Le Panama est à notre place au Mondial

Publié le 2018-06-25 | Le Nouvelliste

Editorial -

Dimanche, les amants des matchs aux scores fleuves se sont régalés. L’Angleterre a passé une correction au Panama, petit poucet de la zone Concacaf dont c’est la première participation à une phase finale de la Coupe du monde de football. 6-1. On dirait un set de tennis.

Le Panama est pourtant à la place qu’aurait pu occuper la selection nationale. Les Canaleros, comme on nomme les joueurs du Panama, nous ont surclassés. Ils ont terrassé le Honduras et mis hors compétition les Etats-Unis d’Amérique. Avouez que ce n’est pas peu et qu’ils méritent bien leur billet pour la Russie.

Il y a de cela 44 ans, c’est l’équipe haïtienne qui avait réussi l’exploit de prendre la place du Mexique et d’avoir le ticket pour la Coupe du monde en Allemagne. Comme le Panama, on s’était fait étriller. 3-1 contre l’Italie, 7-0 contre la Pologne et 4-1 contre l’Argentine. N’était la présence du Zaïre (l’actuelle République démocratique du Congo), Haïti serait sortie bon dernier avec 0 point et le plus grand nombre de buts encaissés par une équipe lors de cette compétition mondiale qui réunissait à l’époque 16 équipes contre 32 de nos jours.

Cela dit, qu’allons-nous faire pour être à la place du Panama ou des autres équipes de la région en 2022 ?

Pour l’entraîneur de la sélection nationale, la route est difficile.

Selon Marc Collat, contrairement à ce qui se passe en Haiti, pour le Panama, « la relève est assurée avec de jeunes joueurs qui évoluent en MLS aux USA, en Europe (Espagne, Roumanie ou Belgique), en Amérique du Sud (Uruguay, Chili, Mexique), dans des clubs qui, s’ils ne font pas partie des plus huppés, leur apportent une expérience du haut niveau que pour l’instant nous n’avons pas en Haïti ».

Et à Marc Collat de concéder : « Notre championnat national est faible, puisque régulièrement nos équipes qualifiées pour la Coupe de la CONCACAF se font malheureusement sortir lors des premiers tours.»

Plus loin, dans cette interview publiée dans cette édition du Nouvelliste, le sélectionneur explique : « Pour pallier ce problème, j’ai fait souvent appel à des joueurs expatriés, mais là aussi trop peu évoluent à un bon niveau (aucun joueur haïtien ne joue dans les cinq championnats européens majeurs, ni aux USA ni au Mexique) qui nous permettraient d’envisager sur le long terme des qualifications dans les grandes compétitions... »

« Alors nous serons toujours capables avec les Grenadiers d’exploits ou de rivaliser avec des équipes supérieures, mais sur le long terme cela passe par l’incorporation de nos meilleurs joueurs dans des effectifs professionnels de premier plan. »

Lucide et sans illusion, Marc Collat confesse : « Je ne crois pas pour l’instant que nous soyons supérieurs au Panama, et d’ailleurs nos dernières oppositions le confirment. »

Alors, ceux d’entre nous qui ont ri de la déconvenue des Panaméens dimanche et souri devant leur joie après leur but contre l’Angleterre, peuvent sortir leurs larmes : Haïti n’est pas prête à prendre la place du Panama, du Costa Rica, du Mexique et des autres grandes équipes de la zone Concacaf au rythme auquel nous préparons nos participations aux grandes échéances, avec le niveau de nos différents championnats et le peu de soins et de moyens mis dans nos pépinières de joueurs.

Frantz Duval
Auteur
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