Grève des douaniers : « La patience de l’Etat ne peut pas être infinie », avertit Jude Alix Patrick Salomon

Publié le 2018-03-12 | Le Nouvelliste

National -

Le mouvement de grève des douaniers a entamé sa deuxième semaine consécutive ce lundi. Les activités étaient au point mort au siège de l’Administration générale des douanes au Bicentenaire. La plupart des employés se pavanaient sur la cour alors que certains autres étaient observés sur leurs postes sans rien faire. Ces fonctionnaires ont répondu à l’appel de l’Association des douaniers haïtiens qui a demandé de maintenir cet arrêt de travail ce lundi. Dans sa note de presse, publiée en début de soirée de dimanche, l’ADH a dénoncé le coup de force du ministre de l’Economie qui a eu recours à des agents de la PNH afin de procéder au débarquement des navires, très tard dans la soirée du 10 mars, au port de Port-au-Prince. Ce, dénonce l’ADH, sans considération des normes sécuritaires du l’ISPS et du contrôle douanier.

Sur Magik9 ce lundi, le ministre Jude Alix Patrick Salomon a souligné que des dispositions ont été prises pour libérer les produits réfrigérés, les produits pour les usines d’assemblage et aussi pour rouvrir l’Administration générale des douanes. « Jusqu’à jeudi dernier, on n’avait pas souhaité intervenir dans le souci de laisser la porte ouverte au dialogue. Il faut cependant comprendre que la patience de l’Etat ne peut pas être infinie », a fait-il savoir, soulignant l’impact de la grève sur l’économie, notamment le fonctionnement des usines d’assemblage produisant sur des échéanciers serrés.

Le ministre a critiqué la stratégie des grévistes consistant à « terroriser » ceux qui, en revanche, veulent travailler. « La liberté de grève s’accompagne de la liberté de travailler. Les grévistes ont frappé un employé qui voulait travailler. Ils voulaient s’en prendre à la mémoire informatique du système. Est-ce que c’est une attitude responsable ? Nous avons décidé de protéger l’administration et nous estimons que l’Etat doit se remettre au travail », a-t-il déclaré, dénonçant la tentative de « personnes se présentant comme douaniers » d’empêcher le débarquement de navires. « Samedi, nous avons pris les dispositions pour permettre aux douaniers qui veulent travailler de le faire. Des agents de la PNH occupent les entrées de la douane pour éviter les perturbations intempestives d’enfants gâtés qui exercent des pressions sur les employés qui veulent travailler », a-t-il dit, appelant les grévistes à se ressaisir.

Le titulaire du MEF a rappelé que, comme il s’était engagé, les statuts particuliers seraient appliqués le 1er octobre 2018. « Je respecterai ce que j’ai signé. Les statuts particuliers vont s’appliquer non seulement pour les douaniers, mais aussi pour les inspecteurs fiscaux, les comptables publics, l’ensemble des fonctionnaires qui constituent le corps des agents du Trésor », a-t-il assuré, alors que les grévistes réclament la publication des particuliers sans délai, la condition sine qua non pour lever la grève. Jude Alix Patrick Salomon a fait remarquer que dans l’accord qui a été paraphé, il n’a été mentionné nulle part que l’Etat doit publier sous chantage un statut particulier qui serait inapplicable dans les circonstances actuelles.

Dans la foulée, Jude Alix Patrick Salomon a annoncé que le permis de port d’arme des douaniers allait être révoqué de manière provisoire. « L’arme doit être utilisée en dernier recours, pour permettre à l’agent de se protéger. Il ne doit pas servir d’outil pour intimider ceux qui veulent travailler », a-t-il dit. Le titulaire du MEF dénonce les caprices et les incohérences des douaniers. Cette situation, selon lui, fait perdre à l’Etat 150 millions de gourdes en moyenne par jour. De plus, fait-il remarquer, il y a des risques de perte d’emplois dans le secteur de la sous-traitance en particulier.

A la fin de la matinale de Magik9, le porte-parole de l’Association des douaniers haïtiens (ADH), Michelson Nelson, a critiqué la manière dont le ministre des Finances traite le dossier. Il s’est insurgé de la volonté du ministre de révoquer le permis de port d’arme des douaniers. « Nous n’avons pas de permis de port d’arme. Il y a, de préférence, un corps armé dans l’AGD, créé en fonction du décret de 1995. Cette structure est dénommée « Surveillance douanière et lutte contre la contrebande et la fraude ». Il faudrait que le ministre abroge l’article qui nous autorise à porter une arme pour parvenir à ses désirs », a-t-il balancé.

Michelson Nelson dénonce ce qu’il appelle une « opération de chauve-souris » orchestrée par le ministre Salomon dans la douane de Port-au-Prince, de Malpasse, etc. Le porte-parole de l’ADH a exhorté les directeurs de la Police et de l’Administration générale des douanes à prendre leurs responsabilités. « La voie choisie par le ministre des Finances peut déboucher sur un nouveau drame comme celui de Grand-Ravine (où des policiers ont exécuté des civils en marge d’une opération qui avait mal tourné). Quiconque détient une arme n’acceptera pas d’être frappé par un agent de la PNH armé. Ce serait humiliant », a-t-il prévenu. Le porte-parole souligne que les grévistes n’ont jamais tenté d’empêcher ceux qui le souhaitent de travailler comme l’a fait savoir le ministre.

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