Gino Sitson, l’explorateur des sons

Gino Sitson est l’un des invités de la 4e édition du festival « Rencontre des musiques du monde ». Il est musicien-vocaliste et docteur en musicologie. Passionné, avec sa voix comme seul instrument, c’est un homme en quête de son.

Publié le 2018-07-04 | Le Nouvelliste

Culture -

Assis sur une petite table à Prince hôtel (l’hôtel qui reçoit les invités du festival), Sitson déguste avec bonheur sa salade de fruit. Aussi matinal que jovial, il raconte avec timidité ses premiers contacts avec la musique qui remonte à son enfance. Dans le cadre de la cellule familiale, plus précisément auprès de sa mère, chanteuse d’église. Devenu homme aujourd’hui avec ses dreads qui lui vont à ravir, il vit de cet héritage légué par sa famille. Il fait de celui-ci une passion, un vrai métier.

Gino Sitson, musicien de jazz camerounais, se distingue par sa façon de traduire tout en une douce mélodie à l’oreille. Il fait des solos à base d’onomatopées. Un bruit harmonieux qui imite les instruments. Des scats. La musique de Gino Sitson tout simplement. C’est tout un reflet de son parcours, de ses voyages. Une musique qu’il a puisée dans ses racines camerounaises à travers ses rythmes, sa culture et sa langue. Une musique aux confins du jazz américain et de la musique classique. « Ma musique est le reflet de ce que je suis », se passionne-t-il à dire.

Entre sa passion boulimique et sa quête de comprendre les notes, les gammes, les silences, il livre son secret. « Tout simplement par passion. La musique a toujours été pour moi une forme d’exutoire, un espace cathartique», a-t-il révélé. Écouter Sitson jouer, c’est se rappeler de Bobby Mc Ferrin, ce grand vocaliste du temps jadis. Ils se ressemblent, toutefois Sitson., lui, est unique. Il apporte un regard différent qu’il remorque de sa source, de son vécu et de son parcours.

Docteur en musicologie et ethnomusicologie, l’explorateur des sons est en amour avec les notes antillaises. Ce qui lui a amené à soutenir une thèse sur le « Gwoka », musique traditionnelle de la Guadeloupe. Un genre qui, d’après lui, est très riche. « Musique-mémoire qui parle à mon âme », affirme-t-il avec ferveur. Entre la culture camerounaise et celle de la Guadeloupe, la ligne est très fine : des cultures musicales cousines. « Chaque musique correspond à une culture précise, mais il existe des similitudes assez frappantes entre ces deux univers musicaux: la gestion de l’espace sonore, l’utilisation de la voix, des percussions, la danse », déclare-t-il avec toute son âme africaine éprise de musique.

Sitson a un vrai talent. Il peut émettre des notes avec sa voix de façon homogène, avec le même volume, la même qualité de timbre et d'harmonique. Une vraie tessiture ambulante. Une boîte à musique particulièrement présente dans tous les genres musicaux, qu'ils soient classiques ou modernes. Bien qu’il ait été touché par le regard des proches et de certaines personnes faisant partie de l’industrie musicale, l’artiste ne s’est pas dérouté. Il a commencé sa carrière comme batteur, ensuite chanteur, avec une tessiture de quatre octaves et pour enfin devenir un grand compositeur. Il a un parcours extraordinaire dans le monde musical: finaliste du Prix « Découvertes RFI » en 2000, primé Parents Choice Silver Medal Honor Awards en 2004, prénominé pour les Grammy Awards en 2008, prix du meilleur album en 2016… décidément, il a une longue et grande carrière.

Juché entre son amour de comprendre les sons, notamment la parole humaine et le besoin d’explorer l’univers africain, cet homme reste un vrai maître. Un artiste. Un explorateur de sons.

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