La crise de L'éducation bat son plein en Haïti

Il faut réformer le système

Publié le 2012-08-24 | Le Nouvelliste

L’école haïtienne se débat aujourd’hui encore dans les contradictions de ses errements tenaces et de sa volonté non manifeste d’avancer. Nous sommes très loin d’avoir une école nouvelle avec des programmes bien ciblés, des professeurs encadreurs, des objectifs clairement définis, des méthodes d’enseignement efficaces et modernes, des directeurs innovateurs, des inspecteurs leaders et superviseurs, un curriculum scientifiquement conçu, des cadres techniques motivés pour la réforme, bref une autre école c’est-à-dire une véritable institution de socialisation capable de produire un autre type d’Haïtien pour un autre type de société. Le dispositif institutionnel en place est obsolète et ne permet à personne de savoir qui fait quoi ? Où ? Quand ? Comment ?  Et rien ne permet d’espérer que le cap de scolarisation de tous les enfants en âge scolarisable sera franchi dans les années à venir. Et à bien analyser la situation actuelle de l’éducation en Haïti, on se rend bien vite compte que le système n’a pas trop évolué au fil des années. Il semble incapable de répondre d’une manière satisfaisante aux exigences de notre société peu intéressée à l’élaboration d’un plan d’émancipation de la collectivité reposé essentiellement sur l’élévation du niveau de scolarité des citoyens. L’heure est grave et nous nous retrouvons ainsi avec un système éducatif dépassé caractérisé par une augmentation croissante annuelle du nombre de candidats aux examens officiels, une baisse constante du niveau intellectuel des élèves et un accroissement considérable de l’insatisfaction des professeurs et des cadres administratifs et techniques. N’est-ce pas là le cœur du drame d’Haïti qui est celui d’un changement de conscience qui ne sera plus possible sans une nouvelle école ? Il faut s’attendre à une réforme dans les années à venir. C’est une nécessité, nous la voulons à tout prix. Mais quelle réforme ? Comment ? Avec qui ? Et pour qui ?

Les problèmes en chiffres

-          Il nous est apparu plus spécialement indiqué de partager avec la communauté universitaire et les décideurs, les résultats que nous avons obtenus dans le cadre d’une enquête entreprise durant l’année 2011 écoulée pour l’obtention d’une maitrise en Sciences de l’éducation à l’Université de Montemorelos. Les chiffres témoignent que :

-           91 % des écoles du pays ne disposent pas d’infrastructures éducatives adéquates  (bibliothèque, laboratoire d’informatique, laboratoire de physique et de sciences expérimentales, cour de création, terrain de sport, cafeteria, salles de classes aérisées …) pour un fonctionnement normal.

-          3 % de l’effectif total des enseignants du secondaire ont assisté au moins à un séminaire de’’ cyclage’’ ou de recyclage durant les cinq dernières années.

-          13 % du préscolaire se sont cyclés au moins une fois durant les cinq (5) dernières années.

-          17 %  de l’enseignement supérieur ont été à l’étranger durant ces cinq dernières années pour se recycler ou se cycler.

-          5 % des cadres techniques du ministère disent avoir la chance de se faire cycler ou recycler au moins une fois durant les cinq dernières années.

-          6 % des directeurs de lycées disent avoir la chance de se faire cycler ou recycler au moins une fois durant les cinq dernières années.

-          95 % des professeurs de tous les niveaux déclarent insatisfaits du salaire qu’ils perçoivent et sont favorables à une augmentation salariale significative.

-          89,5 % des professeurs du secteur public et privé déclarent qu’ils sont favorables à la réforme de l’éducation en Haïti.

-          91 % des directeurs d’écoles privés et publiques déclarent favorables à la réforme.

-          93 % des cadres techniques du ministère déclarent qu’ils sont favorables à la réforme de l’éducation en Haïti.   

-          52 % d’entre disent ne pas savoir par où commencer ? et que faire ?    

-          87 % des parents d’élèves déclarent que le ministère ne fait rien pour freiner l’exploitation outrancière qu’exercent les directeurs d’écoles sur eux.

-          71 % des élèves de la fondamentale et du secondaire déclarent insatisfaits du travail fourni par les professeurs en salle de classe.

-          95 % des élèves de la fondamentale et du secondaire souhaitent aller s’établir dans un autre pays pendant  ou après leurs études parce que, inquiets de leur avenir.

