La veille de la foire

Pour célébrer « Livres en liberté » aux Cayes

Publié le 2005-03-10 | Le Nouvelliste

J\'ai mis du temps pour écrire sur la foire du « Livre en liberté aux » Cayes, une initiative de la Bibliothèque Georges Castera du Limbé et de la Secrétairerie d\'Etat, à la Jeunesse, aux Sports et à l\'Education Civique. Un grand événement culturel qui décentralise la culture et crée un lectorat dans le Sud. Souvent, lorsqu\'un grand événement vous a marqué, vous prenez un recul pour comprendre ce qui vous est arrivé. Les 5 et 6 mars dernier, j\'étais dans la métropole du Sud pour signer, en compagnie d\'autres écrivains, « Juste pour s\'amuser #1 ». Dans l\'avion qui m\'emmenait vers le plat pays qu\'est des Cayes, j\'avais pour compagnon, Pierre Clitandre et le Dr Clausel Midy qui venait du Cap-Haïtien. Celui-ci avait emporté une si grosse valise, que je lui ai demandé s\'il allait habiter là-bas. « Mais ce sont les cinq ouvrages que je présente à la foire du Livre en liberté qui sont avec moi », me rassure le Dr. J\'étais assis tout près du hublot pour mieux regarder le chaos, un chef-d\'oeuvre qui se refuse au fini et qui nous a pris deux siècle pour se peaufiner. Vu du ciel, à basse altitude, je survolais la désolation ; les villes sur la trajectoire de Caribinter m\'apparaissaient comme une insulte à l\'urbanisme, un non-sens à la logique. Les habitations sont serrées les unes contre les autres jusqu\'à l\'étouffement, tandis que l\'espace à humaniser est vide. Désespérément vide. Les paysages dénudés, les mornes souffrant de calvitie inquiètent le spectateur au regard rapide. Plus l\'avion cingle vers le Sud, la nature se montre plus généreuse. Nous avons droit à un tapis de végétation pour nous rincer les yeux. Le plus beau spectacle auquel j\'ai assisté est venu de la mer. De plus près que l\'avion s\'approchait vers une mer turquoise, je me taisais pour contempler des chapelets d\'îlots d\'une sublime beauté. Quelques-unes étaient, soit taillées par les vagues et le temps, soit par les mains d\'une divinité. Un îlot découpé en sirène avec la tête en coeur et la queue de poisson se lovait dans une mer turquoise. J\'ai eu le souffle coupé. Caribe Inter a atterri sur la piste de l\'aéroport Antoine Simon de Laborde vers dix heures. A peine avons-nous mis les pieds dans la salle d\'accueil, que Clément Benoît et un groupe composé d\'écrivains et de membres du Rotary club des Cayes viennent à notre rencontre. Nous avons sablé le champagne, et avons bu avidement de bons mots que chaque écrivain et membre du Rotary club versaient à tour de rôle, en cette occasion. Le président du Rotary Club des Cayes, M. Jean-Robert Carié a salué les écrivains tout en déclarant que leur présence, qui témoigne de l\'action du Rotary dans la communauté, « va encourager les jeunes à avoir des livres pour amis ». La cérémonie terminée, Clément Benoît place les écrivains dans les jeeps des membres du Rotary Club avec ses mots : « Vous allez expérimenter la solidarité des rotariens et notre devise : servir d\'abord ». Arrivés à l\'avenue Cartagena, une dame souriante vient nous souhaiter la bienvenue. Clément Benoît nous la présente et en profite pour nous informer : « Cette dame, messieurs, s\'appelle madame St Fort, elle est une rotarienne. Elle est là pour vous servir ». Pendant qu\'il nous apprend où sont logés les écrivains, comme Gary Victor, Christophe P. Charles, Verly Dabel et Beaudelaine P. Dorélien, je profite de l\'occasion pour échanger quelques mots avec Mme St Fort. Elle a été enchantée de voir en chair et en os, Pierre Clitandre, l\'auteur de « La cathédrale du mois d\'août », de « Vin de soleil » et de « La maison des surprises ». Elle a dit qu\'elle a conservé dans une boîte en carton tous les numéros du Petit Samedi soir, depuis l\'époque où Clitandre faisait ses premières armes dans le journalisme. Clitandre a choisi l\'hospitalité de Mme St Fort, moi aussi. Le Dr Clausel Midy et Christophe Charles celle des Carrié. Un bouillon « tèt kabrit » nous attendait. A table, Me Pierre Thomas St Fort a rappelé à Pierre Clitandre les temps fort du Petit Samedi soir, de Gasner Raymond. L\'écrivain se sentait dans son assiette. Dans l\'après-midi, à la bibliothèque IPDEK, la jeunesse cayenne écoutait religieusement les écrivains qui parlaient de leur expérience. Christophe P. Charles clamait haut et fort son amour pour la poésie et son désir de ressembler à des grands magiciens du verbe. Pierre Clitandre avait choisi l\'angle sacré de la littérature pour montrer aux jeunes le pouvoir des mots sur la réalité. Il faisait comprendre que, par l\'incantation des mots dans lesquels nous avons mis toute notre énergie, nous pouvons exorciser le mal qui est en nous et autour de nous. « Je suis amené à la littérature juste pour trouver ma perfection humaine ». Beaudelaine P. Dorélien a brossé quelques traits des personnages qui animent les pages de ses deux ouvrages « Testament » et « Le métier de mon père ». Elle a insisté sur la salubrité de la ville des Cayes et a opiné dans la même veine que Clitandre qui croit que la rectitude du tracé de la ville des Cayes a un effet bénéfique sur le comportement des Cayens. Gary Victor a parlé des masques que l\'on porte pour jouer sur la scène de la vie et aussi du climat violent qui règne dans son univers romanesque. « C\'est parce que je suis un non violent que je parle de violence. Elle nous fait tellement mal que je veux l\'exorciser », a-t-il expliqué. Une lectrice de Gary Victor a étonné l\'assistance et l\'écrivain aussi. Elle était fort documentée. Quand elle posait ses questions, elle citait, de mémoire, des passages entiers des romans de l\'auteur de « A l\'angle des rues parallèles » et de « Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin ». La soirée s\'est poursuivie à Radio Télé Métropole du Sud (RTMS). Les écrivains ont été accueillis à l\'émission Télégénie. Ils étaient chaudement applaudis par l\'assistance. Un membre du Rotary club a profité de la présence de ces derniers pour parler de la foire du livre à l\'Ecole Normale des Cayes, le dimanche 6 mars. La soirée a pris fin à Nami hôtel restaurant autour de la bière et de mets succulents. On se posait la question autour de la bière : cette manifestation culturelle aux Cayes sera-t-elle une réussite ? Clément Benoît se demandait aussi avec anxiété : est-ce que la foire du livre en liberté aux Cayes sera à la hauteur de celle de son pays natal, Limbé. ? Et c\'est peut-être parce qu\'il a perdu la foi qu\'il a failli mourir le dimanche 6 mars, en plein coeur de la foire, à l\'Ecole Normale, aux environs de une heure de l\'après-midi. Nous avons eu des sueurs froides.
Claude Bernard sérant serantclaudebernard@yahoo.fr Prochainement : Livres en liberté aux Cayes : le pari réussi de Clément Benoît. Auteur

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