Carline Sévère lance la collection « Granfanm » en mémoire à Djhannah Charles

PUBLIÉ 2018-07-05


Carline Sévère n’est pas née créatrice de bijoux. Quand elle passe au scan son enfance, sur notre demande, rien ne semblait la prédestiner à monter une ligne à l’âge adulte. Une ligne qui connaît un tel succès au fil des collections que la belle qui a fait des études en gestion des PME et marketing ne se voit plus obliger de trimer dans un 8-4h. Toutefois, un détail dans son flashback mérite d’être pris en compte pour comprendre sa « kout gidon » vers le métier de joaillerie. « Je suis, dit-elle, depuis gamine, dans une quête de soi. Je suis dans une exploration de moi-même qui ne prendra jamais fin, je suppose ».

En 2012, un évènement catalyseur va réveiller chez elle un talent jusque-là inavoué. « J’ai vu une entrevue de Dona Karan sur CNN faisant l’apologie du savoir-faire haïtien. Je me suis dit: tiens, pourquoi c’est une femme habitant New-York qui rend cet hommage à la création locale? Pourquoi pas quelqu’un vivant au pays? », conte-t-elle. Carline, d’emblée, a voulu monter une structure de promotion d’artisans. Une très belle ambition dont elle perdra rapidement les illusions quand elle fera face à la réalité procédurale que cela suppose. « Mwen di tèt mwen si m poko kapab monte yon atelye osinon on galri, m kapab eseye kreye », ajoute-t-elle avec un peu d’autodérision dans le ton de la voix.

Elle confectionne un premier bijou, un deuxième, un troisième. Ses bffs les lui arrachent comme des petits pains. Constatant le succès, elle monte sa ligne. D’une collection à l’autre, les clientes se décuplent et n’en démordent pas. De toutes les collections, une viendra changer la donne. Il s’agit de "Kafe dore". Selon la bijoutière, le nom lui sied tellement qu’elle en fait le nouveau nom de sa ligne baptisée initialement « Klasik bijoux ».

« L’essence de Kafe dore, c’est la différence. J’ai trouvé ce nom pour rendre hommage à ma passion pour cette boisson qui est à mon avis de l’or noir », explique-t-elle. Les bijoux de Carline rejoignent la catégorie fusion. Ils s’adressent à des femmes comme elle qui s’affirment, qui sont ancrées dans leur identité afro-caribéenne. « Je crois aux femmes qui ne suivent pas les sentiers battus, qui agissent selon elles-mêmes », ajoute-t-elle. Parmi ses clientes, on compte plusieurs célébrités: Gessica Généus, Rutshelle Guillaume, Eud, Darline Desca, Sherlei Skaï, Linda François…Elle en fait pour homme, mais surtout sur demande ou en petite quantité dans chaque collection.

Dans un autre versant, du tribalisme, de la spiritualité sont perceptibles dans ses œuvres. « Quand je choisis un matériel pour faire des bijoux, il me faut chercher à cerner sa portée symbolique. Je ne peux pas livrer quelque chose à quelqu'un juste dans le souci de lui soutirer quelques dollars. Sinon, ce n’est pas éthique. C’est contraire à mes valeurs », avance-t-elle.

Elle affirme créer selon la voix qui lui parle au fond d’elle-même. C’est une expérience quasi spirituelle selon ce qu’elle explique. « Il y a un moment, dit-elle, j’étais portée à m’inspirer des papillons, une autre fois des éléphants. Je suis à l’écoute. Je me laisse guider ». Cela concerne aussi les noms qu’elle donne aux collections. Elle fait peu cas des tendances. Elle va plutôt puiser au fond d’elle-même.

Granfanm, sa toute dernière collection, célèbre une attitude de femmes qui imposent le respect. Cela n’a rien à voir avec un carnet de banque bien garni ou d’autres possessions matériels comme marqueur d’identité. Elle monte cette collection pour célébrer la vie de Djhannah Charles avec qui elle a entretenu une amitié fusionnelle. «Granfanm, c’était le mot préféré de Djhannah. On se désignait ainsi dans nos échanges », avoue-t-elle. Par-delà cet hommage à sa bff, Granfanm a la vocation aussi d’encourager les femmes à continuer à se battre tant en Haïti que dans le reste du monde pour gagner leurs droits dans des sociétés encore machistes, selon ses aveux.

Il lui a fallu au moins trois mois pour monter cette collection faite à partir de ses matériaux de prédilection, dont la corne, le bois, le cuivre, le bronze et le cuir. Très maniaque de la finition, le gros du travail, c’est elle qui le fait dans son équipe qui compte quatre autres personnes.

Ceux qui ont raté le dévoilement de sa collection les 29 et 30 juin à Fubar peuvent la contacter via Internet ou se rendre à son atelier à Puits-Blain 36 pour retirer leurs bijoux. « En faisant l’acquisition de ces bijoux, vous partagez avec moi l’énergie qu’ils recèlent. À ce jour, aucune n’a été déçue. Toutes me rapportent que quelqu’un leur a demandé où elles peuvent s’en procurer un également », c’est le message de Carline à celles et ceux qui se laisseront tenter par Granfanm.



Réagir à cet article