L’exemple dominicain pour redynamiser et moderniser l’agriculture haïtienne

Haïti peut compter sur l’expertise dominicaine en matière de production agricole, c’est du moins l’essence des propos tenus par le ministre dominicain de l’Agriculture, Angel Estevez, au terme d’une rencontre avec une délégation haïtienne, le 14 juin courant. En vue de la poursuite des discussions à ce niveau, les deux parties ont jeté les bases d’une commission bilatérale.

Publié le 2017-06-16 | Le Nouvelliste

Economie -

Dans le cadre des efforts en cours en vue de redynamiser l’agriculture du pays, une délégation haïtienne a séjourné en République dominicaine entre le 12 et le 14 juin courant. Cette dernière était composée du ministre de l’Agriculture, Carmel André Béliard, d’un membre de la commission Agriculture de la Chambre des députés, M. Yves Dupras, ainsi que d’une équipe de conseillers de la présidence. Toute la chaîne de production dominicaine a été ciblée. Des rencontres ont eu lieu avec des fermiers, des agro-industriels et des officiels. Les échanges ont surtout porté sur les initiatives concrètes susceptibles de dynamiser et de moderniser l’agriculture haïtienne afin d’assurer des retombées positives sur les revenus des salariés agricoles. Au cours de cette tournée, l’emphase a été mise sur le partage d’expériences. Les autorités haïtiennes sollicitent l’expertise dominicaine dans des domaines importants afin de mieux réussir certains programmes dont la Caravane du changement. L’aviculture, la riziculture, l’appui à la production animale, l’agriculture commerciale, la maîtrise de l’eau, les innovations agriculturales, le renforcement des filières agricoles et l’agro-industrie ont été les points forts des échanges. Aucun sous-secteur de la chaîne agricole n’a été mis de côté. De la plantation jusqu’à la transformation, tout a été pris en compte. Ce qui a amené la délégation haïtienne à visiter des fermes agricoles et avicoles et une usine de transformation et de conditionnement de riz afin de mieux comprendre ce qui stimule le développement agricole dans la partie est de l’île. Le premier déplacement a eu lieu dans les installations d’Agrinvergroup dans la zone de Secadora, dans la vallée de Constanza. Cette institution produit des fraises à partir d’un système de culture hydroponique. Il s’agit, selon Miguel Rodriguez Ortiz, le directeur commercial de l’institution, d’un système qui fonctionne à partir de 65% de fibres de coco et de 35% de cendre. Une initiative qui a bien retenu l’attention de la délégation. L’objectif est de faire de même en Haïti. Ce sont du moins les propos du ministre haïtien de l’Agriculture, Carmel André Béliard. Cette culture se réalise à 1 200 mètres d'altitude. Quand on sait que le pays dispose bien des régions identiques à celle de Secadora, le responsable croit qu’il serait de bon ton d’implanter cette culture en Haïti. Et comme la fraise n’est pas une culture importante dans le pays, M. Béliard compte profiter de cette expérience pour renforcer d’autres filières agro-industrielles notamment dans le secteur fruitier et celui des légumes. Par ailleurs, une attention spéciale a été accordée à la culture du riz qui constitue la priorité des décideurs dans le cadre de la Caravane du changement. Si, en Haïti, le rendement à l'hectare demeure relativement bas, en République dominicaine, par contre, l’on parle d’un rendement moyen de 8,5 tonnes métriques à l’hectare. Selon Oliverio Espaillat Bencosme, un producteur de riz de la localité d’Angelina, située dans la province de Sanchez Ramirez, des dispositions sont prises au plus haut niveau de l’État afin de favoriser le développement de cette filière en terre voisine au point qu’en 2016, l’importation de riz de ce pays se situait autour de 16 tonnes métriques. Aussi, soutient l’entrepreneur, la situation n’a pas été facile pour la République dominicaine. La réussite à ce niveau est le fruit de grands sacrifices. Les résultats obtenus sont le fruit de recherches et de pratiques culturales modernes. L’étude de sol et du PH des eaux d’irrigation constitue, de l’avis de Herman Despradel Fonk, un autre producteur de riz, un élément indispensable dans la production. Les producteurs dominicains promettent de partager leurs expériences avec ceux d’Haïti afin d’améliorer la production dans la partie ouest de l'île. Les autorités reconnaissent toutes que les situations des deux pays sont identiques à bien des égards. « Les ravageurs, les insectes nuisibles et les pathogènes ne connaissent point de frontière et leur contrôle exige des actions combinées des deux pays. » En plus de visites guidées, ce voyage de quarante-huit heures a permis au ministre Béliard de rencontrer son homologue dominicain, Angel Estevez, lequel a promis d’appuyer techniquement le pays sur le plan agricole. « Les deux pays ne sont pas en compétition », rappelle-t-il. Aussi poursuit-il que l’entraide est le maitre-mot si l’on veut éradiquer les pestes qui constituent un handicap majeur pour l’agriculture des pays. Aussi, une réunion bilatérale entre les deux ministres de l’Agriculture en présence de l’ambassadeur haïtien accrédité en République dominicaine, M. Idalbert Pierre-Jean, et de plusieurs cadres de l’ambassade a eu pour objectif la création urgente d’une Commission bilatérale chargée du renforcement des relations de coopération de production agricole, de coopération dans le contrôle phytosanitaire, de coopération dans la transformation agro-industrielle, de coopération dans les domaines de reforestation et de conservation des sols, de renforcement des capacités des organisations transfrontalières et de tous les autres axes d’intérêt bilatéral concernant le secteur agricole.

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