Connaître nos académiciens

Frenand Léger, un académicien avant la lettre

Connaître nos académiciens # 2

Publié le 2015-06-22 | Le Nouvelliste

Culture -

Dieulermesson PETIT FRERE Doctorant en littérature francophone à l’Université de Toronto au Canada (sa thèse porte sur des questions d’oralité créole et d’écriture française dans la fiction brève haïtienne), notre académicien Frenand Léger est aussi professeur de langue et de littérature française dans cette même université qui l’a accueilli depuis tantôt cinq ans. En 2002, il a décroché une licence en sciences de l’éducation à l’Université Quisqueya (Haïti). La même année, il part pour le Canada où il a poursuivi des études en Évaluation (toujours dans le domaine des sciences de l’éducation) à l’Université de Montréal. L’année suivante, soit en 2003, Léger rejoint l’Université d’Indiana (États-Unis) où il décroche une maîtrise en linguistique française. Il y a travaillé également comme assistant de recherche et instructeur de français et de créole haïtien pendant trois ans. C’est là, dans cette ambiance culturelle mixte, à l’Institut de créole de l’Université d’Indiana, que l’ancien bibliothécaire de la Bibliothèque de l’Institut français en Haïti s’est initié formellement à la recherche académique en créolistique avec le professeur Albert Valdman, l’un des pionniers des études créoles. Léger a également eu l’opportunité de fréquenter et travailler avec plusieurs autres grands créolistes sur divers projets de recherche importants sur le créole haïtien. Vu son attachement à cette langue, en septembre 2006, il entre aux Bahamas où il est appelé pour un poste à plein temps à l’Université des Bahamas dans l’enseignement du créole haïtien et du français. Il y passe quatre années. Et, pendant toutes ces années passées, il publie plusieurs articles pour dénoncer la situation des immigrants haïtiens dans ce pays et pour défendre leurs droits humains et linguistiques. Un académicien avant la lettre En effet, même s’il a joué un rôle dans la mise sur pied de l’Académie du créole haïtien, car il était membre du comité de soutien, Frenand Léger tient à préciser que l’idée de faire partie de l’institution ne lui était jamais passée par la tête. « Comme tout linguiste, qui utilise une approche descriptive plutôt que normative, j’avais au départ des appréhensions quant au rôle d’une académie de langue dans la société. De toute façon, en plus de ne pas résider en Haïti, je m’estimais trop jeune pour être académicien. Je ne me voyais donc que comme un simple sympathisant prêt à continuer à défendre la cause de notre langue maternelle par le biais de toute organisation ou institution légitime sans nécessairement y adhérer ». Si, par la suite, il a accepté de présenter sa candidature pour devenir l’un des 33 premiers membres, c’est parce qu’il est arrivé à la conclusion que le rôle d’une académie de langue dans le contexte de la société haïtienne ne peut et ne doit pas se limiter à un travail purement normatif et de codification. L’académie, selon lui, doit aussi être un outil d’affirmation, de légitimation, de défense, d’illustration et de promotion de la langue et de la culture. En plus de son statut d’enseignant-chercheur, Frenand Léger est aussi un conférencier de renommée internationale qui va d’université en université pour présenter ses recherches, surtout celles effectuées sur le créole. Dans les dernières présentations qu’il a faites, que ce soit à Bloomington, Kingston, Rhode Island, New York, Port-au-Prince (où nous avons suivi ses interventions et travaillé à ses côtés), jamais il n’a raté une occasion de brandir sa dialectique pour prendre la défense de sa langue et sa culture. « On nous a appris à dénigrer, à détruire, à rejeter notre culture et particulièrement le créole, l’élément le plus essentiel de notre identité de peuple, au profit des langues européennes. Il est temps que cela change. » Il invite tout le monde à s’embarquer dans la lutte pour la valorisation de ce si grand trésor. « Nous, qui comprenons la gravité