Autour de la femme

« Les morts qui sont morts sont ceux qui quittent pour toujours la mémoire des vivants»...

En souvenir de mon épouse Martha DUMOULIN-DAVID

Publié le 2005-03-07 | Le Nouvelliste

En ce mois de mars,tout converge à honorer la femme, l'être vraiment sublime et exceptionnel (1). Et encore chez nous, doit-on se pencher d'une façon particulière sur le sort de cette créature, car notre pauvre femme haïtienne supporte en réalité, sur ses fragiles épaules, une importante part dans notre économie et aussi en majeure partie dans l'éducation de l'enfant haïtien. A l'arrière-pays, n'est-ce pas la paysanne qui s'occupe de la cueillette et de la préparation de nos denrées d'exportation, tels que le café et autres ? Et c'est encore elle qui- par des moyens de fortune - acheminent vers nos villes les produits alimentaires nécessaires à notre consommation. Pourrions-nous redire avec le grand journaliste Félix Courtois de regrettée mémoire : « Oh qui dira les mérites de la femme haïtienne, cette espèce rare de dévouement et de tendresse qui conserve pieusement les qualités éternelles de la race ! » Si nous jetons un regard rétrospectif, le mouvement féministe a connu bien des tâtonnements. Peut-on l'avouer, la République d'Haïti, omniprésente au nombre des avant-gardes de bien des mouvements émancipateurs mondiaux, a noté cette remarque au début du siècle dernier dans les colonnes de l'une des premières éditions du journal Le Matin au #220 du vendredi 20 décembre 1907 sous le titre : « La femme haïtienne - le Mouvement féministe » Il y est rapporté comme suit : « Voici ce que Mme Avril de Sainte Croix dit des résultats pratiques du congrès de Washington : « Rentrés chez elles, les déléguées étrangères qui, dans l'enthousiasme du moment, s'étaient engagées à travailler dans leur propre pays à la fondation de conseils nationaux ne rencontrèrent hélas ! qu'indifférence ». « La parole vibrante et convaincue des oratrices américaines n'étaient pas là pour les soutenir, leur voix resta presque sans écho, et, un instant on put croire que la grande pensée de Cady Stanton allait, comme tant d'autres espérances, ne jamais se réaliser. » « Il y a donc des raisons sérieuses pour que le mouvement féministe eut rencontré dans les pays anglo-saxons un terrain plus favorable que partout ailleurs et aussi moins de résistance de la part du milieu : la principale de ces raisons est la constitution sociale » « ...L'Angleterre avait, bien avant le congrès de 1888, son conseil national des femmes : » Les démarches s'effectuèrent sur tous les fronts dans ce pays et encore rapporte Mme Avril : « En 1901, 29300 ouvrières de l'industrie du tissage du Lancashire, 33184 du Yorkshaire et 4300 du Gheshire ont conjointement signé une pétition au Parlement réclamant le suffrage pour les femmes ». Ainsi, le mouvement féministe anglais connut une grande répercussion à travers le monde. En Haïti, il stimula les efforts de nos compatriotes dans divers domaines pour l'obtention de notables résultats tels que: dès 1944, une révision du statut de la femme mariée au regard des produits de son travail, le droit de vote en 1950 et en fait effectif aux élections du 22 septembre 1957 (2). Dans la suite, nous avons enregistré la matérialisation de bien des conquêtes sur le terrain éducatif, politique et autres. En définitive, ne serait-ce pas suite à la souscription de Paul VI à la décision de l'ONU de faire de l'année 1975 l'année de la femme qu'est lancé le vrai signal de cette détermination générale à consacrer une attention toute spéciale à l'endroit de la femme, tant dans les écrits que dans les comportements à travers le monde. Me plait-il de reporter ici - avec la permission de l'auteur - cette page retrouvée du Rév. Père Price Dorismond O.M.I. publiée dans le Nouveau Monde du 17 juin 1975 et qui rencontre aussi mon entière adhésion. A la demande expresse du Souverain pontife de tout entreprendre pour une présentation effective de 1975 comme l'année de la femme, voici en l'occurrence - comme suit - l'opinion du Rév.Père Dorismond O.M.I : « Que pouvons-nous faire ? Que devons-nous faire à ce sujet ? Pour ma part, la première justice qu'on doit rendre à la femme, c'est tout simplement de reconnaître sa vraie valeur et de laisser tomber l'un après l'autre les nombreux préjugés dont elle est encore victime ». « En effet, des préjugés tenaces subsistent encore chez nous comme ailleurs vis-à-vis de la femme. Cela vient surtout du fait que, pendant de longs siècles, on a pris l'être masculin comme l'étalon de toutes les valeurs humaines. On a oublié que l'homme et la femme étaient des êtres complémentaires et qu'aucun sexe n'est supérieur à l'autre dans la totalité de l'humain. La génétique affirme qu'à aucun moment de leur évolution l'homme et la femme ne sont identiques. Qu'il y ait des aptitudes différentes pour chacun des sexes, et même une certaine supériorité chez l'un ou l'autre sexe dans tel ou tel domaine bien précis, cela se constate tous les jours. Ce qu'il ne faut jamais oublier, c'est que dans tous ces cas, il s'agit toujours de supériorités à valeurs différentes et complémentaires. Il n'y a aucun complexe à reconnaître, par exemple, que l'homme est supérieur à la femme dans les valeurs humaines qui constituent sa masculinité et que la femme est supérieure à l'homme dans les valeurs humaines constitutives de sa nature féminine.. Mais le complexe apparaît aussitôt que nous laissons entendre qu'un sexe est supérieur