La protestation ne faiblit pas, l’église catholique et des associations patronales  prennnent position

Publié le 2019-02-11 | Le Nouvelliste

National -

La protestation ne faiblit pas. Lundi 11 février, au cinquième jour d’un soulèvement populaire sur fond d’aggravation de la situation économique pour exiger la démission du président Jovenel Moïse, des manifestations ont été recensées  dans plusieurs points du territoire. En milieu de journée, à Delmas, des manifestants étaient sur le pied de guerre, des scènes de vandalisme contre des stations à essence, le pillage d’une succursale de la BNC ont été signalés. La police, lors de son intervention, a interpellé cinq présumés pilleurs de la BNC. Une policière, blessée par balle, a été opérée. Ses jours ne sont pas en danger.

Aux Gonaïves, une manifestation a été dispersée. A Gros-Morne, des hommes, menaçants, ont tenu des barricades. A St-Marc, des barricades ont bloqué l’accès à la ville. La mairie de cette ville a échappé à une tentative d’incendie complète. Les portes de l’hôtel de ville ont brûlé. À Léogoâne, des centaines de personnes ont manifesté sans incident. C’est le cas aussi à Mirebalais, Jérémie. À Mirebalais, les funérailles symboliques de la présidence de Jovenel Moïse ont été chantées, moins de 24 heures après la note du Core Group qui s’accroche aux élections comme moyen de changement de gouvernement.

La parole du club des ambassadeurs de pays amis et d’autres coopérants n’a pas, là non plus, calmé les ardeurs. Sans faire cas de la parole des représentants des « pays amis d’Haïti », lundi, des positions ont été exprimées. Cette fois, le président Jovenel Moïse et son équipe devraient écouter la voix du peuple et démissionner pour permettre au pays de trouver la bomme formule visant à jeter les nouvelles bases de la société haïtienne, ont appelé huit partis politiques, dont la Fusion, l’OPL, Verite, GPPP-MOPOD, Mochrena. Quatre sénateurs et onze députés de l’opposition ont réclamé eux aussi la démission du président Jovenel Moïse alors que Me André Michel, porte-parole du « secteur démocratique et populaire » a tancé le Core Group et appelé la population à rester sur les barricades jusqu’au départ du président Moïse. Sans prendre de gants, sur Magik 9, lundi, le sénateur Youri Latortue a estimé que le président ne gouvernait pas. Ce faisant, sa démission ne dérange rien. Pour le sénateur de l’Artibonite, il faut se référer aux dispositions de la Constitution qui prévoit que ce dernier sera remplacé par le Premier ministre.

La société civile prend position…

Si les positions des politiques sont observées, celles d’associations et de personnalités du secteur privé encore plus. Sur Magik 9, le président de l’ADIH, Georges Sassine, a estimé que le président ne pouvait pas prendre de décision. S’inspirant de sa position de manager d’entreprise, Georges Sassine a souligné qu’il y a trois options : chercher du financement pour se recapitaliser, fermer ou passer la direction de l’entreprise à quelqu'un d’autre. Dans tous les cas de figure, au regard de la situation dans les rues et les risques croissants pour les entreprises et les personnes, le président ne peut plus se taire et rien décider.

CCIH : aucun sujet tabou y compris la démission

Dans le cadre de discussions politiques, la démission du chef de l’État ne doit plus être taboue, a appelé la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti dans une note signée entre-autres de Bernard Craan. La CCIH, lit-on dans la note,  « exhorte fortement le Président de la République, s’il veut que soit maintenu l'ordre constitutionnel dans le pays, à inviter, en toute humilité, en compagnie de son Premier ministre et des Présidents du Sénat de la République et de la Chambre des députés, dans une déclaration solennelle à la nation, les différents secteurs politiques, sociaux et économiques à un dialogue national inter haïtien, véritable et transparent, en donnant la garantie publique qu'aucun sujet ne sera tabou même les mandats respectifs du Premier ministre, des parlementaires et du président de la République ».

 « L’échec de nos autorités à anticiper et prévenir les dérapages fiscaux et financiers de l’État ont entrainé ce déficit extraordinaire avec pour conséquences la dépréciation accélérée de la gourde et l’inflation », lit-on dans la note de la CCIH, estimant nécessaire de lancer un ultime cri d’alarme à « l’orée d’une catastrophe imminente pour le pays tout entier ».

Amcham appelle au dialogue, comprend le peuple et dénonce la « diabolisation du secteur privé »

Pour sa part, l’AMCHAM a dit comprendre « parfaitement la frustration », le « désarroi de la population ». Elle a cependant condamné les violences, les casses et la « diabolisation du secteur privé ». « La AMCHAM demande au gouvernement  d’assumer ses responsabilités face à la nation dont les revendications sont justifiées. Elle recommande fortement au gouvernement de prendre  les mesures nécessaires afin de juguler la crise économique, politique et sociale aiguë que nous traversons », lit-on dans la note de l’AMCHAM qui « pense que la sortie de crise passe obligatoirement par le dialogue entre les différents acteurs de la société ».  « Il est vital que le gouvernement, le Parlement, l’opposition, la société civile et les associations du secteur privé acceptent d’unir leurs efforts afin de prioriser l’intérêt commun, seule voie viable pour obtenir des propositions de solution réaliste, durables pour une sortie de crise immédiate », selon cette note signée de Laurent Saint Cyr, président de la AMCHAM.

