Billet à Pradel Henriquez

Publié le 2005-02-28 | Le Nouvelliste

En lecteur boulimique, je lisais le week-end dernier ton article frappé à l'effigie du titre: «Omabarigore», Davertige. Tu as comblé en moi un vide poétique que le rêve a incarné dans mon coeur pour croître ma nostalgie. Pradel, j'ai compris tes caprices de poète et ta mélancolie resignée à l'encontre de notre jeunesse, victime d'un attentat à la médiocrité prônée qui, dès la naissance, est privée de l'allaitement vital de l'oeuvre de nos meilleurs écrivains. Davertige est sans doute une valeur sûre, mais il serait plus heureux d'être compris dès son vivant. En Haïti, nous devons divorcer d'avec cet héritage malhonnête consistant à honorer les grands esprits après leur sommeil éternel. Le temps ne cesse de pleurer à grosses gouttes devant ce spectacle hideux qui alimente naïvement un dédain pour la poésie. Pradel, je sens tes remords et ton haut-le-coeur contre l'émergence de la facilité qui engendre, à profusion, des fatras littéraires. Mais, laisse-moi te cracher une vérité: La poésie n'est pas morte, elle est assise quelque part, guettant avec regret les passants indifférents. Il n'y a pas que Castera, Trouillot, Exavier et Ali qui gardent précieusement le trésor davertigien. Le penser, serait une absurdité: j'en connais d'autres, très talentueux qui, par manque de moyens financiers, sont restés dans l'anonymat et sonnent le glas de certaines oeuvres remarquables dans des tiroirs poussiéreux. Il faut qu'il y ait au Ministère de la Culture un département qui se donne pour tâche d'aider certains écrivains à publier leur production, pourvu qu'elle soit de qualité. Pradel, tu es devenu mon ami après la publication de ton recueil de poésie: «Ces seins nus qu'on arrache aux soleils». Cette oeuvre sublime semble franchir victorieusement les dimensions euthanasiques de la poésie et me permet de vivre avec les yeux ouverts l'orgasme de la parole en injectant dans mes veines: érotisme, rêve et passion Le sang de ma plume est sur le point de tarir sous la roulette frénétique de mon souffle créateur. Mais je voudrais sans hypocrisie, mon très cher ami, que l'aura bleue de ton âme poétique, en ces temps de désenchantement et de désarroi, puisse être pour Haïti un moyen de ressaisissement. En Afrique, lorsqu'un vieillard ou un poète meurt on dit: c'est une bibliothèque qui brûle. En Haïti, au contraire, c'est une bibliothèque qui ouvre ses portes.
Widly Jean, Poète-écrivain Auteur

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