Autocensure

Publié le 2013-10-11 | Le Nouvelliste

La conciliation entre la presse (liberté) et le gouvernement (souvent à travers un pouvoir judiciaire asservi ou instrumentalisé) a toujours été dans les pays en voie de démocratisation un problème majeur. Les réactions indignées de notre consoeur Liliane Pierre-Paul de Radio-Télé Kiskeya à la sommation du juge instructeur Lamarre Bélizaire l'accusant d'avoir rapporté une fausse information contre lui ainsi que la plainte déposée devant la justice par ce même organe de presse et l'un de ses journalistes Rodrigue Lalanne pour « coups volontaires » avec préméditation contre des agents de la sécurité présidentielle seront toujours légitimes sinon plus; l'important débat sur la liberté d'expression ne sera pas largement éclairé, au contraire; le droit aussi légitime de tout gouvernement d'utiliser efficacement ou non la presse pour s'auto-célébrer ou se donner bonne conscience sera toujours contesté dans le cadre d'une démocratie d'opinion. Le principe de la libre circulation des informations conduit les médias à les diffuser, parfois sans aucune rigueur; cela se produit tous les jours dans le traitement des faits divers, sans que nul n'y trouve à redire. Cependant elles dérangent ou elles sont assimilées à des diffamations si elles sont assorties de soupcons de corruption, de trafic de drogue, de contrebande, d'évasion fiscale, d'assassinat politique mettant en cause le pouvoir en place ou d'anciens dirigeants. Les principaux reproches faits à la presse--pas seulement par l'actuel pouvoir mais aussi par les forces d'argent mafieuses--reposent sur la condamnation (parfois justifiée) de son usage démesuré de la liberté, en collusion avec l'opposition ou en service commandé. Cette tendance regrettable serait-elle dominante? Mais non! C'est que, dans ce pays, clive ou règne une impunité mortelle (morbide), la plupart d'entre nous font preuve d'une prudence cauteleuse sous la forme de l'autocensure, alimentée par la peur et les intimidations de toutes sortes. Question de vie ou de mort, en premier lieu. Un scoop? C'est la vérité. Hé oui! C'est l'autocensure qui nous pousse à utiliser un langage calfeutré, à éviter d'attaquer frontalement les questions qui fâchent, les dossiers politiquement ou économiquement explosifs. C'est l'autocensure, conforme à cette société à tradition autoritaire, qui nous vaccine contre toutes formes de représailles, toujours présentes, vêtues du non moins sanglant habit de l'insécurité ou du banditisme. Victime sporadique des actes de violence à caractère politique, de manipulations ou de corruption, la presse haïtienne, qui fait face à d'énormes difficultés de fonctionnement, n'est donc pas aussi libre, quoi qu'on pense. Autrement dit, on avance tout et n'importe quoi sur ce sujet d'importance. On a raison de rappeler sans cesse ses excès. On a tort d'accorder si peu d'importance aux conséquences fâcheuses de ce paysage médiatique cacophonique où il y a surtout des coups à prendre et des affaires à faire. Tout cela constitue un malheureux dosage d'autocensure, de sensationnalisme et d'absence d'enquêtes archivées, en face d'un pouvoir qui n'arrive pas à définir avec habileté et intelligence une stratégie de communication proactive pour vendre ses résultats et ses projets en cours de réalisation. Ce qui vaut pour les éditorialistes ou analystes politiques ou économiques ne vaut pas pour les journalistes-enquêteurs (hélas, inexistants chez nous!) Sur l'élucidation de maints sujets d'intéret national et de certains dossiers litigieux, des enquêtes journalistiques, fouillées et objectives, auraient été plus instructives que le discours officiel ou les contre-attaques enflammées de l'opposition. Malheureusement, ce rôle d'aiguillon et de balancier échoit à l'autocensure!
Pierre-Raymond Dumas pierreraymonddumas@gmail.com Auteur

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