Venezuela : dopée par le pétrole et par les urnes, la \"révolution bolivarienne\" n\'a plus d\'entraves

Publié le 2005-01-07 | Le Nouvelliste

Dopé par l\'envolée des prix du pétrole, le Venezuela a fini l\'année 2004 avec une croissance record de 18 %, selon la Commission économique pour l\'Amérique latine (CEPAL). La Banque centrale se contente de 15 % et d\'une prévision de 7 % à 8 % pour 2005. En 2003, l\'économie avait fortement accusé le coup de l\'instabilité politique, avec des chutes de - 8,9 % en 2002 et de - 9,2 %. Après la tempête, le pays retrouve le calme. Le Fonds monétaire international (FMI) est satisfait, le président de la République serein et l\'opposition défaite. Deux victoires, lors du référendum du 15 août et des élections régionales et municipales du 31 octobre, ont donné au gouvernement de Hugo Chavez la stabilité. La Coordination démocratique (CD), qui regroupe toutes les composantes de l\'opposition, a implosé. \"Je n\'écoute plus les infos, je ne veux plus parler politique\", soupire Dina Pena, 43 ans, cadre dans une entreprise de relations publiques. Pendant deux ans, elle a été de toutes les manifestations pour exiger la démission d\'un président qu\'elle abhorre. Une tentative de coup d\'Etat, en avril 2002, une longue grève du secteur pétrolier, en 2003, les attaques de la presse et un \"référendum révocatoire\" n\'ont pas eu raison de Hugo Chavez, sorti renforcé de l\'affrontement. \"Nous avons commis beaucoup d\'erreurs ; nous sommes en thérapie réflexive\", commente Edgar Zambrano, un député d\'opposition. \"Le pays s\'est intoxiqué de politique\", ajoute le politologue Carlos Romero, pour expliquer l\'apathie qui gagne les rangs des opposants. \"Le peuple ignorant paiera cher son amour de Chavez\", affirme Dina. A l\'autre bout de Caracas, Araya, couturière de quartier, s\'insurge : \"Les riches n\'ont pas compris la leçon et continuent de nous traiter comme une poignée d\'imbéciles. Le président Chavez, lui, respecte les pauvres.\" Déchirés par les règlements de comptes, les dirigeants de l\'opposition ont, pour la plupart, disparu de la scène. Leur chef de file, Eduardo Mendoza, qui se voyait prendre la relève de Hugo Chavez, a perdu son poste de gouverneur en octobre. Selon un sondage, si l\'élection présidentielle avait lieu aujourd\'hui, M. Mendoza obtiendrait 8 % des voix, contre 48 % à M. Chavez. Le président semble assuré d\'être réélu en 2006 et de rester en place jusqu\'en 2012. Si la \"déprime\" règne chez ses détracteurs, certains d\'entre eux ont pris leur parti de la situation. L\'organisation patronale Fedecamara, qui avait occupé le devant de la scène lors du coup d\'Etat, et les industriels de Conindustria ont accepté la main tendue par le gouvernement. Rendez-vous a été pris avec le vice-président de la République. \"Les caisses de l\'Etat sont pleines et il y a des affaires à faire\", justifie un entrepreneur. Les lois adoptées sur les médias ou sur les terres - cette dernière prévoit la confiscation des propriétés inexploitées -, la réforme de la Cour suprême, qui permet à M. Chavez d\'en prendre le contrôle, ou la réforme du code pénal font peur. Mais rares sont ceux qui, à l\'antenne, continuent de crier à la dictature castro-communiste. Les Cercles bolivariens - organisations sociales de base créées sur injonction du chef de l\'Etat, qui faisaient frémir les beaux quartiers - ont disparu des conversations. \"CALME TROMPEUR\" \"Le calme peut être trompeur. Certains secteurs très minoritaires de l\'opposition pourraient être tentés de jouer la carte désespérée de la violence aveugle\", estime Carlos Romero. En novembre, l\'assassinat du magistrat Danilo Anderson, chargé de l\'instruction de la tentative de coup d\'Etat, a marqué les esprits. Si les affrontements de rue ont souvent dégénéré, le meurtre politique était, jusqu\'alors, resté inconnu. La crainte d\'un éventuel attentat contre le président ne ternit pas l\'optimisme qui règne dans les rangs des \"chavistes\". Libéré d\'une opposition qui n\'a pas lésiné sur les coups bas, re-légitimé sur la scène internationale, le chef de l\'Etat, dont le charisme reste intact, va enfin pouvoir gouverner. La reprise économique favorise la confiance. L\'inflation a été contenue sous la barre des 20 % - elle reste toutefois la plus élevée du continent - et le chômage est passé de 20,7 % à 14,5 %. Le FMI en convient : \"Le pays est dans une situation très favorable pour consolider la croissance\", a déclaré Agustin Carstens, sous-directeur général adjoint, lors d\'une récente visite. A en croire les analystes, de grands défis attendent Hugo Chavez. \"Jusqu\'à présent, le président a souvent agi au coup par coup, pour contrer les attaques de l\'opposition, explique le sociologue Miguel Contreras : il doit maintenant résoudre les contradictions au sein de son équipe économique, institutionnaliser les politiques publiques et produire des résultats tangibles en matière de lutte contre la corruption et de création d\'emplois.\" \"Le chef de l\'Etat contrôle aujourd\'hui tous les pouvoirs : l\'exécutif, le législatif, le judiciaire, l\'administration électorale, les organismes de contrôle et presque toutes les collectivités territoriales. Il ne peut plus accuser l\'opposition de l\'empêcher de gouverner\", ironise Teodoro Petkoff, directeur du quotidien indépendant Tal Cual. Des divisions pourraient surgir au sein même du camp \"chaviste\". Il y a quelques jours, à Caracas, de violents affrontements ont opposé la police aux vendeurs ambulants qu\'elle essayait de déloger. Le maire \"chaviste\" de la capitale a publiquement réprimandé les policiers et destitué leur commandant pour \"excès commis contre le peuple\". L\'incident pourrait bien être révélateur de confrontations futures.
Marie Delcas LE MONDE | 04.01.05 Auteur

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