Quand la production du riz occupe les premiers rangs dans les débats en Haïti

La Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire (FAMV) de l’Université d’État d’Haïti (UEH), le bureau d'Oxfam en Haïti et l’UC Davis ont organisé un symposium international sur le Système de riziculture intensif (SRI) en Haïti. Cette conférence a réuni des chercheurs haïtiens et étrangers, des praticiens, des professeurs et des associations de fermiers afin de mettre en évidence les effets agronomiques et leurs impacts sur les ménages du SRI.

Publié le 2016-12-08 | Le Nouvelliste

Economie -

« Système de riziculture intensif (SRI) : effets agronomiques et impacts sur les ménages », c’est sur ce thème que s’est tenu le symposium. Au cours de cette activité, les organisateurs ont présenté l’importance de ce système à travers le temps, notamment en Haïti, où les premières tentatives d’Oxfam ont débuté en 2011. L’expérience se réalise surtout dans le département de l’Artibonite notamment à Liancourt. Dans cette région, Oxfam adopte une approche d’irrigation pour promouvoir le système et créer un environnement propice. Ce qui a permis aux chercheurs d’analyser l’impact du SRI séparément des autres interventions qui soutiennent les riziculteurs de la zone. À travers cette conférence, les responsables ont voulu partager et discuter des résultats du projet, qui soulignent la nécessité d’une évaluation d’impact rigoureuse et d’aller au-delà des effets agronomiques et aux impacts plus généraux au niveau des ménages. Ils en ont profité pour comparer les résultats obtenus dans plusieurs régions du pays où l’on expérimente ce système. Aussi se sont-ils engagés à utiliser la discussion approfondie des effets agronomiques et de l’impact du SRI pour mettre en évidence les priorités de la politique agricole en Haïti et souligner les besoins plus généraux de créer un environnement politique favorable, de réduire les obstacles politiques à l’innovation et d’encourager la productivité agricole. Les responsables en ont profité pour partager cette expérience avec le public. Si l’on en croit Jean Claude O. Fignolé, directeur de programme de l’organisation non-gouvernementale, ce système est moins avantageux pour les cultivateurs lors de la période plantation. Dans la zone où l’on fait cette expérience, les riziculteurs ont besoin de mobiliser environ 25% plus de main-d’œuvre que le système de riziculture traditionnelle. Cela entraîne, explique-t-il, une augmentation significative du coût de la culture du riz. Le coût élevé de la mise en œuvre de ce système a ainsi un impact négatif significatif, notamment au cours de la saison de plantation. Toutefois, le rendement est bien plus significatif. L’étude menée auprès d’un sous-ensemble d’agriculteurs révèle que les agriculteurs qui ont accès à une main-d’œuvre ménagère relativement bon marché ont connu un bénéfice agricole assez significatif par rapport au système traditionnel. Vu la nécessité d’augmenter la production du riz dans le pays, les riziculteurs préfèrent les systèmes qui coûtent le moins. Ce qui n’est pas le cas avec le SRI. La tendance est à la baisse malgré le fait que ce système exige moins d’intrants et de pesticides. Au cours de la première année, rien que 28% des agriculteurs ont adopté le SRI et le taux d’adoption a chuté au cours de la deuxième. Les rendements des parcelles cultivées, selon le SRI, sont moins de 5% supérieures par rapport aux rendements des parcelles cultivées de manière traditionnelle. Les rendements obtenus sur les parcelles où les agriculteurs suivent certaines pratiques améliorées sont supérieurs par rapport au SRI. Toutefois, certains agriculteurs préfèrent ce système. Le rendement y est alors pour beaucoup. Ils voient en ce système un moyen pour réduire les impacts liés aux pesticides et la dépendance du pays par rapport à ce produit. Les chiffres avancés par les responsables d’Oxfam font croire que l’importation de riz représente environ 22% des importations totales du pays. Le pays consomme plus de 450 tonnes de riz chaque année et la production ne couvre même pas le tiers de cette quantité. Outre la concurrence concernant le prix, le vice-doyen de la Faculté d’agronomie, Ophny Nicolas Carvil, a fait savoir que les riziculteurs sont confrontés aux nombreux problèmes inhérents aux activités productives dans le contexte agricole haïtien. La qualité incertaine des semences, la rareté de l’eau d’irrigation sont parmi les plus courants. Cependant, le pays a un défi à relever, celui d’augmenter la production du riz pour réduire les importations. Selon M. Carvil, tout cela paraît candide sur papier, mais la vérité, c’est que la situation actuelle est défavorable auxagriculteurs et constitue un véritable pactole pour le petit groupe d’importateurs de Port-au-Prince. Les importateurs constituent, soutient le professeur, un marché de plus de 200 millions de dollars américains, citant ainsi les données de l’exercice 2009-2010.

Réagir à cet article