Haïti célèbre la Journée internationale des archives

Les responsables des Archives nationales d’Haïti ont commémoré pour la première fois dans le pays la Journée internationale des archives. Célébrée le samedi 9 juin à l’hôtel Montana sur le thème « Archives : gouvernance, mémoire et patrimoine », cette journée a traité des éléments relatifs à l’accessibilité, la conservation, la préservation et l’importance de cette institution vieille de plus de 157 ans.

Publié le 2018-06-12 | Le Nouvelliste

National -

Cette première commémoration s’est déroulée dans un climat de partage d’informations. Des chercheurs en archivistique, responsables des archives ainsi que des historiens ont discuté du rôle et de l’importance des archives dans la protection, la conservation et la restauration de la mémoire nationale du peuple haïtien. Abordant la question de la collecte, du classement, de classification, de communication des différents documents à travers le pays, les intervenants ont plaidé pour une politique de bonne gouvernance des Archives nationales d’Haïti (ANH). Ces dernières sont pour eux une institution de conservation de la mémoire archivistique de la nation haïtienne.

Parler de la gouvernance, Wilfrid Bertrand, directeur général des Archives nationales d’Haïti, a affirmé que celle-ci est inconcevable sans la prise en charge de la documentation administrative qui est une source essentielle à la recherche. Soulignant l’importance de la bonne gouvernance dans le développement d’un pays, le spécialiste en bibliothéconomie et en archivistique a fait savoir que gouverner c’est à la fois s’efforcer de gérer les affaires de l’État dans la transparence et défendre l’intérêt de l’État et des citoyens. « Gouverner c’est également rendre des comptes aux citoyens », a-t-il dit.

Toujours d’après le directeur Wilfrid Bertrand, s’occuper et gérer les affaires de l’État, s’assurer de la bonne marche des institutions, se préoccuper du bien-être des citoyens, s’efforcer de garantir tous les droits des citoyens font parties de la bonne gouvernance. Il s’ensuit qu’il y a lieu de se retirer volontairement pour laisser la place à la jeune génération afin de tout organiser. « Les jeunes demandent simplement de leur donner de la chance. Il faut qu’on les accompagne pour mener à bien les affaires de notre cher pays que nous aimons tous », a-t-il spécifié.

Le chercheur Clormeus Lewis, pour sa part, a mis l’accent sur le patrimoine documentaire qui, d’après lui, est un ensemble de biens documentaires produits puis transmis au fil des générations. Après avoir précisé que le patrimoine documentaire concerne toutes sortes de supports, l’historien a fait savoir que la préservation du patrimoine du pays tient compte notamment du climat politique, de l’environnement physique et de la nature des documents. « La préservation de la mémoire d’un pays passe par la protection de son patrimoine documentaire », spécifié Clormeus Lewis tout en invitant les autorités étatiques à combattre le trafic illicite du patrimoine documentaire.

« Il est très important à la fois de renforcer les archives nationales et de créer une bibliothèque nationale et un musée national », a encouragé le sociologue qui plaide aussi bien pour des inventaires des collections patrimoniales que pour la mise sur pied des archives départementales. Selon lui, l’État haïtien doit consulter, entre autres, les archives des associations, des sociétés savantes, des associations sportives et des fondations. Il confie que certains registres de quelques ministères du pays se trouvent actuellement dans des universités américaines.

Par ailleurs, Gaétan Mentor, intervenant sur la notion de mémoire et patrimoine, a fait ressortir l’importance des archives dans le développement historique, économique, social et politique d’un pays. Le chercheur a également questionné à la fois la disparition des originaux de l’acte de l’Indépendance d’Haïti, les archives des chefs d’États Haïtiens morts en exil et des archives datant de plus de 60 ans que des notaires ont en leur possession. « Ces archives ont donc des portées historiques », fait-il remarquer.

Expliquant la participation d’Haïti en Jeux olympiques en 1924 où l’équipe de tir a réalisé un score de 646 points exae quo avec de la France et que, poursuit-il, l’on a mis Haïti à la troisième place, Gaétan Mentor a déclaré que c’est une injustice faite à Haïti. « Il est très important de conserver la mémoire du pays », a-t-il exhorté, invitant les autorités haïtiennes à travailler à la sauvegarde du patrimoine haïtien.

Plus loin, Jean Kern Bélizaire, directeur technique des Archives nationales d’Haïti a précisé que cette célébration vise à valoriser ceux et celles qui travaillent dans le domaine des archives à travers le pays. Selon lui, ces personnes œuvrent à conserver la mémoire des institutions dans lesquelles elles travaillent. Soulignant le rôle social de l’archiviste et la déclaration universelle du Conseil international des archives, Jean Kern Bélizaire demande à ses confrères et consœurs de conjuguer leurs efforts afin de donner aux archives la place qu’elles méritent dans la société haïtienne. « Il est temps que nous prenions en main les archives de la nation haïtienne », a persisté le bibliothécaire qui préconise un système d’archivage au niveau national au sein des différentes institutions publiques afin, ajoute-t-il, de préserver les documents qui doivent être conservés.

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