Lévi NELSON, un directeur inoubliable

Publié le 2018-05-30 | Le Nouvelliste

Société -

Je ne cherche pas à savoir pourquoi le philosophe de Sinope, muni d’une lanterne allumée en plein midi, s'appliquait à chercher un homme. Je me refuse à le savoir. Mais ce que je sais, c’est que le sage de la Grèce antique a sillonné en vain toute la ville d’Athènes. Je sais qu’il n’a pas su découvrir, parmi les « ombres » de sa génération, peut-être en crise de personnalité, un homme distingué et digne de ce nom.

Je m’étais moi aussi appliqué à chercher un homme et, contrairement à Diogène, le succès a finalement couronné ma chère et minutieuse quête. J’ai trouvé en Nelson Lévi, né le 18 septembre 1935 à Pétion-Ville, un homme. Un vrai. Un homme qu’il fallait dans sa génération et dont la nature était fière. Un homme en avance sur son temps, déterminé à se battre pour les générations à venir. J’avais trouvé en lui un homme, et je m’en félicite. Un échantillon d’homme discipliné, respectueux des principes qui conduisent à l’élévation de l’âme humaine. Un prototype réel d’homme de caractère et de cœur. J’avais vu en Nelson Lévi un homme en toutes lettres. Un homme qui servait de standard, d’étalon aux témoins de son aura, de sa responsabilité et aux jeunes. Un homme de pur prestige. Un homme dont on pourrait dire qu’il était taillé dans le plus précieux des granites.

Nelson Lévi se cramponnait à son idéal et peinait sans souffler à la concrétisation de son rêve de développement humain. C’était un homme de vision. Un homme qui a réussi à s’évader de ses fantasmes les plus fous, les plus ingénus, de ses chimères les plus enjouées pour enfin s’accomplir au profit de plus d’un. Un homme de pensée mature et d’action. Un battant d’envergure singulière, témoin lui-même de ses succès. Un homme qui, enfin, a dû palper ses mirages, tout heureux de n’avoir pas rêvé en pure perte. Fougueux, ardent et animé du désir de servir la nation, d’œuvrer à la formation multidimensionnelle, au bien-être intellectuel des fils et des filles d’Haïti. Il a eu le mérite de fonder « L’INSTITUTION MIXTE SAINT-JOSEPH », dite affectueusement « Kay Lévi », à Delmas 105, route de Frères.

Comptable de son état, il était à la fois un cérébral et, un pragmatique, utile à la société. Moi, Mompremier François, avais été témoin malheureux de l’extinction de ce puissant phare le 21 décembre 2017. Pour une lumière, c’en était une ! Notre pays, en pénurie de ressources humaines, a perdu, pour comble de malheur, un grand homme. Doté de si hautes qualités, courageux, l’âme imbibée de philanthropie, d’humanisme et de magnanimité, il était un regard attendri, une oreille attentive, un cœur qui compatissait.

Conscient et fort de ses acquis intellectuels et de son solide bagage, il a prisé les valeurs humaines et a consenti à tant d’efforts et de sacrifices en vue du changement idéal de l’homme haïtien par l’éducation. Il a voulu, de toute sa force, se dévouer, parvenir à ce que nos jeunes soient instruits et formés pour une Haïti prospère, intelligente et digne des prouesses de ses héros, pour une Haïti d’hommes émergeant de la misère résiduelle et de la mentalité sous-développée, d’hommes affranchis d’obscurantisme, d’ignorance, d’égocentrisme et de préjugés.

J’avais trouvé en Nelson Lévi un humaniste. Un brillant intello s’il en est. Et, avec ce départ, je me heurte tristement à un terrible cauchemar. Mais comment donc me réveiller de cet horrible rêve où je le vois partir, partir pour toujours ?

Je m’en plains, m'arrachant les cheveux. Je me préoccupe de trouver un autre homme de sa carrure. Un homme qui s’applique à être le prolongement de notre Lévi, soucieux de l’éducation adéquate d’une jeunesse en mal de repères.

Me voilà donc à nouveau comme Diogène, lanterne allumée en plein jour dans ma main bien tendue, criant à tue-tête à tous les coins de rue : «je cherche un homme ».

Puissent ses cendres fertiliser la terre haïtienne !

Mompremier François Professeur de Belles-Lettres et de Philosophie. Téls : (509) 3612-3390 / 3224-2321 Auteur
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