Deux mois sans les nouvelles de Vladjimir Legagneur

Publié le 2018-05-14 | Le Nouvelliste

Editorial -

Ce lundi 14 mai marque exactement deux mois depuis la disparition du photojournaliste Vladjimir Legagneur. Les autorités judiciaires et policières n’arrivent toujours pas à éclaircir les circonstances de la disparition du photojournaliste. Deux mois après, l’enquête se poursuit.

La disparition de Vladjimir Legagneur est traumatisante. Elle est inquiétante quand deux mois plus tard l’État est incapable de faire la lumière en dépit des indices dont disposent la police et la justice. Le reste d’un cadavre et des objets ont été récupérés, des individus, selon les autorités policières, ont été arrêtés. Les résultats du test d’ADN sur le reste du cadavre se font toujours attendre.

Les promesses des plus hautes autorités du pays pour faire la lumière sur le cas de Legagneur ne sont pas encore tenues. L’engagement du chef de la police de pacifier le quartier de Grand-Ravine où le photojournaliste s'était rendu reste une parole en l’air. Au contraire, la situation s’est empirée suite aux déclarations de Michel-Ange Gédéon. Les gangs défient les forces de l’ordre, pour ne pas dire l’État. Les détonations d’armes automatiques troublent depuis plusieurs semaines le quotidien, et même les nuits des habitants de Martissant et des quartiers environnants. Un scénario qui rappelle la dure période de l’opération Bagdad en 2004 dont les dirigeants ne semblent pas mesurer l’ampleur. On se rappelle à quel niveau le Premier ministre Jack Guy Lafontant avait minimisé au Parlement les tensions à Martissant. Pour lui, Haïti reste l’un des pays les plus sécuritaires des Caraïbes. Supposons que le Premier ministre disait la vérité, est-ce une raison pour donner carte blanche aux gangs pour terroriser les populations des quartiers du Bicentenaire, ceux de Martissant et de ses environs ? Une situation qui perturbe les activités économiques dans ces zones, notamment les écoles. Elle provoque aussi sans nul doute son lot de déplacés. Les autorités ne semblent pas être au courant.

Les tensions à Martissant, en attendant que l’on connaisse les revendications des groupes armés, sont un vrai test pour l’administration Moïse/Lafontant. Un test aussi pour la Police nationale d’Haïti qui a seule la responsabilité de garantir la sécurité des vies et des biens dans le pays depuis le départ des blindés de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) transformée depuis octobre dernier en Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (Minujusth).

Moins d’un an après le départ des soldats onusiens, la PNH est face à la réalité. C’est le mode de gestion des tensions de Martissant qui dira ce qui reste à la PNH des dizaines de millions de dollars américains dépensés pendant 12 ans par l’ONU au nom de la stabilisation d’Haïti. La neutralisation des gangs dépendra aussi de la bonne volonté des autorités politiques. En 2006, après sa prise de pouvoir, le feu président René Préval avait publiquement donné deux options aux gangs : mourir ou déposer les armes. On connaît la suite. Aujourd’hui, on attend les déclarations du président Jovenel Moïse sur la situation de Martissant.

La triste réalité de Martissant détourne un peu l’attention de Vladjimir Legagneur. C’est à la presse qu’il revient de ne pas laisser s'endormir sur leurs lauriers ceux qui sont placés pour répondre à toutes les questions sur la disparition du photojournaliste. C’est un droit de savoir où est passé Vladjimir Legagneur.

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