Pour un système de crédit agricole inclusif

Vieillissement de la population agricole, manque de compétitivité du secteur, réduction systématique des espaces cultivables, absence d’un système de crédit inclusif et insuffisance de cadres qualifiés sont, entre autres, les caractéristiques du secteur agricole. Pour venir en aide aux exploitants agricoles, le ministère de l’Agriculture joue, le plus souvent, la carte de la subvention. Certains acteurs estiment que seul un système de crédit inclusif peut aider le secteur à recouvrer son visage d’antan.

Publié le 2017-08-10 | Le Nouvelliste

Economie -

Le crédit, c’est ce qui fait surtout défaut au secteur agricole. Cette problématique est récurrente dans les ateliers tenus sur l’agriculture. La situation n’était pas différente lors de l’atelier sur l’agriculture de santé publique organisé par les ministères de l’Agriculture et de la Santé publique le mois dernier. Le manque de crédit ou faute d’un système de crédit inclusif dans le secteur agricole a un impact négatif sur la production dans le pays. De l’avis de la majorité des intervenants, c’est cette situation qui explique la nonchalance des jeunes à cette branche d’activité.

Le numéro un de la Coordination nationale de sécurité alimentaire (CNSA), Harmel Cazeau, a mis l’accent sur cette situation lors de l’atelier susmentionné. Selon les chiffres avancés par les autorités de Damien, le pays compte environ un million d’exploitants agricoles et 58% de la population du pays travaille dans l’agriculture.

Faute d’accompagnement nécessaire, notamment un système de crédit adapté, cette branche d’activité ne génère que 23% du produit intérieur brut du pays. 2015 a été le plus décevant pour le secteur agricole puisque ce dernier ne représentait que 20% du PIB.

Selon les données rendues publiques par le Centre international pour l’agriculture tropicale (CIAT), le pays dispose de 1.7 million d’hectares de terre cultivables, soit 60% de sa superficie totale. Ce nombre ne cesse de diminuer. Les mesures incitatives font d'ailleurs défaut. Le crédit agricole demeure en effet l’un des facteurs qui pourra stimuler le retour de la jeunesse à cette branche d’activité, c’est du moins l’avis d’Evens Henrice qui coordonne le programme de soutien aux chaînes de production (ANCRE) au ministère de l’Agriculture.

Le pays a déjà fait l’expérience de programmes de crédit bien structurés. Les initiatives publiques dans ce domaine ne datent pas d’hier. Ce qui retient le plus l’attention des archivistes c’est la création dans les années 50 de l’Institut haïtien de crédit agricole et industriel (IHCAI) qui sera suivi de l’Institut de développement agricole et industriel (IDAI) qui, selon le ministère de l’Agriculture, aura connu plus de succès avec les crédits supervisés. Enfin, à la fin des années 80, la Banque nationale de développement agricole et industriel (BNDAI), qui ne durera que peu de temps, s’éteignit sous des pressions politiques et financières. Depuis, c’est le déclin.

Les résultats obtenus avec la présence de ces institutions donnent lieu de croire que leur absence fait beaucoup de mal au secteur, ce qui porte plus d’un à encourager Damien à jeter les bases d’un système de financement agricole et rural qui lui permettra de relever les défis de développement auxquels il fait face. Depuis 2006, plusieurs tentatives, en ce sens, ont été entreprises. En témoigne la mise sur pied d’une Commission technique sur le crédit rural (CTCR) en août de cette année. Ce mécanisme avait pour mission de faciliter l’accès au crédit pour les populations vivant en milieu rural de manière à encourager l’entrepreneuriat agricole et la création d’emplois.

Ainsi, les initiatives ne manquent pas. En plus des activités du ministère de l’Agriculture, la Banque de la République d’Haïti (BRH), dans sa politique pro-croissance, conçoit des programmes visant prioritairement cette branche d’activité. Des institutions financières privées lui ont emboîté le pas et le crédit agricole est plus disponible qu’il l’était il y a quelques années. Des assises ont été tenues et des recommandations faites aux instances décisionnelles. Toujours est-il que les résultats escomptés sont loin d’être satisfaisants. Il revient, dans ce cas, non seulement de renforcer les initiatives privées, mais également de favoriser l’émergence d'institutions financières dans le milieu rural avec une emphase sur le secteur agricole.

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