Festival Krik Krak / Conférence

Pour connaître la musique d'Haïti, il faut l'avoir écoutée

Dans le cadre de la 5e édition du Festival Krik Krak organisé sous les auspices d’Akoustik Prod, du 1er au 3 juin, dans la ville des Cayes, Michèle D. Pierre-Louis, présidente de la Fokal, a prononcé une conférence le samedi 2 juin à l’Alliance française des Cayes autour du thème «La musique traditionnelle ». Pendant plus d’une heure, elle a retracé le trajet de ladite musique en mettant l’accent sur la présence du tambour durant ce périple.

Publié le 2018-06-07 | Le Nouvelliste

Culture -

D’entrée de jeu, Mme Pierre-Louis a fait référence à Claude Dauphin, musicologue et musicien, pour parler de la musique haïtienne. « La musique d’Haïti est caractérisée par deux tendances paradoxales. Premièrement, la conservation du patrimoine africain et, deuxièmement, l’invention du style créole », a-t-elle cité. « L’héritage africain et les apports européens qui se sont octroyés pendant la colonie, puis l’addition des influences interaméricaines après l’indépendance ont convergé vers une typologie musicale nationale prédominante au niveau populaire. », a-t-elle développé. Plus loin, elle a détaillé ces différents apports, dont l’apport africain avec des tambours, l’apport des Européens avec des accordéons et violons, mais aussi des styles inspirés de la Caraïbe et de l’Amérique latine.

Pour une fin d’après-midi, la température n’était pas du tout clémente, tant il faisait chaud. Mais cela n’a pas empêché plus d’une cinquantaine de participants de prêter une attention soutenue à la conférencière, Michèle D. Pierre-Louis, qui se prononce sur « La musique traditionnelle », un thème qui semble susciter de l’intérêt chez plus d’un.

La présidente de la Fokal a poursuivi en faisant écouter à l’assistance des bribes de 42 morceaux de musique traditionnelle haïtienne. Car, à en croire ses propos, pour connaître la musique d’Haïti, il faut l’avoir écoutée. Elle a mentionné, par ailleurs, le travail colossal réalisé par l’Américain Harold Courlander à travers son livre « Haiti singing (Haïti chante) », un texte descriptif sur la musique traditionnelle en Haïti, et a retranscrit plus de 186 chansons populaires. Elle a informé également que certains de ces morceaux sont disponibles à la Bibliothèque Monique Calixte de la Fokal.

La musique traditionnelle haïtienne entretient un lien fort avec le vodou, notamment de par son origine. « Cette musique qui a un encrage dans les pratiques populaires est issue en grande partie du vodou, mais aussi de la colonisation », a affirmé Mme Pierre-Louis.

Entre les termes « musique traditionnelle », « musique populaire », et de nos jours on parle de « musique racine », il ne semble pas avoir de grande différence. Car, selon la conférencière, cette musique a un encrage dans les traditions populaires, et la musique dite racine est elle-même inspirée de la musique traditionnelle. «Elle a évolué en intégrant de nouveaux instruments venus d’Europe et des Amériques. Néanmoins, la constante de cette musique est le tambour», a-t-elle attesté.

Par ailleurs, il existe divers rythmes, particulièrement d’origines africaines, qui coiffent la musique traditionnelle haïtienne, dont petro, rada, congo entre autres, et les tambours sont confectionnés suivant le rythme auquel ils sont destinés. Mais définir la musique traditionnelle d’Haïti n’est pas chose facile, en raison de sa diversité, mais aussi de sa complexité.

En ce début du mois de juin, la ville des Cayes a renoué avec plusieurs de nos traditions en voie de disparition. Durant trois jours, concours de rara et jeux traditionnels ont eu lieu, des performances artistiques et des conférences sur le conte haïtien, les proverbes ainsi que sur la musique traditionnelle ont été données. Bref, toute une kyrielle d’activités a été offerte par Akoustik Prod pour mettre en valeur le patrimoine culturel haïtien, particulièrement le patrimoine immatériel.

Michelet Joseph micheletjoseph93m.j@gmail.com Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article