Les évêques appellent à se mettre à l’écoute du peuple

Les évêques catholiques d’Haïti, dans un message au peuple de Dieu, se sont inspirés de l’évangile de Mathieu 8 verset 25 : « Seigneur, sauve-nous. Nous sommes en train de périr ». Cri poussé par les disciples de Jésus alors que la barque menaçait de sombrer, pour illustrer la gravité de la situation du pays. « Nous devons nous réveiller pour prendre ensemble toute la mesure du danger qui nous menace tous », ont écrit les évêques qui appellent à l’unité des forces et des intelligences « pour sauver la barque nationale ». « L’heure est grave, la misère augmente, le bien commun est menacé. Le pays est au bord de l’abîme ! Cette situation ne peut se prolonger. Réveillons-nous pour nous mettre à l’écoute de Dieu, maître de la sagesse et principe de toute vie. Mettons-nous à l’écoute  de ce peuple qu’il aime tant », lit-on dans la note des évêques. « Nous devons trouver une solution de sagesse qui tienne compte des intérêts supérieurs de la nation et de la défense du bien commun. En ce sens, nous appelons à la conscience citoyenne des différentes parties en vue d’une décision patriotique, ne serait-ce qu’au prix de grands sacrifices », ont appelé les signataires, les évêques Launay Saturné,  André Dumas, Gontrand Décoste E. Glandas Toussaint

« La Chambre Franco-Haïtienne de Commerce et d’Industrie (CFHCI) adhère à l’ultime cri d’alarme lancé par la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti en ce 10 février 2019.  La crédibilité du dialogue politique nécessaire passe obligatoirement par la reddition des comptes tant demandée par tous les secteurs de la société civile », lit-on dans une note de la chambre.

« La CFHCI demeure convaincue que les problèmes qu’elle énumère depuis des années et tout récemment repris dans sa note du 30 novembre dernier sont les causes du mécontentement populaire généralisé et justifié : la corruption généralisée et la gabegie des fonds publics sont les sources de la frustration de la population et sont les causes principales de la crise économique actuelle », selon cette chambre qui cloue au pilori la gestion des affaires publiques hier et aujourd’hui.

« En tant qu’association du secteur privé formel qui paie ses redevances à l’État qui représente la grande majorité de la contribution du budget national, nous sommes en droit d’exiger que le Premier ministre, SEM Jean-Henry CEANT, crée dans les meilleurs délais un observatoire mixte composé de personnalités crédibles pour : 1. réévaluer le budget afin qu’il n’y ait plus d’allocations improductives et inefficaces qui ne servent pas à l’amélioration des conditions de vie de la population mais plutôt à l’augmentation du train de vie de l’État ; 2. s’assurer des audits fiables immédiats des institutions de l’état tels que l’ONA, l’OFATMA, l’OAVCT, l’APN, l’AAN », selon cette note.  « De plus, la CFHCI réclame qu’un accord politique soit obtenu dans le meilleur délai afin de procéder à la réduction du nombre de ministres, le ramenant à 10 ou 12, en vue de baisser drastiquement les charges de l’État et d'augmenter l’efficacité  gouvernementale », a poursuivi la note. 

« Forte de tout ce qui précède, la CFHCI salue le dialogue national entamé par le Premier ministre SEM Jean-Henry CEANT, avec les différents acteurs concernés et réitère les demandes déjà exprimées, soit : - l’établissement d’un véritable État de droit mettant fin notamment à la mauvaise gouvernance, l’impunité, la corruption, la contrebande, l’insécurité foncière ;  - l’établissement d’un climat propice à l’avènement de la conférence nationale qui aboutira à un nouveau pacte social et une nouvelle Constitution, conditions sine qua non pour garantir la paix, la stabilité, la croissance et la compétitivité en vue de la création d’emplois durables », selon cette note signée, entre-autres des président et vice-président de cette chambre, Grégory Brandt et Geoffrey Handal.  

 Le journal a appris que le silence du Forum économique du secteur privé des affaires, un regroupement des principales associations patronales n’était pas un hasard. Il est jusqu’ici difficile de « trouver un consensus » sur la position à tenir, a appris le journal  en début de la journée au cours de laquelle des membres de la population ont essayé de se ravitailler avant de regagner leurs domiciles. Les écoles sont restées fermées lundi et des rendez-vous dans les services consulaires de certaines ambassades reportés, a aussi appris le journal.

Plus le temps passe, plus il semble que le président perd pied. Si aucun répit n’a été observé ce week-end dans le soulèvement populaire pour exiger le départ du président Jovenel Moïse, ce lundi, dans plusieurs matinales, des proches du pouvoir, dont le conseiller du président Guichard Doré, ont défendu le pouvoir, appelé au dialogue pour résoudre les problèmes de l’économie. Ils sont restés loin du passif économique et financier du régime. Au petit baromètre des réseaux sociaux, la contre-offensive médiatique, le « damage control » ont provoqué l’irritation de plus d’un. Du virtuel au réel, les insultes, les caricatures des manifestants, les arguments insoutenables au regard du bilan économique et financier des deux ans du président Moïse n’ont pas calmé l’ardeur de la rue.

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