Le premier désordre des Forces Armées d’Haïti

Publié le 2018-04-03 | Le Nouvelliste

Editorial -

C’est un communiqué très officiel du ministère de la Défense qui a informé la population ce mardi 3 avril du premier écart commis par des soldats de la nouvelle version des Forces Armées d’Haïti.

Le samedi 31 mars dernier, trois membres du corps de génie militaire ont perturbé une fête à Anse-Rouge, dans l’Artibonite. Ils ont même, selon le communiqué, fait usage de leurs armes.

Cet incident est le premier du genre dont on a connaissance depuis que le retour des forces armées est à l’ordre du jour.

Dans sa note, le ministère de la Défense dit sa « stupéfaction », « désapprouve le comportement des soldats-techniciens » qui se sont rendus « sans ordre de mission ni permission régulière » en un lieu où ils n’étaient pas affectés. Le ministère « déplore et condamne avec fermeté l’acte d’indiscipline et le comportement indigne » de ses brebis. Cela ne cadre pas avec la « nouvelle philosophie de l’institution militaire ».

Le ministère promet des mesures de redressement et annonce qu’une enquête sera diligentée.

Fait important à souligner, si le ministère veut savoir ce qui s’est passé, la justice fera son travail de son côté. Depuis l’adoption de la Constitution de 1987, les militaires répondent de leurs actes devant les tribunaux.

Le communiqué non signé du ministère de la Défense fait aussi état d’enquête pour connaître la provenance des armes utilisées par les soldats-techniciens. Est-ce à dire qu’ils disposaient d’un armement parallèle à leur dotation de fonction ?

Autre question : qu’en est-il de la discipline au sein de l’armée qui est dans une période particulière ?

Le corps de génie militaire a préexisté à l’arrivée du haut état-major. Se considère-t-il comme un service technique ou comme un corps armé et hiérarchisé ?

Qui peut dire aujourd’hui l’effectif et les zones de déploiement ou d’affectation de l’armée ? Qui sont les autres officiers hors ceux du haut état-major ?

A l’haïtienne, nous sommes en train de remobiliser une force armée. L’armée, plus qu’hier, se doit d’être exemplaire. L’a-t-on bien fait comprendre à toutes ses composantes ?

A la place d’une communication de la police nationale, de la justice ou du haut état-major, voilà que c’est le ministère de la Défense qui communique sur un incident impliquant des civils et des militaires. C’est bien mais il faut faire plus pour que tout un chacun sache et comprenne ce corps qui revient sans le décor.

Frantz Duval
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