du problème, avons le devoir d’éveiller la conscience des autres sur la crise d’identité linguistique et culturelle qui mine les sociétés créoles depuis trop longtemps. Voilà en fin de compte ce qui m’a motivé à faire partie de l’Académie du créole haïtien ». Le créole, langue de tous les Haïtiens Voilà déjà plus de deux siècles depuis son indépendance, Haïti fait toujours face aux mêmes problèmes politiques, sociaux et économiques. Le pays peine encore à trouver la voie du changement, faute de dirigeants compétents qui croient vraiment au progrès. Ils sont nombreux les intellectuels haïtiens (les vrais) à s’interroger sur un ensemble de phénomènes apparemment absurdes, mais qui sont néanmoins d’une certaine pertinence. Aux yeux du professeur Léger (et nous le citons), malgré le fait d’être indépendant depuis plus de deux siècles, on se demande encore si Haïti constitue un véritable État-nation fondé sur une identité collective culturelle partagée visant l’intérêt national. Car, dit-il, on sait qu’il y a en Haïti une tradition de dichotomie sociale exprimée dans les rapports malsains opposant mulâtres et noirs, citadins et paysans, catholiques et vaudouisants, francophones et créolophones, il est difficile de ne pas voir la pertinence de cette question. Par ailleurs, la création de l’Académie du créole haïtien constitue un effort important dans le processus de légitimation des institutions culturelles. Personne n’est sans savoir qu’aujourd’hui, en dépit du statut officiel du créole, il existe encore des détracteurs. Et Frenand Léger d’ajouter : « Malgré le fait qu’il soit virtuellement la langue parlée par l’ensemble de la population haïtienne et qu’il soit devenu depuis longtemps une langue écrite, certains continuent à se demander, frisant le ridicule, si le créole haïtien est une langue à part entière. » … Promouvoir le code écrit du créole C’est pourquoi, en tant qu’académicien, son objectif premier est de monter une équipe de recherche pour faire l’inventaire des ressources lexicales du créole en vue de la production d’un dictionnaire monolingue exhaustif. L’élaboration d’un dictionnaire monolingue est, selon ses propos, une démarche nécessaire au développement du code écrit de toute langue. « Je chéris également le projet de travailler à la production d’une importante grammaire créole à la fois prescriptive et descriptive qui tient compte de toutes les variations sociolinguistiques. C’est d’ailleurs ce qui manque le plus actuellement au créole haïtien pour qu’il puisse couvrir les usages administratifs et éducatifs que lui confère la Constitution de 1987. Nous sommes arrivés à un stade dans le développement du créole haïtien où il est urgent de promouvoir le code écrit de cette langue. C’est sans aucun doute la meilleure façon de porter les gens à se débarrasser des idées préconçues au sujet de leur langue maternelle. » Auteur d’articles en français et en anglais publiés dans des revues académiques, Léger croit dur comme fer que l’Académie peut contribuer à changer les représentations et mauvaises perceptions au sujet du créole en Haïti. C’est un créoliste endurci. Citons entre autres sa participation à divers projets de recherche universitaire sur la langue et la culture créoles ayant abouti à la publication de travaux importants, dont le dictionnaire bilingue créole-anglais de 781 pages publié par l’Institut de créole de l’Université d’Indiana, et le manuel de 481 pages intitulé « Pawòl Lakay: Haitian Creole Language and Culture for beginner and Intermediate Learners ». Sans oublier sa collaboration à la revue Pawòl kreyòl de la Société Koukouy, au Jounal Bon Nouvèl et à l’Acte du colloque sur la création de l’Académie du créole haïtien.

Quelques articles rédigés en créole de Frenand Léger 1- Wòl lang kreyòl la nan pwosesis (re)konstriksyon Ayiti a (2012), 2- Fè pwomosyon ekri nan lang kreyòl ayisyen an: poukisa epi kouman? (2013). 3- Ki lang yo dwe mete bò kote angle nan CARICOM: franse oswa kreyòl? (2013).
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