Haïti et la Caricom, 16 ans de tâtonnement

Publié le 2018-02-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

2002-2018 : 16 ans depuis qu’Haïti est « membre à part entière » de la Communauté des Caraïbes (Caricom). 16 ans depuis que le pays fait du sur-place et tâtonne. 16 ans de marronnage. 16 ans de doute. 16 ans depuis que les autorités qui se sont succédé ont failli à leur mission. Volontairement ou involontairement. Haïti a certes le statut de « pays membre à part entière », on est en réalité observateur. Il y a des processus non aboutis pour intégrer l’organisme régional créé en juillet 1973 par le traité Chaguaramas. Il y a des étapes à franchir pour espérer mieux. On le sait tous. On les connaît toutes. Nos autorités fuient souvent leurs responsabilités pour une raison ou pour une autre.

Pour la deuxième fois en cinq ans, Haïti assure la présidence tournante de cet organisme régional. Au moment où Port-au-Prince accueille lundi et mardi la réunion semestrielle de la Caricom, la question revient sur la table : que faisons-nous au sein de la Caricom si ce n’est pour observer ? Au-delà du marketing politique que nous vendons autour de l’événement, nos représentants vont-ils saisir cette occasion pour enfin débattre des vraies questions liées au processus d’intégration d’Haïti ? Allons-nous mettre enfin notre devoir au propre afin de jouir des « avantages » offerts par la Communauté ? Nous devrons profiter de ces assises pour cesser d’être la risée de la région. Ou cesser de nous mentir. Mettre fin au refrain de cette chanson : « on va faire ceci, on va faire cela, on est en train de travailler sur ça… »

Quoiqu’il ne soit certes pas actif lui-même à la tête du gouvernement, le Premier ministre souhaite qu’Haïti devienne un « acteur plus actif ». Haïti, qui fait face à un ensemble de problèmes d’ordre structurel, doit savoir qu’elle est la première à pouvoir défendre ses intérêts. A l’ouverture de l’événement, le président de la République a reconnu, lui aussi, que le processus d’intégration est trop lent et a promis de l’accélérer. Comme il l’avait annoncé à Paris en décembre dernier, Jovenel Moïse, qui préside les séances à cette réunion de la Caricom, soutient que les priorités pour Haïti demeurent la gestion des catastrophes naturelles et la question des assurances. C’est la priorité de quasiment tous les pays de la région très exposée aux catastrophes naturelles, notamment les cyclones. Mais, au-delà des catastrophes naturelles et la question des assurances, Haïti doit s’assurer du suivi de ses différents dossiers pendants au secrétariat de la Caricom, notamment travailler sur l’intégration du créole et du français comme langues officielles, la libre circulation des biens et des personnes (des professionnels ?), entre autres.

On est peut-être hésitant après avoir signé des accords de libéralisation dans le temps qui n’ont pas porté fruit. Un doute légitime, mais on ne peut pas intégrer un organisme régional, on paye les cotisations mais on hésite à finaliser le processus. Certains diront qu’on a rien à offrir en termes d’exportations. Il faudra gérer les questions de tarifs extérieurs communs et le taux de droit de douane. Toutes les questions sont constamment débattues depuis plusieurs années, aucune réponse concrète n’est jamais apportée. Les suivis manquent.

La 29e réunion inter-sessionnelle de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Caricom serait-elle une réunion de plus pour Haïti ?

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