Du marché à notre table…

Publié le 2016-09-23 | Le Nouvelliste

Devant un bon repas, une salade de fruits aux couleurs vives, un plat de légumes croquants sautés avec des échalotes et du beurre, ou une belle tranche d’avocat arrosée de citron et d’un peu d’huile d’olive, la dernière chose à laquelle on pense ce sont les conditions dans lesquelles ces ingrédients qui composent notre repas ont été recueillis, conservés et amenés jusqu’à notre table. Et pourtant, cette verte laitue que vous vous apprêtez à consommer, vous l’avez achetée au marché. Lors même qu’elle du vient du supermarché, où a-t-elle séjourné avant d’être empaquetée et joliment disposée sur sa fraîche étagère avec ses compagnons carottes, épinards et choux ? Le tableau n’est pas compliqué à imaginer. Regardez les fruits, légumes et autres aliments qui sont sur votre table et visualisez-les dans la boue puante du marché faite de déchets et d’urine où ils ont probablement séjourné. Posez-vous les questions qu’il faut et passez à l’action. A quoi voulez-vous en venir ? A l’insalubrité de nos marchés publics, aux conséquences que cette insalubrité peut avoir sur notre santé à tous, aux actions individuelles que nous devons poser pour protéger notre santé et celle des gens pour qui nous cuisinons, et aussi aux actions collectives que nous pouvons mener par défaut d’une vision des autorités publiques. De la situation d’insalubrité dans nos marchés publics… Le constat que nos marchés publics sont souvent de véritables dépôts de déchets ne date pas d’hier. « Viandes couvertes de mouches, produits étalés à même le sol près de tas d’immondices, les marchés de la région métropolitaine poussent un peu partout et dans les pires conditions », a constaté Haiti Press Network dans un reportage publié le vendredi 28 septembre 2012. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette situation n’a pas bougé d’un pouce, au contraire, de nouveaux petits marchés, et dans les mêmes conditions, ont vu le jour. Les produits que les gens sont censés manger trainent dans la boue sous les pieds des passants. Pour les fruits et les légumes, les marchandes disposent d’une eau avec laquelle elles les arrosent de temps en temps, « pou kenbe yo fre », disent-elles. Quelle eau est-ce ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? Peut-être que c’est celle de la même bassine dans laquelle elles se lavent le visage quand la chaleur est à son comble. Il leur suffit juste d’y plonger un sceau pour en prendre pour les légumes, le soleil les fatigue autant. L’hygiène est quasiment absente de nos marchés publics. A voir ces produits entassés pêle-mêle à même le sol, ces gens faisant leurs besoins non loin dans des marmites, sachets ou des objets en plastique, on peut se demander où commencer pour arriver à un changement. La situation est en effet alarmante. Des conséquences avérées sur notre santé Tout d’abord, parlons des conséquences indirectes de l’insalubrité de l’environnement sur notre santé. Selon les nouvelles estimations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 12,6 millions de décès par an sont imputables au fait d’avoir vécu ou travaillé dans un environnement insalubre. Les facteurs mis en cause sont la pollution de l’air, de l’eau et sols, l’exposition aux substances chimiques, le changement climatique et le rayonnement ultraviolet. Ces facteurs ont, à eux seuls, contribué à la survenue de plus de 100 maladies ou traumatismes. Et parmi ces maladies que l’insalubrité de l’environnement provoque, les cardiopathies, les accidents vasculaires cérébraux, les cancers et les affections respiratoires chroniques sont responsables des 2/3 des décès liés à des causes environnementales. Hormis ces conséquences qui pour la plupart s’étalent sur le temps, le choléra peut être plus direct. Un fruit, un légume ou n’importe quel autre produit acheté au marché dans les pires conditions, et qui n’a pas été lavé pour chasser (si c’est possible) les milliers de bactéries qui s’y sont coincées, suffit à vous donner cette diarrhée mortelle. La dysenterie, les dermatites, les intoxications (gastro-entérites ou irritations pulmonaires) sont aussi des maladies dangereuses qui peuvent être contractées en évoluant dans un environnement insalubre. Que faire ? Individuellement Laver nos aliments, bien sûr. Où que vous ayez trouvé ou acheté des produits, prenez le plus grand soin de les nettoyer, comme si vous étiez le seul à s’en soucier (ce qui est probablement le cas). Vous qui mangez souvent au restaurant ou qui ne prenez pas le temps d’éduquer votre entourage, particulièrement ceux qui cuisinent pour vous, pensez à ce contrôle que vous n’avez pas sur ce qui va dans votre estomac et posez les bonnes actions. Quand on y pense, nous, qui sommes des individus pourtant éduqués, laissons à BEAUCOUP D’AUTRES le soin de décider de ce que nous mangeons, et par conséquent de ce qu’il adviendra de notre santé. Collectivement Et puis, nous sommes nombreux en Haïti à attendre l’État, et ce depuis les 30 dernières années. Pour tout, dans tous les domaines, que ce soit dans le public ou dans le privé, nous attendons que l’État intervienne. Mais celui-ci n’intervient pas, sinon dans très peu de choses. Entretemps, nos proches tombent malades et meurent, même dans des situations que nous aurions pu éviter si seulement nous nous étions organisés, si seulement nous avions senti la nécessité de nous mettre ensemble en vue d’une action collective. Il y a tellement de choses que nous aurions pu faire… Je vous entends déjà dire que vous n’y pouvez rien. C’est faux. Ceux qui achètent des produits au marché pour la consommation ont aussi leur responsabilité. Si le client exigeait cette propreté de sa « pratik », il l’aurait obtenue. Vous qui possédez restaurants ou cantines, ou qui gérez une industrie alimentaire, peut-on se fier à votre mode de nettoyage et de traitement des aliments ? Éduquez-vous votre staff afin que ces pratiques d’hygiène que vous leur inculquez s’étendent au-delà de leur lieu de travail ? Vous qui commandez des aliments en gros, exigez-vous des standards de stockage et de propreté à vos fournisseurs ? Et vous là qui êtes vendeurs dans les marchés publics, ne pouvez-vous pas vous organiser en comité de nettoyage pour gérer les déchets et vous assurer que l’espace de fonctionnement est salubre tout en fixant les responsabilités de chacun dans le maintien de la propreté des lieux ? L’insalubrité tue. C’est parce que vous y vivez depuis x années que ça ne peut pas ou ne va pas vous tuer. Prenez vos responsabilités envers vous-mêmes et envers la société. La rencontre de la responsabilité de chaque élément de la chaine produit la responsabilité collective. Et le sentiment de la responsabilité collective fait accoucher des actions collectives. Johnny Jean Village Santé
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