Au nom de la République!

Non au retour à un ordre révolu!

"Le matin du 14 mai 2011, la récompense due au talent, à la moralité politique, à la rectitude, à la créativité et aux valeurs de la République est attribuée à la médiocrité"

Publié le 2012-08-29 | Le Nouvelliste

On est revenu tout simplement au temps des baïonnettes. On est en plein dans la pratique immonde et grotesque des Duvalier avec des élections officielles du genre

 Ministère de l’Intérieur (1957-1986).

Il fait un temps de chien. Tout à coup le ciel s’obscurcit. Le paysage politique haïtien est assombri. Les démocrates sont aux abois devant l’ampleur du drame national et la gravité d’une crise politique à venir aux conséquences imprévisibles. Bref, la République est ébranlée dans tous ses fondements.

A travers la publication officielle de l’arrêté du 14 août 2012 nommant six des neuf personnalités devant siéger au Conseil électoral permanent, le président de la République, Michel Martelly, a tout simplement exprimé son dégoût pour le peuple haïtien et l’irrespect total de ceux qui l’ont porté à la magistrature suprême de l’Etat. Il a plutôt choisi la voie de la confrontation, malgré les nombreuses protestations des forces vives du pays contre ce projet présidentiel sans lendemain.

Les résultats de ces joutes seront-ils connus à l’avance? Au mieux, le régime en place chercherait-il à avoir un Parlement “j’approuve” à près de 100% de ses membres ou tout simplement des élections-plébiscite? Ce sont là autant de questions qui laissent perplexe le citoyen haïtien, à la veille d’un scrutin vraisemblablement organisé par un soi-disant Conseil électoral permanent préfabriqué, dans une sorte de jeu macabre à six.

Le chef de l’Etat, par cet acte machiavélique, fait désormais partie du problème  haïtien et non de la solution. Il n’est plus le gardien de l’ordre établi et le garant de la stabilité des institutions républicaines, en référence à la Constitution de 1987. Ce faisant, il devient un chef de clan garantissant les privilèges et intérêts d’un petit groupe en transit dans le pays. Il n’hésite pas à soudoyer des parlementaires,et d'autres personnalités  et à grand renfort d’argent et/ ou de promesses aux fins de saboter des institutions d’Etat qui se trouvent au cœur des avancées démocratiques en Haïti post 1986, comme le Parlement, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), le Conseil électoral permanent (CEP).

L’agenda du peuple haïtien, l’éducation, le logement, la santé, les infrastructures, l’énergie, l’emploi-... est complètement méprisé et jeté aux oubliettes au profit du sien propre. Par des stratagèmes de toutes sortes, le président veut à tout prix conserver le pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel de cinq (5) ans. C’est pourquoi, dans son calcul cynique, il croit impérieux d’avancer dans la formation d’un Conseil électoral bancal, vassalisé, et amputé de trois de ses membres, dans la perspective d’élections législatives partielles, municipales et locales. Etant donné que les membres du nouveau CEP ont un mandat inamovible de neuf ans, la réélection du président pour un deuxième mandat ou l’élection d’un de ses siens est déjà garantie en février 2016, vu que la Constitution de 1987 amendée et publiée est muette sur le cumul du mandat présidentiel.

Quelle pilule!

Personne n’est dupe Monsieur le Président!
Le pouvoir n’est pas un héritage familial comme dans une monarchie, régime dans lequel l’autorité politique est détenue par un seul individu. A bien lire le préambule de la Constitution de 1987, Haïti est une République, une et indivisible. Je vous suggère, Monsieur le Président, une lecture attentive, soutenue et éclairée de la charte fondamentale afin de ne pas ou de ne plus considérer l’Haïtien comme un sujet, mais plutôt comme un citoyen vivant dans une République avec droits et devoirs.

Le citoyen haïtien ne demande qu’à participer activement dans les affaires politiques de son pays. Il veut être un acteur averti et perspicace dans les grandes décisions et non un spectateur distrait, devenant ainsi la risée de tous les pouvoirs traditionnels qui se sont succédé dans le pays.

Haïti, à l’heure actuelle, ressemble beaucoup plus à une jungle où règne la loi des fauves. Le pouvoir au plus fort et la loi aux plus offrants. La justice symbolisée par la femme aux yeux bandés est acquise à la cause des nantis du pouvoir, du savoir et de l’avoir. Le citoyen ordinaire subit toujours les méfaits d’une loi perverse et scélérate, dans une société à multiples vitesses. C’est dans cette même logique que, les nouveaux affranchis d’Haïti, ont mis le peuple hors-jeu en disséquant en bonne et due forme la Constitution de 1987.

Sous prétexte que la loi mère n’est pas adaptée à la nouvelle conjoncture politique haïtienne, les maîtres du jeu d’un nouvel ordre inique ont confectionné sur mesure une nouvelle charte garantissant les intérêts politiques et les privilèges économiques attachés historiquement à une classe sociale réactionnaire sans attache et à une bourgeoisie traditionnelle compradore.

A travers les multiples changements opérés dans la Constitution de 1987 notamment la mise au rancart de dizaines d’articles garantissant les droits de la personne, la participation directe du citoyen aux affaires de la cité, la décentralisation et la déconcentration des institutions publiques, il faut voir la logique du dominant et du dominé. Une offensive tous azimuts de l’élite traditionnelle pour reconquérir totalement le pouvoir politique perdu, au mépris des normes et règles universellement en vigueur dans toute société moderne démocratique.

On ne saurait gouverner dans une démocratie sans loi “ La loi, en général, est la raison humaine, en tant qu’elle gouverne tous les peuples de la terre”, dixit Montesquieu”. Le président de la République, le premier des citoyens, est tenu de se conformer à la loi. Sinon, il subira, tôt ou tard, sa rigueur. Force est de constater que celui qui est censé être le garant des institutions est devenu le premier déstabilisateur de l’Etat.

La nation haïtienne survivra contre vents et marées au grand dam de ceux et celles qui veulent se comporter en grands manitous de la République. Haïti, porte-étendard du nouveau monde libre, est une nation fière de son passé et résolue à construire son présent dignement, quel qu’en soit le prix à payer.
Que vive la République!


 

Jose Clément Journaliste Centre international d'études et de réflexions (CIER) New-York 25 août, 2012 Auteur

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