Martin Luther King et nous

Publié le 2018-04-04 | Le Nouvelliste

Editorial -

Est-ce parce qu'Haïti s’est libéré du joug de l’esclavage depuis le XVIIIe siècle ? Est-ce parce que notre pays s’est déclaré indépendant au début du XIXe ? Les questions raciales n’ont pas marqué les esprits dans notre pays comme ce fut (est encore) le cas aux Etats-Unis d’Amérique. Non pas que la problématique n’existe pas. Elle ne cristallise pas (plus) les débats ni les luttes dans la société haïtienne.

C’est donc un pays un peu indifférent qui assiste de loin aux commémorations marquant les 50 ans de l’assassinat de Martin Luther King.

L’adoption de la non-violence comme tactique de bataille n’a pas grande résonance en Haïti, non plus. Le pasteur, très impliqué dans la politique, dans la lutte pour le changement, ne motive pas non plus beaucoup de nos hommes d’Église, encore moins ceux de confession protestante. Ici, on préfère prier, espérer les miracles plutôt que de se battre pour changer la condition inhumaine des uns ou des autres. Est-ce des raisons supplémentaires qui empêchent Martin Luther King d’être vénéré dans notre pays ?

En Haïti, personne ne rêve de recevoir comme le pasteur King le prix Nobel de la paix pour résistance non-violente contre la ségrégation raciale ou pour toute autre cause. Aucun pasteur ne s’est levé avec succès pour se faire le porte-drapeau d’une cause nationale. King n’inspire pas les vocations.

Le parcours de l’homme abattu le 4 avril 1968 au Lorraine Motel de Memphis n’est pas enseigné dans nos écoles. N’est pas connu du commun des mortels en Haïti. Il y a bien une avenue qui porte le nom de l’illustre auteur de « I have a dream » mais il est plus souvent nommé ruelle Nazon ou ruelle Alix Roy que avenue Martin Luther King, dans le parler de tous les jours.

Nous avons donc raté l’épisode King. Avons rarement rejoint les mouvements des Noirs aux Etats-Unis ou dans le monde. Les Haïtiens se pensent au-dessus de tout cela. Nous vivons dans l’illusion d’être indépendants depuis si longtemps… et d’être maîtres de notre destin.

Il est sans doute venu le moment de redécouvrir la vie, le parcours et l’œuvre de Martin Luther King, des grands penseurs des autres pays et des combattants des bonnes causes du monde entier en général. Notre imaginaire d’Haïtien est étriqué et nos rêves rachitiques depuis trop longtemps parce que nous croyons à tort que nos ancêtres ont déjà tout fait.

Frantz Duval
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