-          76 des étudiants de l’université d’Etat d’Haïti souhaitent aller s’établir dans un autre pays pendant ou après leurs études parce qu’inquiets de leur avenir.

-          Un fort pourcentage d’écoles privées détentrices d’une licence de fonctionnement mais dépourvues de local pour fonctionner inscrivent des élèves aux examens officiels chaque année.

-          81 % des professeurs de la fondamentale et du secondaire (secteur public et privé) sont détenteurs d’une attestation d’étudiant finissant.

-          17 % d’entre eux détiennent une licence ou un diplôme de l’école normale supérieure.

-          Seulement 2 % poursuivent les études au niveau de la maitrise sans avoir l’intention de poursuivre leur carrière dans le milieu éducatif.

N’est-ce pas là une radiographie de la situation de crise de l’école haïtienne dominée à plus de 83 % par le secteur privé ?

De quelle réforme parlons-nous?

Tout le monde se plaît à parler aujourd’hui d’augmentation générale de la demande d’éducation, de démocratisation de l’enseignement et d’avènement d’une éducation de masse en Haïti. Hélas, personne n’y croit plus qu’il soit du pouvoir établi, du milieu syndical ou de la grande famille des enseignants. La crise actuelle de l’éducation sans risque de nous tromper n’est pas uniquement fondée sur des difficultés de financement de l’Etat et du secteur non public toujours incapables de s’occuper des enfants en âge de scolarisation exclus au départ du système. Il est aussi question d’incapacité du ministère de l’éducation – à présenter des propositions stratégiques à moyen et à long terme concernant les orientations générales du système d’éducation – à assurer la responsabilité de l’administration et de la coordination de l’ensemble des activités du ministère – à définir et à recommander des politiques nouvelles – à veiller à la promotion de la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles et dans les universités publiques et non publiques – à publier des statistiques – à constituer une base de données sur le parcours des agents du système, la présence d’écoles sans adresse et fonctionnant seulement que durant la période des inscriptions d’élèves aux examens officiels,  à assurer aux inspecteurs et aux professeurs des conditions de formation permettant de gravir des échelons dans le système et de s’épanouir du point de vue économique, social et culturel. Il est enfin question de mobilisation de l’ensemble des ressources compétentes du système pour diagnostiquer, évaluer les travaux inhérents à la réforme et dégager des pistes de solutions aux grands problèmes qui continuent de nous assaillir. Mais de quelle réforme parlons-nous ? Qu’en est-il advenu de la Réforme / Bernard ?  A quel point sommes-nous avec le projet d’obligation et de gratuité scolaire dont le président Joseph Michel Martelly se fait le grand défenseur depuis son ascension au pouvoir ? Que dire de la qualité de l’éducation qui se donne dans les écoles après le 12 Janvier 2010 ? Qu’en pensent les professeurs ? Autant de questions pertinentes qui nous renvoient à une réforme autre que celle de Bernard qui a quand même marqué le début d’une période de remise en question du système éducatif haïtien qui forme des vainqueurs et des vaincus. Cette réforme dont nous parlons est celle qui doit réorganiser le secteur pour faire en sorte que les agents éducatifs (professeurs, directeurs d’écoles, inspecteurs, cadres techniques) puissent être motivés à une appropriation collective d’objectifs concrets de travail favorable à une transformation radicale de l’école haïtienne. Il est donc urgent d’inventorier les ressources humaines qualifiées éparpillées et négligées du système en vue d’apporter des changements profonds au ministère. Les transformations du marché du travail, les grandes mutations sociales de ces dernières années, les changements scientifiques et technologiques opérés dans les institutions d’enseignement moderne exigent de nouvelles compétences sans lesquelles la réforme éducative n’est plus possible aujourd’hui en Haïti. Tout est à repenser à ce niveau : l’organisation scolaire, le curriculum, la pédagogie, les valeurs, la gestion, le mode de recrutement des cadres, le plafond salarial, les structures, la mission de l’école, les finalités, les examens officiels etc. L’incertitude est générale, les acteurs désemparés et l’action éducative dévalorisée. N’est-il pas venu le moment de repenser les nécessités éducatives, de corriger les incohérences et les dysfonctionnements du ministère qui incite ces cadres techniques, administratifs et enseignants à plus de frustration. Il faut s’attendre à une augmentation sans cesse croissante des besoins éducatifs de la population dans les années à venir qui promettent d’être plus difficiles pour le pays. La crise continuera à faire tourbillonner sans rien faire que vaille. L’enjeu est de taille et si nous ne nous ingénions pas à entreprendre une grande réforme éducative qui marquera le passage d’un système fortement inégalitaire à un système plus égalitaire où l’enseignement de qualité sera équivalente pour tous .Nous pouvons être surs que l’avènement d’une élite haïtienne progressiste pour construire la démocratie en Haïti et former des citoyennes et des citoyens démocratiques capables de valoriser la coopération, la solidarité, le respect des normes, des principes et des valeurs restera un vœu pieux.

