Aliénés mentaux

Quelle est la responsabilité de l\'Etat?

Publié le 2005-03-02 | Le Nouvelliste

Combien sont-ils les aliénés mentaux abandonnés à eux-mêmes un peu partout à travers les rues de la zone métropolitaine de Port-au-Prince ? A cette question, les avis des spécialistes de la santé mentale sont partagés. Selon le Dr Jeanne Philippe, ils sont dans la fourchette comprise entre huit cents (800) et mille (1000) compatriotes qui, frappés par la démence, ont dû baisser pavillon devant les problèmes de toutes sortes auxquels ils font face. Les assertions du psychiatre doublé de celles du psychologue sont basées sur un constat. A travers chaque coin de rue ou presque, on retrouve au moins un de ces êtres qui vivent dans un univers différent de celui des gens dits « normaux ». Le Dr Roger Malary, pour sa part, est moins généreux. Pour lui, ils ne seraient pas nombreux les malades mentaux communément appelés « fous » par les profanes qui pillulent dans les rues de la capitale et les zones avoisinantes. Selon lui, ils pourraient être une dizaines, ces aliénés mentaux. Comme le Dr Philippe, ses conclusions sont basées sur des constats. Le fait est que, à son avis, ces personnes, puisqu\'elles sont différentes de leurs semblables et adoptent des comportements jugés « anormaux », attirent l\'attention de tous ceux qui les croisent en chemin. Ainsi pense-t-on qu\'il y-aurait un nombre élevé et incalculable d\'aliénés mentaux dans les rues de la capitale haïtienne? Y a-t-il exagération? Peut-être qu\'il y a exagération de part et d\'autre. Mais la vérité est qu\'il y a un nombre beaucoup plus élevé de malades mentaux à travers les rues de Port-au-Prince que ne le pense le Dr Malary. Pourquoi sont-ils si nombreux dans les rues de la capitale ? Quelle est la responsabilité de la société envers ces gens qui, jusqu\'à preuve du contraire, en font partie intégrante ? A quelle instance de l\'Etat incombe la responsabilité de les placer quelque part et d\'en prendre soin ? Pour cette dernière question, quatre (4) acteurs se partagent la responsabilité de placer en « lieu sûr » les aliénés mentaux. Il s\'agit d\'abord de la Justice, par l\'intermédiaire du Commissaire du gouvernement qui, après avis de spécialistes en santé mentale, doit décider de placer dans un centre psychiatrique les individus frappés d\'aliénation mentale. Ces individus deviennent, pour ainsi dire, des « mineurs » en ce sens qu\'il leur est interdit de prendre certaines décisions ou de faire certaines transactions comme, par exemple, l\'achat ou la vente d\'une maison. Ils sont souvent placés sous des régimes juridiques dont la tutelle, la curatelle... La mairie a aussi la responsabilité de placer en « lieu sûr » les aliénés mentaux. A côté des autorités municipales, on retrouve la police qui, dans sa mission de « protection des vies et des biens », s\'est vu octroyer la tâche de débarrasser les rues d\'individus qui représenteraient un «danger potentiel pour la société ». Enfin, les parents du malade peuvent décider de l\'emmener à un centre hospitalier ou à une clinique spécialisée en santé mentale. Cependant, en dépit de l\'intervention régulière de ces quatre (4) catégories d\'acteurs, la situation reste critique. Pourquoi ? Vivre dans l\'état de démence, c\'est frustrant! A cette question, les réponses sont multiples. D\'une part, le pays fait face à une carence de professionnels en santé mentale. Ils sont rares les jeunes médecins, infirmières ou auxiliaires désireux de s\'orienter vers cette spécialité. A date, il n\'y a qu\'une vingtaine de psychiatres environ pour les huit (8) millions d\'Haïtiens. Les infirmières dotées d\'une formation en santé mentale ne sont pas nombreuses non plus. A en croire Mme Martha Michaud, infirmière en chef par intérim au centre psychiatrique Mars et Kline de Port-au-prince, il y aurait seulement une dizaine d\'infirmières haïtiennes à avoir une formation spécialisée en santé mentale. Par surcroît, les médicaments relatifs aux problèmes mentaux coûtent excessivement chers, ont admis tous les spécialistes consultés dans le cadre de ce dossier. Le malade mental est, pour ainsi dire, devenu un poids insupportable pour les ménages qui, en dépit de leur attachement à la personne malade, sont obligés de les abandonner à eux-mêmes. Interrogée, une jeune fille qui était venue voir sa grand-mère au centre psychiatrique Mars et Kline a lâché de manière laconique : « Il est tout simplement frustrant de voir qu\'un proche se trouve dans un tel état de déchéance ». Quels sont les différents types de maladies mentales ? Les malades mentaux sont-ils dangereux ? Peut-on se remettre complètement après avoir été frappé d\'aliénation mentale ? Nous tenterons d\'apporter des éléments de réponse à ces questions et d\'autres dans notre prochaine parution. A suivre ...
Samuel Baucicaut Auteur

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