Une banane vaut plus qu’une femme

Bloc-notes

Publié le 2018-05-11 | Le Nouvelliste

National -

Pour un vol à l’étalage, un jeune homme peut être lapidé. Pour l’assassinat au couteau d’une jeune femme, un homme est presque pris en pitié, la foule est compatissante, compréhensive. Qu’est-ce donc que cette morale ? Qu’est-ce donc que ce pays ?

Dans un supermarché, un client se doutant de l’origine de l’œil au beurre noir de la caissière, lui dit : « Il finira par te tuer. » Elle répond : « C’est mon homme, c’est normal qu’il me batte. » Le client : Il finira par te tuer. » La caissière : « S’il avait voulu me tuer, il ne m’aurait pas frappée avec ses poings .» Qu’est-ce donc que ce pays ? Qu’est-ce donc que cette jeune femme pour laquelle on ne peut que souhaiter que son « homme » n’ait jamais un couteau sous la main ?

Il y a la précarité qui affecte les femmes encore plus que les hommes et qui fait que les rapports dits affectifs – dans le fond, plus sexuels qu’autre chose – deviennent plus que jamais monnaie d’échange et enfermement dans toutes les formes de dépendance de la femme vis-à-vis de l’homme. Et vient le jour de la reddition de comptes exigée par l’un ou par l’autre, la décision de rompre le pacte. Lors, l’arme de la femme, c’est la fuite, celle de l’homme la violence physique. À ceci nous assistons tous les jours alors que les politiques conduisent la population du pays – celle du monde – à encore plus de précarité.

Mais il y a aussi les salauds qui continuent de dire que la femme doit être la servante de l’homme, que l’homme est le chef, que le sexe, la pensée, l’avenir, la destinée de la femme, qui a eu, par amour ou par stratégie de survie, le malheur de lui dire oui, lui appartiennent et qu’il a le droit d’en disposer à sa guise. Personne n’ose les dénoncer pour ce qu’ils sont, des salauds, ceux qui véhiculent dans les écoles, les temples, ces discours de l’autorité masculine et du devoir de soumission de la femme. Car c’est en grande partie dans ce type de discours que les assassins de femme vont puiser leurs références.

Hystérie collective. Crime. Une mort suspecte, c’est le houngan et on tue le houngan. Un banal accident de voiture, on sort son arme. Un mari s’estime trompé dans son orgueil, au nom de son pénis, il tue sa femme. Qu’est-ce donc que cette morale du droit de tuer, de frapper ?

Et qu’est-ce qu’une société dans laquelle une banane vaut plus qu’une femme ? Honte à tous ceux qui cautionnent au nom de toutes leurs foutaises cette logique de mort !

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