L’ère du renouveau doit enfin sonner. Nous laissons trop de peu d’espace au débat démocratique et de place à l’innovation et au vivre ensemble. Tout doit tendre désormais vers une école moderne orientée vers le bien commun qui saura mettre en œuvre des projets éducatifs novateurs, fournir un encadrement national aux politiques de formation et de recrutement des enseignants, assumer la responsabilité de décerner des diplômes  valables, encourager le travail du personnel enseignant et administratif, favoriser l’apprentissage coopératif qui viserait à développer les habilités du travail de groupe, des techniques d’analyse de la réalité et des techniques d’animation centrées sur l’action, implanter définitivement un mode de gestion participatif, superviser le travail des professeurs, expérimenter des méthodes et du matériel pédagogique, participer à des projets de recherche, évaluer les apprentissages et les collectifs de travail, faciliter la compréhension internationale, l’interdisciplinarité, l’éducation relative à l’environnement et aux droits, évaluer les habilités acquises dans des productions concrètes, vérifier les acquis, développer l’autonomie et des habilités nécessaires à la citoyenneté, favoriser les échanges, le soutien affectif et la créativité bref, aider à réussir.

La réforme, avec qui et pour qui ?

La situation de l’école haïtienne est loin d’être rassurante aujourd’hui. Les sommes engagées dans l’éducation et la formation ne fournissent pas toujours des retours intéressants sur l’investissement. Les haïtiens se voient confrontés à des défis majeurs qu’ils ne pourront jamais relever sans une réforme éducative structurelle. Les conditions de travail et d’apprentissage sont difficiles pour les professeurs et les élèves. Le système d’enseignement public, conçu pour dispenser une instruction primaire à tous est rigoureusement limitée à certaines catégories d’enfants défavorisés. Les dures réalités économiques forcent les parents pauvres à garder d’autres catégories d’enfants à la maison ou les envoyer travaillé très tôt dans les rues. Le problème de la fréquentation scolaire masqué le plus souvent sous le couvert des chiffres officiels n’a jamais été posé avec acuité par le secteur non public de l’éducation dont l’enseignement dispensé n’est ni supérieur ou inférieur à celui du public. Les pauvres sentent fortement les effets du système d’enseignement élitiste de certaines écoles congréganistes fermées aux enfants de parents jugés trop modestes.

