Trente-six ans de pleurs pour bannir le racisme

Roman / Publication Avec une rage contenue, Carine Michaud s'attaque au racisme primaire. Dans son roman témoignage, elle met en lumière, le sujet jusque-là, tabou, avec une pudeur douce amère. « Trente-six ans de pleurs, la petite Elise », titre évocateur, n'est autre que le sentiment de révolte de l'auteur qui a recouru au support écrit pour tenter de juguler, à défaut de bannir, le sous-racisme longtemps démonter par des thèses majeures. Frappée par le préjugé de couleurs, « véritable gangrène du tissu social haïtien », Carine Michaud a du rassembler tout ce qu'elle restait d'énergie pour conter les péripéties de la petite Elise, en réalité son histoire, dans un style simple, alerte et fort imagé. Les douleurs et les blessures de la petite Elise sont celles des dizaines de milliers d'autres. Interview-

Publié le 2005-02-10 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste : Trente-six ans de pleurs, est un récit qui trace le portrait familial, social, professionnel et spirituel de la petite Elise. Ce courage de femme décrié répond-t-il à un besoin particulier? Carline Michaud : En effet, ce roman répond à un grand besoin, celui de dénoncer un sujet qui est un peu tabou dans la communauté haïtienne. J'ai osé dire tout haut ce que les autres n'osent même pas dire. L. N : Vous voulez parler de la problématique du racisme cernée dans ce roman qui serait une histoire vraie ? C. M : Cela traite des préjugés de couleurs qui sont enfouis dans notre société et que les gens n'osent pas dévoiler. La problématique reste camouflée et cause beaucoup de tort aux enfants, surtout ceux qui sont en bas-âge. Cela atteint leur épanouissement, leur niveau de santé... L. N : En quoi ce roman peut-il aider à bannir ce problème ? C. M : C'est ma vie que je conte aux lecteurs. J'ai été moi-même victime. J'ai été chanceuse d'avoir passé à travers et c'est la raison pour laquelle j'ai osé en parler, pour venir en aide aux autres petites Elise comme moi. L. N : Haïti est un pays à tradition orale, alors que le drame est traité sur support écrit. Comment ce roman peut-il aider vraiment à affronter le mal ? C. M : Je suis une ancienne élève du Sacré-Coeur. Il y a la classe de troisième de cette Institution scolaire qui a convenu d'étudier mon roman cette année. Il va y avoir un examen là-dessus. C'est au jeune d'aujourd'hui que revient le rôle de cerner le problème et d'en parler aux autres. Il faut en parler. L. N : Le public cible alors, ce sont les jeunes élèves ? C. M : C'est une oeuvre ouverte. Les parents aussi sont concernés par cet ouvrage. En mettant leurs enfants au monde, des parents qui adoptent certaines valeurs coloniales les appliquent au mépris de leurs progénitures. Le drame, comme conséquence immédiate, empêche à l'enfant victime de s'épanouir et empêche son estime de soi. Il est important de l'aborder dès le bas-âge afin de donner à cet enfant toute sa chance. Dans ce roman, j'ai attaqué le mal par la racine en essayant de l'aborder dans tous ses aspects : familial, social, professionnel et spirituel. L. N : Vous venez de lancer, entre autres, un test pressing en mémoire des victimes de la tempête tropicale Jeanne aux Gonaïves, en quoi ce drame vous interpelle ? C. M : J'ai été inspirée grandement après la tempête qui a secoué la ville des Gonaïves. J'ai décidé de venir en aide à ma façon. J'ai compati à leurs douleurs. Je voudrais être solidaire des victimes. C. M. : Ce roman retrace ma vie de zéro à 17 ans en Haïti et de 17 à trente-six ans au Canada, alors c'est justement pour montrer l'impact de ces préjugés-là que ce soit en Haïti ou dans d'autres pays. 36 ans de pleurs- La petite Elise-, Carine Michaud, Les éditions Images, Quebec, 2004, 110 pages Encadre Portrait Carine Michaud, 38 ans, lance une véritable croisade pour sensibiliser les opinions au racisme qu'elle qualifie de ridicule, qui gangrène la société. Il est grand temps, a estimé l'auteur de « Trente-six ans de pleurs, la petite Elise », que ces facettes coloniales soient abolies. A dix-sept ans, elle a laissé Haïti pour immigrer à Montréal et suivre des études en comptabilité. Carine Michaud ne se contente pas de gérer les chiffres et les lettres. L'artiste, qui était enfouie en elle, s'extériorise. Là voilà, travailler sur un album de musique en hommage aux victimes de l'ouragan Jeanne aux Gonaïves. Tous les profits de l'album et de son ouvrage seront versés à la population de la Cité de l'Indépendance qui ne se remet pas encore du cauchemar de septembre dernier. (Propos recueillis par Claude Gilles)
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