Le rapport de l’audit organisationnel du secteur SAN restitué

Sous l’impulsion de la Primature et plusieurs autres institutions partenaires, l'expert de l'Union européenne Anne-Azam Pradeilles, a procédé à la restitution de l’audit organisationnel du secteur de la Sécurité alimentaire et nutritionnelle (SAN). Cette activité a eu lieu ce mercredi à l'hôtel Kinam en présence de plusieurs hauts cadres de l’administration publique et d’institutions internationales impliquées dans la lutte contre l’insécurité alimentaire en Haïti. Le rapport contient, entre autres, un ensemble de recommandations visant une gouvernance plus efficace, redevable et durable de la SAN dans le pays.

Publié le 2017-11-08 | Le Nouvelliste

Economie -

Tables sectorielles, ateliers de travail, rencontres avec des officiels du gouvernement sont parmi les actions qui ont accouché le rapport de l’audit organisationnel de la Sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ceci étant dit, cet atelier de travail est l’aboutissement de plusieurs mois de travail ardu par des professionnels haïtiens et étrangers. Cet outil se veut un document qui prône une Haïti libérée de la faim et de la malnutrition. Il établit, entre autres, un diagnostic précis des facteurs qui entravent jusqu’ici l’élaboration et la mise en œuvre de politiques adaptées dans l’optique de combattre le mal de la faim et de la malnutrition aiguë qui sont, dit-on, les principales manifestations de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.

L’ensemble des intervenants reconnaissent que l’insécurité alimentaire est d’actualité en Haïti. C’est, affirment-ils, un fléau à prendre très au sérieux. Dans ce document, il est mentionné que 30% de la population haïtienne, soit 3 millions d’Haïtiens, est en insécurité alimentaire élevée ou modérée et que 70% de la population est classée en situation d’insécurité alimentaire chronique. Les données sont encore plus préoccupantes quand on sait que les taux de malnutrition aiguë et de malnutrition chronique chez les enfants de moins de 5 ans sont respectivement de 5% et de 22%. Dans une telle situation, si l’on garde le statu quo, les pertes économiques y relatives, selon les experts, s’évalueront à 959 millions de dollars entre 2013 et 2022.

Cela explique que le pays n’a pas consenti assez d’efforts pour éradiquer ce mal. La mise en place du comité technique de la nutrition (CTN), animé par la Direction de la nutrition du ministère de la Santé publique et de la Population et le Groupe technique de la sécurité alimentaire et nutritionnelle (GTSAN), animé par la CNSA sous la tutelle du MARNDR, ne suffisent pas. Il faut plus d’efforts pour répondre aux Objectifs de développement durable (ODD), notamment l’objectif 2 qui est d’éliminer la faim et la famine, d’assurer la sécurité alimentaire, d’améliorer la nutrition et de promouvoir une agriculture durable.

Pour y arriver, plusieurs recommandations ont été faites à l’intention des acteurs concernés par la problématique. D’entrée de jeu, les experts proposent de faire de la sécurité alimentaire et nutritionnelle une politique publique dotée de tous ses instruments partant d’un texte présentant la politique de souveraineté et de sécurité alimentaire et nutritionnelle en Haïti (PNSSANH) jusqu’à l’adoption d’un plan opérationnel pour piloter la démarche dans une optique de gestion basée sur des résultats avec un objectif général et des objectifs spécifiques.

De plus, les concepteurs demandent de redonner aux trois ministères régaliens un rôle plus affirmé et visible en matière de gouvernance de la SAN. Ce faisant, les élus locaux et les différentes structures du ministère de la Planification et de la Coopération externe auront une part plus active dans la définition et la mise en œuvre des politiques relatives à la SAN. Cela contribuera également à un élargissement du cercle des acteurs institutionnels reconnus par la SAN.

À ce niveau, tous les intervenants promettent de jouer leur partition. La SAN, de l’avis du ministre de l’Agriculture, Carmel André Beliard, qui fait office de président du Conseil interinstitutionnel de la SAN, cette problématique constitue l’une des principales priorités de l’administration en place. La Caravane du changement, soutient-il, en est une stratégie innovante visant à renforcer les efforts déjà entrepris à travers le ministère qu’il dirige pour renforcer la filière de production agroalimentaire et faciliter, à l’ensemble de la population, l’accès à des aliments de qualité.

Si l’on en croit le responsable, aucun effort ne sera ménagé en matière de définition et de mise en œuvre de politiques publiques destinées à garantir l’autosuffisance alimentaire par une actualisation du plan d’investissement agricole. Abondant dans le même sens, la ministre des Affaires sociales et du Travail, Stéphanie Auguste, croit que le pays peut et doit assurer l’autosuffisance alimentaire de sa population. Pour y parvenir, de grands investissements s’avèrent indispensables dans les secteurs de production, notamment dans la production agricole.

À ce stade des débats, les autorités comptent encore sur l’appui de l’Union européenne, l’un des principaux partenaires du pays dans le cadre des volets relatifs à la sécurité alimentaire. L’ambassadeur de l’Union européenne, Vincent Dégert, en a profité pour annoncer un nouveau programme multisectoriel de sécurité alimentaire et nutritionnelle visant les populations les plus vulnérables d’ici la fin de cette année pour un montant de 40 millions d’euros afin de renforcer la gouvernance intersectorielle de la SAN et de développer des services de base aux populations vulnérables du Nord-Ouest et du haut Artibonite.

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