Le ministère souvent dépassé par les évènements est le premier responsable du retard de l’enseignement en Haïti. Bon nombre de ses cadres techniques et administratifs défendent aveuglément le statu quo, s’oppose sans le dire ouvertement à l’école obligatoire pour les pauvres exclus du système, à la décentralisation scolaire, à une meilleur organisation et à une valorisation de la profession enseignante, à la création d’écoles spécialisées dirigées par l’Etat, à l’apprentissage tout au long de la vie, à l’évaluation des écoles de rang ou non, bref à une réforme en profondeur. Une analyse réaliste des qualités et des défauts du système scolaire s’impose aujourd’hui. Il y va de l’avenir de l’école haïtienne, du pays en général. Le dialogue doit être engagé sur certaines questions de base comme les salaires des enseignants, la révision des licences délivrées à des écoles dépourvues d’infrastructures scolaires les plus élémentaires et certaines fois d’adresse, l’organisation des examens officiels, la formation des enseignants, des inspecteurs et des cadres techniques du ministère ... Des efforts sont à déployer pour mettre un terme à la mainmise du secteur non public sur l’éducation. Il nous faut créer une tribune pour discuter des réformes, de quelle reforme nous voulons pour le pays. La communauté éducative haïtienne n’est pas obligée d’accepter la réforme telle qu’amorcée et prônée par les spécialistes qui ont conçu le plan d’Opérationnalisation 2015. L’important est d’arriver à une réforme qui permettrait à l’Etat d’avoir le contrôle général de l’éducation, de rechercher l’efficacité du travail à accomplir par tous les acteurs, de voir les résultats, de connaitre ses priorités en éducation, de faire sans démagogie de la fréquentation scolaire une obligation, de valoriser la profession enseignante, de former des citoyens  fiers d’être haïtiens et ouverts sur le monde. Il faut aussi en finir avec la mauvaise pratique des rapports préfabriqués rédigés à des fins de propagande pour masquer la vérité. C’est toute la question de l’organisation et le financement de l’éducation qu’il faut étudier sérieusement pour faire de la réforme une réalité. Un strict plan de financement de construction d’écoles, de campus universitaires modernes s’avère nécessaire. Il y a trop d’écoles publiques et privées pauvres, bondées et non équipées. Les enfants (riches et pauvres) ont un égal droit aux bienfaits de l’éducation. Nous voyons de plus en plus les symptômes de la crise qui continuent d’ébranler l’enseignement en Haïti. C’est le moment plus jamais pour l’Etat de se donner les moyens d’une réforme structurelle qui saura donner enfin au pays des hommes, des femmes aptes à former une élite sociale et économique capable d’assurer le développement collectif et de faciliter l’accès des grandes masses à une éducation de qualité. Nous avons tout intérêt à posséder un système d’enseignement moderne qui, seul permettrait de pallier notre interminable crise de société et résoudre du même coup le grave problème d’enseignants fermés aux innovations et démotivés parce que, percevant un salaire ne dépassant jamais le niveau de la simple subsistance. Le dilemme classique est le suivant : l’Etat haïtien relègue l’éducation à l’arrière-plan et s’est toujours montré discret sur les salaires et les conditions de travail des enseignants qui doivent se battre pour une négociation collective sans laquelle ils ne tireront aucun bienfait de leur labeur en continuant à apporter la prospérité aux autres sans être à même de faire vivre humainement les siens. Et c’est pour répondre au vague sentiment de réforme en cours que nous suggérons au pouvoir de faire la promulgation d’une loi qui institua une commission du salaire pour étudier la situation économique des agents du système. Comment parler par exemple d’égalité des chances scolaires dans une société aussi inégalitaire ? Comment parler de motivation enseignante lorsqu’un détenteur de maitrise ou de doctorat perçoive dans le système le même salaire d’enseignant que celui qui est encore étudiant finissant ? Comment parler de changements au ministère  et de gestion rationnelle des ressources humaines qualifiées du système lorsque des cadres techniques et administratifs qualifiés, compétents, expérimentés, la plupart détenteurs de grades universitaires élevés soient affectés au ‘’Centre de Formation des Cadres de Martissant’’ ou est ‘’l’Inspectorat’’ pour ne rien faire ? Comment comprendre le comportement irresponsable des décideurs du ministère qui se partagent entre parents et amis les bourses d’études offertes à tout le secteur ? Le ministère de l’éducation est le premier responsable de la fuite des rares cerveaux du système, gouverne ses propres affaires, sans offrir à personne le droit de participer à la réforme. L’éducation comme une roue sans rayons continue sa course acharnée vers la dérive sans que personne ne puisse l’arrêter. Où en sommes-nous à cet égard ? Telle est la question qui revient souvent sur les lèvres de plus d’un qui se convainquent de plus en plus que la grande réforme attendue n’est pas pour demain.

