Grève à la Maternité Isaïe Jeanty : des anciens contractuels paralysent l’hôpital

Publié le 2018-03-08 | Le Nouvelliste

National -

Une dizaine de femmes enceintes, de femmes qui ont subi une intervention chirurgicale, de souffrantes en quête de soins, s’apprêtaient à quitter la maternité Isaïe Jeanty ce jeudi. Elles ne rentraient pas chez elles sous l’avis d’un médecin mais de l’administrateur de l’hôpital qui est passé justement pour leur demander de vider les lieux. Les activités de l’hôpital sont complètement paralysées depuis trois jours parce que des anciens contractuels l’ont voulu ; parce qu'ils ont passé à l’offensive pour réclamer leur réintégration dans le système.

Eventrée, Marjorie Milien est allongée sur le lit qu’elle occupe depuis plusieurs jours au carré de post-partum de l’hôpital. Elle a subi deux interventions chirurgicales subitement. Les médecins qui l’ont opérée ont cousu une partie incisée et laissé un trou béant pour faciliter le drainage des sécrétions. Marjorie s’apprêtait à rentrer chez elle ce jeudi avec ce trou dans le bas-ventre, sans prescriptions, encore moins ses papiers médicaux.

Dans la salle d'à côté, M. Nélméus, les yeux attristés, peine à regarder sa fille dans la vingtaine. La jeune fille, enceinte de quatre mois, a également subi une intervention chirurgicale pour une tumeur bénigne (fibrome) qui mettait sa grossesse en danger. Un cathéter entre ses jambes, la patiente de corpulence frêle encaisse son mal courageusement.

Le plus grand centre hospitalier dédié aux femmes en Haïti, loin d’être assaini depuis des jours, se vide de ses dernières patientes. L’ambiance qui régnait est assiégée par cette tristesse, cette peur qui se lit dans le visage des parents des malades et cette souffrance amère des patientes. « J’ai dépensé tout ce que j’avais. Je vais devoir rentrer avec elle malgré moi. Nous comptons sur la divine providence parce que la malade se trouve maintenant entre la vie et la mort », s'est lamenté M. Nélmeus.

Déboussolée, la fille de Nélmeus arrive à expliquer qu’elle a de fortes douleurs, un vertige qui n’arrête pas. « Depuis deux jours, je n’ai reçu aucune visite d’un médecin ni d’infirmière à cause de la crise », a-t-elle dit, allongée sur un lit délabré, sans couvert.

Après trois jours de paralysie, la meilleure solution, ont jugé les responsables de l’hôpital, est de renvoyer chez eux les malades en dépit de la gravité de leur cas. « Ce matin, l’administrateur de l’hôpital est venu nous dire de rentrer chez nous. Ce n’est pas un médecin qui nous a donné l’exeat mais un administrateur », a ironisé Altagrâce, une autre patiente qui part avec un trou dans le ventre.

Cette fois-ci, ce ne sont pas les résidents ou les syndicats des travailleurs de la santé qui décident de paralyser le fonctionnement de l’hôpital mais des ex-contractuels qui se sont concertés pour passer à l’offensive. « Nous exigeons notre intégration dans le système », ont expliqué certains d’entre eux qui n’ont pas voulu révéler leur nom. « Nous avons le droit de garder l’anonymat », a répondu un contractuel protestataire.

« Il y a certains d’entre nous qui ont travaillé depuis 10, 7, 5 ans à la maternité Isaïe Jeanty, à qui le ministère de la Santé n’a pas délivré de lettre de nomination. Nous avons aussi des responsabilités. Les autorités ne peuvent pas se débarrasser de nous ainsi », ont-ils indiqué.

Le ministère de la Santé publique et de la Population, en conformité avec circulaire n 003 relative à la rationalisation dans la fonction publique et aux contrats de services du personnel contractuel, avait pris la décision de mettre un terme au contrat de plusieurs personnes travaillant dans les hôpitaux publics. Cette décision a été effective à l’entrée en vigueur de l’exercice fiscal 2017-2018. Les malades ne font que payer les frais de cette mesure.

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