Été 2018: le temps n’est pas à la fête !

PUBLIÉ 2018-07-12
Dans la foulée du week-end du 6 au 7 juillet 2018 marqué par une flambée de casses, de violences à travers le pays, Ticket a questionné les principaux acteurs du divertissement (promoteurs, créateurs d’évènements) en Haïti sur leurs prévisions pour l’été 2018. Certains annulent déjà les activités qu’ils avaient prévu d’organiser, d’autres suivent le courant de l’actualité avant de décider. Dans l’ensemble, tous avouent leur perplexité par rapport à ces grandes vacances qui ne sont qu’à leur début et qui représentent pourtant un temps fort pour la sphère du divertissement en Haïti.


« Ce serait mentir de prétendre que ça va, puisque chacun a été d’une manière ou d’une autre affecté par la situation qui prévaut de nos jours en Haïti», ce sont les mots de Stéphanie Douyon de Catch agency, jointe au téléphone le mercredi 11 juillet. La jeune promotrice n’a certainement pas le moral au beau fixe puisqu’elle est restée coincée vendredi à l’aéroport pendant longtemps. « L’avion a atterri à 4h. On nous a avoué qu’il n’est pas prudent qu’on sorte tout de suite puisqu’il y avait des casses, des barricades enflammées un peu partout à travers la ville », conte-t-elle. Puisqu’on ne pouvait pas venir la chercher comme prévu, elle est restée à l’aéroport jusqu’au lendemain à l’aube, autour de 3h. Durant le calme relatif dans lequel la ville semblait plonger à pareille heure, un bon samaritain s'est proposé de la déposer quelque part à Delmas dans l’optique qu’on lui ramène sa voiture au point fixé. « On n’a pas eu le temps d’arriver à Delmas pour que la situation chaotique reprenne de plus belle. J’ai dû laisser mes bagages chez cette personne et marcher de Delmas à Laboule. », ajoute-t-elle.

Cette panique l'oblige donc de reporter sine die l’édition de Hangover prévue initialement pour les 13 et 14 juillet. La promotrice s’est vue dans l’obligation de prolonger à coup de pénalités le billet de l’artiste Yemi Alade qui doit être accompagnée de 9 personnes. « Elle nous vient du Nigéria, pas de Miami ou New-York qui sont à deux pas de là. Ces billets coûtent les yeux de la tête », regrette la boss de Catch agency qui estime que bien des gens font peu cas du secteur du divertissement. Elle précise que la situation actuelle dans laquelle le pays se retrouve ne prête pas au loisir. « La sécurité tant de nos artistes internationaux que locaux, qui se sont comme tout le monde, terrés chez eux par peur de représailles, et de nos spectateurs est prioritaire pour nous tous », précise-t-elle avant de formuler le vœu que la paix soit rétablie.

Pour sa part, Melissa Prato de Big O production nous lance tout de go que le moment n’est pas propice pour organiser des activités récréatives. « Le pays, dit-elle, a d’autres problèmes. Il fait face à d’autres priorités, par conséquent je pense que le moment ne s’y prête pas. » Au sujet de la célébration des 30 ans de Sweet Micky qu’elle devait organiser le 21 juillet, elle dit que pour l’heure cet événement n’est plus une priorité.

Si Cafi Desmorne, l’organisateur de Sumfest, n’a pas souhaité réagir pour le moment sur le renvoi ou le maintien de son activité prévue pour la fin du mois, Gilles Malval dit considérer l’avenir au jour le jour. « Ce qui est survenu ce week-end révèle qu’il y a une plaie qui ne s’est pas refermée. Tant que les décideurs n’auront pas solutionné le problème, des risques de rechute sont à considérer à tout moment », fait remarquer le promoteur. Un peu plus loin il avance qu’à cause du fait que le secteur privé a été touché considérablement, il paraît inconcevable de l'aborder dans le but d’obtenir son soutien financier. « Le métier de promoteur, c’est de procurer du plaisir. Comment procurer du plaisir dans un pays où, d’un moment à l’autre, le chaos peut surgir ?» se questionne-t-il. Gilles s’est vu obliger d’annuler le vendredi 6 juillet une activité qui devait se tenir au Karibe. Il annule jusqu’à nouvel ordre ses activités prévues pour le mois d’août. « Je souhaite, conclut-il, que la violence touche à sa fin. Qu’on priorise le collectif à l’individualité! Que les plaies se referment et que la vie reprenne comme ça doit !».

Quand à Hugline Jérôme, elle rappelle que Dream Promo n’est pas qu’une compagnie de promotion, c’est aussi une compagnie qui s'identifie à l’évènementiel. Ça lui arrive de collaborer avec d’autres agences pour réaliser des évènements sur une base régulière. « Je veux m’offrir une pause pour le moment non seulement à cause de cette situation qui un imprévu, mais aussi pour des besoins de restructuration à l’interne », confie-t-elle. La promotion pour elle est un art de vivre pas juste un métier. « Si j’ai pas le moral au beau fixe, je ne peux donc pas travailler », explique-t-elle. Son souhait n’est pas que les choses reprennent comme avant mais plutôt que le pays devienne inclusif pour tout le monde. « On ne peut pas continuer à évoluer dans un pays où les plaies ne se cicatrisent pas. Il nous faut le vivre-ensemble. Ce n’est pas un moment difficile en soi, selon moi, mais un moment d’ombre où on a besoin de lumière. On est en quête de l’essentiel. On a besoin de progresser ensemble en Haïti.»

« Quand tu as fini de bien ficeler ton agenda pour l’été et que survient un tel imprévu, tu ne peux qu’être secoué moralement », avoue de son côté Zagalo qui pense comme la plupart des autres promoteurs que le temps ne se prête pas à des activités récréatives. Ce qui est passé durant ce week-end va décourager les promoteurs à parrainer les initiatives des promoteurs. Par ailleurs, il avoue ne pas être dans le déni de la colère d’un peuple qui a voulu se faire entendre. Le numéro un de Zigizag annule son activité qui était prévue pour ce week-end à Fubar. Concernant celles qui devront avoir lieu en août, il avoue pour le moment en être perplexe. Il souhaite que le gouvernement puisse rencontrer l’ensemble des promoteurs comme il entend rencontrer le secteur privé qui a été considérablement affecté et bien d’autres secteurs.



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