Aucune médaille n'est jamais donnée

Publié le 2012-08-13 | Le Nouvelliste

Les jeux Olympiques de Londres ont baissé le rideau dans une belle apothéose dimanche. 

Sans surprise, le décompte des médailles haïtiennes depuis les jeux modernes de 1896 reste inchangé. Deux médailles, dont aucune en or, au compteur de la nation. La dernière remonte à 1928.

La raison de cette disette est simple. Nous ne préparons personne véritablement pour les jeux. Il y a d’heureux accidents en judo ou en athlétisme, c’est tout. La logique est implacable : pas de politique sportive, pas d’ambition, pas de distinction.

Nos participations aux olympiades se suivent et se ressemblent avec des délégations composées de plus de dirigeants que d’athlètes. Modestes, nous ne poursuivons pas le miracle, encore moins le podium et les saintes médailles.

Ce n’est pas seulement la faute du comité olympique local. Le fardeau en revient à égale charge à chaque fédération nationale. Nous ne nous fixons pas des objectifs. Même l’inventaire des talents de la diaspora n’est pas systématiquement entrepris. Car, à défaut de champion natif natal, rien ne nous empêche de mettre sur pied une vraie politique de substitution dans l’espoir de faire flotter notre bricole une fois encore. Nous pourrions tenter d’attirer par dizaines les descendants d’Haïtiens - Haïtiens tout court depuis l’adoption de la Constitution amendée- qui voudraient concourir sous nos couleurs et ainsi augmenter nos chances. 

Le comité olympique et les fédérations ont une nouvelle mission sur les bras s’ils acceptent ce défi dans l’espoir de faire mieux à Rio qu’à Londres. 

En parlant de défi, le gouvernement, par un simple communiqué, vient d’en inventer un de taille : d’ici au mois d’octobre, les sachets en plastique et les assiettes en styrofoam sont interdits, et ce, sans recours ni proposition de substitut. 

Selon l’arrêté en date du 9 août 2012 pris en la circonstance, « il est formellement interdit de fabriquer, d’importer, de commercialiser et d'utiliser, de quelque manière que ce soit, les sachets en polyéthylène noir. » 

L’article 2 stipule : « Il est formellement interdit de fabriquer, d’importer, de commercialiser et d’utiliser, sous quelque format que ce soit, les objets en polystyrène expansé (PSE ou PS cristal ou styrofoam) à usage alimentaire unique, tels que plateaux, barquettes, bouteille, gobelets et assiettes. »

L’article 3 précise que « le présent arrêté entrera en vigueur à la date du 1er octobre 2012. A cette date, tout arrivage de colis contenant les objets décrits aux articles 1 et 2 sera confisqué par les autorités douanières et les propriétaires sanctionnés conformément aux dispositions du code douanier. »

Voilà une très innovante, très bonne, très audacieuse et très ambitieuse décision qui va buter sur des écueils certains. 

Que  doivent faire les importateurs qui ont des stocks ? Les usines qui ont une machinerie et de la matière première pour en fabriquer ? Les industriels qui ont basé leur stratégie et leurs produits sur le plastique seront-ils dédommagés ? Que risquent les familles qui ont sachets et assiettes dans leur placard ? 

Qui dit stock dit valeur monétaire; qui dit usine dit employés; qui dit objet, dit usage. Des millions de dollars sont en jeu. A ces indices essentiels, pas une once de réponse, pas une idée ne jaillissent du communiqué du Bureau du Premier ministre. 

Le gouvernement semble tout mettre en œuvre pour rendre sa mesure d’interdire les sachets en plastique et les assiettes en styrofoam de nul effet, ou du moins, d’application très compliquée. 

Il en est de même pour le salami interdit récemment, sans explication, sans discrimination. Y- a-t-il de bons et de mauvais salamis ? On ne sait pas. 

Est-ce le procédé de fabrication qui pose problème ? Le pays d’origine ? Est-ce toute la filière agro-industrielle de ce pays qu’il faut mettre sur la sellette ? Tous les salamis, de tous les pays, de toutes les marques sont-ils concernés ? Impossible d’être fixé, plus d’une semaine après le communiqué des trois ministères. 

En Haïti, où mal gouverner et ne pas communiquer sont la règle depuis des décennies, il nous faut redoubler d’attention pour faire le saut du bien gouverner et de la communication, sans confondre vitesse et précipitation, bonne foi et bon usage. 

En sport comme en politique publique, vouloir bien faire ne suffit pas. Tout est question de savoir-faire et de timing dès qu'il s'agit de bonne gouvernance comme pour décrocher une médaille.

Frantz Duval Auteur

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