale où la communauté haïtienne francophone compte reconnaître de façon officielle que la langue française fait bien partie de notre patrimoine national comme seconde langue, à côté du créole.» Il est aussi question, pour le gouvernement de transition, d'associer aux festivités, la population des villes de province qui n'ont jamais eu l'occasion de participer activement à la célébration de la Francophonie. A ces célébrations sont également associés des représentants de la Belgique, du Bénin, de la Suisse, de la Côte d'Ivoire, de la Bretagne (France), de la Guadeloupe, de la Martinique, bref, de la communauté francophone afin de donner un caractère solennel et international aux festivités. Une position consolidée par le ministre de la Justice, Me Bernard Gousse, lors de son allocution , quand il déclare que la Francophonie n'est pas uniquement une affaire de gens parlant du bon français, des gens parlant de culture. «La Francophonie, poursuit-il, c'est également une question de coopération universitaire. Elle va nous permettre également de faire en sorte que des coopérations en matière de Police, et de justice puissent voir le jour.». Pour le ministre de la Justice, le fait pour le Secrétaire général de l'OIF de réhausser par sa présence la célébration de la journée internationale de la Francophonie "est une preuve supplémentaire de l'attention soutenue dont bénéfice Haïti de la part de la communauté internationale en général et de la communauté francophone en particulier". Pour sa part, le ministre de la Culture, Magalie Comeau Denis a profité de l'occasion pour rendre un vibrant hommage à l'initiateur de la célébration de la Francophonie en Haïti. «Si, aujourd'hui, la commémoration de la Francophonie prend cet ampleur et qu'Haïti soit, cette année, déclarée siège officielle des célébration de la journée du 20 mars, c'est qu'il y a 12 ans Pierre Vernet avait proposé de commémorer la Francophonie en Haïti pour la première fois et ainsi jeter les bases de ce qui se fait aujourd'hui,» a déclaré Magalie Comeau Denis. Le ministre de la Culture a aussi souligné le fait qu'il mène une lutte constante pour la démocratisation de la langue française, "ce qui participe aussi au combat pour la démocratie car la langue française est considérée pendant plusieurs années comme un outil d'exclusion et de pouvoir". «Autant doit-on se battre, a poursuivi Mme Denis, pour que le créole ait aussi sa place, autant faut-il lutter pour que ce pays soit vraiment francophone et bilingue et qu'il n'y ait pas une micro-communauté francophone à côté d'une grande masse monolingue et créolophone», a conclu la ministre qui a aussi détaillé le menu desdites festivités. De son côté, l'ambassadeur de France en Haïti, Thierry Durkard, a relevé un point important: C'est grâce à Haïti que la langue française a été acceptée à l'ONU comme outil de travail à côté de l'Anglais. «Je voudrais rendre hommage à Haïti pour une action mémorable. Puisqu'au lendemain de la 2e guerre mondiale, c'est Haïti qui a insisté dans le cadre de la communauté internationale pour que le Français soit langue officielle de l'ONU au même titre que l'Anglais.» «Ce fut un grand geste pour la France, poursuit le diplomate, trop reconnaissante à l'égard d'Haïti». Par ailleurs, au menu de la Quinzaine de la Francophonie sont aussi prévues entre autres des conférences, une table-ronde sur la transition démocratique, ainsi que la présentation par l'Agence Universitaire de la Francophonie des oeuvres complètes de Jacques Roumain à la Faculté des Sciences de l'Université d'Etat d'Haïti.
Jonel Juste Auteur

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