Quelques jalons pour une réforme structurelle de l’éducation en Haïti

Toute réforme qui ne permettrait pas à l’Etat haïtien de reprendre la gouvernance du système dominé à plus de 83% par le secteur non public (ou privé) est à rejeter. Elle doit répondre aux aspirations, attentes et besoins réels de la population, travailler à la modernisation de l’école haïtienne, à l’uniformisation des programmes, à la formation des maitres et contribuer par des actions concrètes au rehaussement de la qualité de l’enseignement dans toutes les écoles, valoriser la profession enseignante, faciliter la construction selon un plan bien établi et une stratégie de proximité bien étudiée de nouvelles écoles, fournir des services de qualité aux riches et aux pauvres… Un travail de longue haleine qui oblige les acteurs à se mettre d’accord pour agir ensemble de manière à mieux comprendre la manière concertée de conduire la réforme. Notre lecture rigoureuse et systématique de la réalité nous dit que les objectifs visés par le projet de réforme en cours sont mal définis, les conditions préalables n’assurent nullement la participation de tous les secteurs éducatifs, les responsabilités confiées au Ministère n’ont jamais été prise au sérieux, les opérations ne savent qu’à justifier les gaspillages des prédateurs de l’Etat impliqués. Le ministère reste certes le centre de décision principal. En tant que tel, il a pour devoir de concevoir et d’élaborer avec les autres secteurs concernés par la crise de l’éducation un devis opérationnel auquel chaque groupe ou institution structurés chacun à son niveau peut évaluer le plan d’opérationnalisation en cours. Voilà, ce qui demande un partage de responsabilités à tous les échelons du ministère et un engagement qui selon nous passe par les étapes suivantes : - Choix d’une méthodologie de travail nouvelle – Une instrumentalisation – Des ressources (humaines, financières et matérielles) – et un échéancier. Le plus important est de les ajuster à une démarche d’évaluation que la commission de la réforme à constituer s’engagerait à fabriquer les instruments de travail, à les appliquer comme outils d’analyse (questionnaire, guide, procédures, critères pour occupation de postes techniques…) pour s’assurer que les objectifs visés et clairement définis pour la mise en œuvre du projet puissent être atteints .Nous en avons marre de ces écoles qui dérangent, qui déforment et qui pèsent lourdement sur la balance de la gouvernance du système que le ministère refuse simplement d’en avoir le contrôle. Nous en avons aussi marre de ces soi-disant cours de rattrapage qui se vendent comme de petits pâtés chauds  un peu partout sans aucune supervision du ministère responsable en grande partie de l’abêtissement et de la déformation  de nos pauvres élèves. Nous en avons enfin marre de ces boîtes transformées en écoles fonctionnant sans licence de fonctionnement du ministère qui les utilise sans aucun gène chaque année comme sièges d’examens. La situation est critique il est vrai mais elle n’habilite personne à placer toutes nos écoles (de rang ou borlettes) dans un même panier. Tous les produits du système ne sont pas forcément de mauvaise qualité. Bon nombre de nos élèves continuent à briller dans les plus grandes universités Nord Américains ou Européennes. Il y a de quoi questionner le système éducatif en place pour le rendre meilleur et pour redresser le fonctionnement du ministère qui a toujours été incapable d’organiser l’école en Haïti. Il y a aussi de quoi espérer et forger un avenir radieux pour le pays.

 Il n’en reste pas moins aux yeux du grand public que le problème éducatif n’est pas la principale préoccupation des gouvernements de la République. Le débat sur la réforme doit prendre désormais une envergure nationale pour que l’éducation devienne le moteur de la société haïtienne. Le ministère de l’éducation dans son mode de fonctionnement traditionnel étant un obstacle à la réforme. Il n’exerce pas son rôle normatif et régulateur dans le système éducatif qui génère trop d’exclusions et de frustrations. Les difficultés structurelles (faiblesse dans la capacité de pilotage, manque de vision stratégique et de transparence dans la rareté de l’offre de scolarisation, absence de mémoire institutionnelle…) demeurent et continuent d’avoir de graves conséquences sur le système. Les forces en présence ne s’entendent pas sur les objectifs et actions à envisager pour appliquer le ‘’Plan d’Opérationnalisation’’ récemment imposé. Il faut désormais reconnaitre le droit pour les professeurs de vivre humainement, de s’impliquer et de participer activement aux activités de la réforme. Pour ce qui est de la finalisation de la stratégie nationale d’action pour l’Education Pour Tous, de l’organisation, de l’encadrement, du financement des fournitures scolaires et aides pour les rentrées scolaires ; de l’amélioration de l’accès et des conditions de l’apprentissage, de l’amélioration de la qualité de l’éducation, du renforcement de la formation professionnelle, de l’autonomie et de la préparation de la réforme de l’enseignement supérieur ; le ministère de l’éducation n’a qu’une chose à faire : organiser les Etats Généraux sur l’Education pour s’assurer de la franche collaboration, de l’implication et de la participation  de tous à l’œuvre commune de la réforme. Le moment n’est-il pas venu d’harmoniser les politiques et de coordonner les décisions éducatives en se consultant avant d’agir ? Il serait souhaitable que le titulaire du ministère de l’éducation Nationale et de la Formation Professionnelle  mette rapidement sur pied des comités consultatifs qui auront pour tâche de travailler à l’organisation des Etats généraux sur l’Education. Une occasion favorable lui est offerte de poser un pion positif sur l’échiquier de l’éducation en Haïti toujours dans l’impasse et sans destination.

 

Paul Yves Fausner M.A Maitrise en Education Université de Montemorelos Professeur à L'Université d'Etat d'Haïti Auteur

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