Quelle gestion des désastres en Haïti?

Publié le 2005-01-06 | Le Nouvelliste

Le 26 décembre 2004, la terre a connu la plus grande catastrophe naturelle des cent dernières années. Des îles ont disparu, d\'autres ont changé de visage, des milliards de dollars ont perdus et, le pire, plus de 150.000 personnes sont perdu la vie, des milliers d\'autres sont blessés et plus d\'un million devaient être déplacés ou sont sinistrés. On risquait de se retrouver devant la plus grande catastrophe humanitaire de tous les temps. Dans notre chère Haïti, tout un chacun a regardé les images de l\'horreur avec une certaine indifférence, incapable de vraiment mesurer l\'ampleur de l\'évènement, comme s\'il s\'agissait de l\'un des films-catastrophes, spécialités des grands studios hollywoodiens...On avait déjà oublié Mapou, Fonds-Verrettes et les Gonaïves. Les Haïtiens ont la mémoire courte. Ou peut-être ont-ils tellement pris l\'habitude du «Bon Dieu bon» qu\'ils n\'arrivent plus à être rationnels même devant l\'imminence du danger? Pendant des années, des études ont été réalisées sur le terrain par de nombreux organismes nationaux et internationaux, à grands frais et à grand renfort de publicité, sur les risques, la prévention et la gestion des désastres pour être jetées finalement dans les tiroirs de nos décideurs. Aucune suite n\'est donnée malheureusement à ces travaux pourtant minutieusement réalisés par des experts compétents et de bonne foi. De nombreuses institutions privées telle la FAN (Fédération des Amis de la Nature), ont sonné l\'alarme, essayant vainement de sauver, à la fois, notre environnement. Les dégradations ont continué, des sites protégés ont été vandalisés, des vies humaines sacrifiées. Ce qui pèse très lourd sur notre conscience collective. Une étude réalisée en 2000 par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) définit clairement les différents risques de catastrophes naturelles auxquelles Haïti pourrait être confrontés, si l\'on n\'y prend garde. Ceux de nature géologique et hydro-météorologiques en particulier devraient retenir notre attention tels les tremblements de terre, les glissements de terrain, les inondations, les coulées de boue et autres. Certaines zones sont clairement ciblées comme zone à haut risque. Parmi elles, le bas de la ville de Port-au-Prince, la plaine des Cayes, le Cap-Haïtien et ses environs et, surtout, Gonaïves et ses environs. Nous redisons encore que cette étude a été réalisée en l\'an 2000. Ce document qui a été, probablement, transmis à l\'Etat haïtien aurait pu sauver des milliers de vies si les responsables se préocuppaient plus de leur travail plutôt que de se remplir les poches et si les bonnes personnes étaient à la bonne place. L\'information, en ce qui concerne la prévention des désastres, devrait être permanente et, vu le niveau de formation de notre population, les médias privés et publics auraient dû consacrer une partie de leur programmation à la sensibilisation des habitants des zones à haut risque. Une telle approche pourrait peut-être faciliter la tâche aux institutions concernées lorsqu\'il s\'agirait d\'intervenir dans certaines zones (comme c\'était le cas récemment à Laboule). La population étant informée et connaissant les risques réels se montrerait, éventuellement, beaucoup plus coopérative pour conjurer les dangers. Résoudre les problèmes prioritaires Le mot désastre (de l\'anglais disaster) renvoie à un événement dommageable dépassant les capacités de réponse de la population touchée. Prédire le désastre ne met pas à l\'abri de la catastrophe si l\'on n\'a pas les moyens de s\'organiser pour éliminer ou minimiser les conséquences dommageables envisagées. En Haïti, il arrive malheureusement assez souvent qu\'une catastrophe potentielle soit parfaitement identifiable (sur la base des études d\'experts) sans que l\'on puisse, faute de moyens de tous ordres, faire autre chose que s\'abandonner à un fatalisme déroutant. La vulnérabilité de Mapou, Fonds-Verrettes, Gonaïves, Pernier (pour ne citer que les zones récemment victimes de désastres naturels) n\'exigeait-elle pas de toutes façons que des programmes d\'intervention se focalisent sur leur situation spécifique pour faciliter la prise de décisions plus judicieuses? L\'incapacité des gouvernements à résoudre les problèmes prioritaires (élimination de la pauvreté extrême, besoin en logements sociaux, etc) explique que la question des risques et désastres n\'est pas considérée comme une priorité. Et c\'est presque dommage. L\'importance des menaces environnementales est minimisée. On s\'applique à résoudre ou à rendre moins évidentes les plus grandes urgences ou alors les connaissances sur la vulnérabilité et la gestion efficace des désastres restent limitées. Font également défaut les méthodes efficaces pouvant aider les décideurs à mieux orienter leur politique quand elles existent. La gestion efficace des désastres suppose, en effet, des mesures et des formes d\'intervention visant à prévenir et à réduire les conditions du risque. Elle comprend, selon des spécialistes, les activités de prévention et de mitigation et poursuit, en fait, une série d\'objectifs séquentiels dans leurs effets directs comme dans leurs effets induits. C\'est une question cruciale en Haïti. Comme l\'a souligné Elizabeth Deetjen de la FAN, au cours d\'un exposé didactique: « Nous sommes exposés et sous la menace permanente de nombreux risques naturels qui, du fait même de la dégradation de notre environnement, causent des dégâts importants. L\'absence de mesures adéquates pour réduire les vulnérabilités et l\'impact de tels phénomènes est à déplorer, malgré l\'existence d\'un plan national d\'intervention ». Haïti est régulièrement frappée tous les deux à trois ans par des cyclones, tempêtes ou dépressions tropicales. Durant le XXe siècle, le pays a été touché par trente-quatre (34) tempêtes, coups de vent, bourrasques, tornades, orages, cyclones ou ouragans. Quarante-quatre pour cent (44%) de ceux-ci ont été enregistrés au cours des années 90. Tous les cyclones dévastateurs ayant frappé Haïti ont rageusement touché le Sud avec une fréquence d\'affectation spécifique soit 59%. Les dégâts dûs à ces phénomènes ainsi que ceux résultant de très fortes précipitations affectent souvent des régions du pays plutôt sujettes à des événements de nature très localisée. En 1998, le cyclone Georges avait secoué tout le territoire national faisant 242 morts et 385.000 sinistrés. Les dégâts matériels étaient estimés à $ US 180.000.00. Et c\'est la fragilité de notre environnement qui explique généralement l\'ampleur des dommages occasionnés par les cyclones et autres systèmes porteurs d\'eau comme les inondations. Mettre en commun les ressources disponibles Les facteurs anthropiques comme le déboisement et l\'érosion, la pratique des constructions anarchiques, l\'exploitation abusive des ressources naturelles, la vulnérabilité des quartiers populaires et les déficiences notoires dans les infrastructures de base sont les causes majeures de la dégradation de notre environnement. Pire: les capacités locales de réponse qui devraient tourner autour des axes comme l\'information, la sensibilisation, la mobilisation et la solidarité sont inexistantes. Pourtant des travaux essentiellement de nature communautaire, la mise en commun des moyens et ressources disponibles pourraient permettre une gestion efficace des risques et désastres, avec bien sûr l\'appui agissant des structures existantes de l\'Etat telles que décrites dans le Plan National d\'Intervention de la République d\'Haïti.
Patrice-Manuel Lerebours Robenson Bernard Auteur

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