à l'autre dans la totalité de l'humain ». « L'égalité entre les sexes réside dans le respect dû au droit de réalisation des individus. Il existe dans le monde un certain courant féministe très peu féminisant par ailleurs, qui essaie de prôner une égalité entre l'homme et la femme dans des domaines où justement cette égalité n'existe pas. Loin d'améliorer la situation de la femme, il lui fait un grand tort. Et ce n'est pas par hasard qu'on trouve, dans certains pays réputés très avancés, un plus grand nombre de femmes atteintes de névrose et en même temps un taux très élevé de délinquance juvénile. Si la justice consiste dans le respect des droits des autres, une des pires injustices qu'on peut faire aux femmes, c'est de les valoriser dans la mesure où elles cessent d'être authentiquement femmes et de les pousser, consciemment ou non, à rivaliser avec l'homme dans le domaine des valeurs humaines qui constituent justement la spécialité de la masculinité. Une telle référence aux valeurs masculines pour apprécier la femme engendre des conséquences néfastes pour elle. Pour ne pas être dominée ou assujettie à cause de ses valeurs féministes qui sont, hélas, méprisées, la femme est parfois réduite à se supprimer au plus intime d'elle-même et à se travestir en homme ». « Qu'il s'agisse d'une domination du côté de l'homme ou d'une assimilation du côté de la femme, la nature féminine n'est pas reconnue dans ce qu'elle a de vraiment spécifique, d'irremplaçable, de complémentaire aux valeurs masculines. La réalité est que la femme n'est égale à l'homme que dans la mesure où elle peut jouir pleinement de ses droits qui doivent correspondre aux exigences vitales de sa nature féminine. Dieu a voulu que l'homme et la femme soient différents, mais complémentaires. Du fait que les exigences biologiques sont différentes pour les natures féminine et masculine, les droits de l'homme et de la femme sont distincts. En conséquence, l'un et l'autre sexe perdent leur personnalité dans la mesure où ils imitent le sexe opposé dans ce que ce dernier a de spécifique. La loi qui préside à la différenciation des sexes s'exprime d'une façon très simple, d'après le psychologue Louis Sahuc : » Ce qui s'est le plus développé chez la femme ne s'est pas épanoui chez l'homme, et ce qui est le plus développé chez l'homme ne s'est pas épanoui chez la femme. » D'où il découle que, tant sur le plan physiologique que psychique, l'homme et la femme possèdent des rapports biologiques différents ». « Que des jeunes filles soient déviées de leur perspective féminisante naturelle pour être déformées dans la perspective masculinisante, cela constitue une erreur qui contrecarre l'évolution de la femme. Voici un exemple fort simple qui peut nous faire réfléchir sur la ténacité de certains préjugés. Il arrive que la femme porte parfois des pantalons, vêtements plutôt masculins. Pour la plupart des gens, cette tenue n'a rien de choquant. Le problème n'est pas là, mais dans le fait qu'on n'accepte pas qu'un homme porte des vêtements féminins. Savez-vous pourquoi ? - Parce qu'on croit, consciemment ou non, qu'un homme se dégrade en imitant une femme et que la nature féminine au contraire se porte très bien dans un vêtement masculin. Le seul fait que l'imitation n'est tolérée que dans un sens, cela est significatif d'une mentalité qui s'explique très bien par le préjugé de la supériorité masculine ». « Au nom de l'équité, nous devrions valoriser une femme, non pas dans la mesure où elle arrive à rivalier avec un homme dans le domaine de la masculinité, mais dans la mesure où elle est authentiquement femme, avec ses qualités féminines bien épanouies, par exemple, qu'il y ait chez elle prédominance de la spontanéité sur la tension interne, du physiologique sur le physique, de l'intuition sur le raisonnement, etc. Que l'homme, de son côté, possède ses valeurs masculines bien réalisées dans une proportion différente de celle des valeurs féminines. Dans la vie du mariage, l'homme et la femme ont besoin l'un de l'autre. Chacun doit aspirer à recevoir ce que sa nature spécifique n'a pas su faire épanouir, tout en désirant partager avec l'autre ce qui ne s'est pas épanoui en lui. Tel est le don véritable d'amour entre époux. De ces échanges continuels sur tous les plans, nait une vitalité de bonheur. C'est grâce à cette riche communion entre deux natures complémentaires que l'enfant se réalise à son tour dans sa totalité ». P.D. Et il serait bien opportun de souligner cette citation de Gandhi dans « Tous les hommes sont frères » : « Appeler les femmes « le sexe faible » est une diffamation ; c'est l'injustice de l'homme envers la femme. Si l'on appelle force la force brutale, alors, certes, la femme est bien supérieure à l'homme. Si la non-violence est la loi de l'humanité, l'avenir appartient aux femmes. Qui peut faire appel au coeur des hommes avec plus d'efficacité que la femme ? » Antoine Duprate DAVID NOTES 1) La date du 8 mars est consacrée Jour International de la Femme, à partir de 1910. 2) Voir photo d'un imposant groupe de femmes - toutes classes confondues - exerçant pour la première fois leur droit de vote le 22 septembre 1957 à un des bureaux situé à notre ancienne tribune du Champ de Mars, démolie depuis et vendue ailleurs par des anti-nationaux. (Photo collection Jean-Claude Guéry, publiée dans le calendrier de la Banque Populaire Haïtienne, année 1999).
Antoine Duprate DAVID Auteur

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