Sans gants…

Publié le 2018-02-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

Notre organisation mentale, notre approche magico-religieuse de questions sensibles en rapport avec la sécurité, la sûreté de nos lieux de vie, brassage d’argent, comme les marchés publics, soulignent que nous sommes en défi permanent, en transgression du bon sens et de la science. Quand ceux qui ne respectent aucune règle pour prévenir les incendies perdent gros et petits stocks dans les flammes, il y a un émoi naturel, un réflexe de solidarité. Oh.., il faut aider les pauvres infortunés du sort !!!, s’exclame-t-on, sans accepter des évidences.

Il y aura d’autres incendies à cause de l’organisation anarchique des marchés publics, de l’ignorance des technique de manipulation des produits dangereux, de l’absence d’extincteurs pour maîtriser un départ de feu, de la rivalité entre gangs rivaux (supportés par des autorités), habitués à la pratique de la terre brûlée. Il y a de fortes probabilités que la liste des marchés incendiés s’allonge dans le futur. Des irresponsables publics, comme d’habitude, verseront des larmes de crocodile, feront des promesses. Les gros et petits intelligents se feront de l’argent. Il y aura sans doute de faux marchands à recevoir de l’aide. Il y aura sans doute des distributeurs d’aide peu scrupuleux.

Il y aura peut-être des montages financiers pour acheter des camions pompiers, des équipements à coups de millions. Entre « koutay et commission », on passe de « van vini ma ba w bonbon au dife pete pou m fè lajan !!! ». Mais, encore et toujours, la sûreté, la sécurité ne seront pas approchées de manière scientifique, globale, à travers des politiques publiques prenant en compte le zonage du bâti, les voies d’accès et d’évacuation dans les marchés publics, les vocations spécifiques, les bouches d’incendie, l’éducation des marchands, les premiers capables de poser des gestes pour limiter les dégâts au cas où il y aurait un départ de feu.

Si, plus simplement, après observations, un expert recommandait la destruction de toutes les guérites dans un périmètre de cinq mètres autour des clôtures du bureau de l’administration générale des douanes, un bâtiment sensible et stratégique compte tenu de son importance pour le Trésor public, pour l’économie, il serait très vite qualifié de sans-cœur.

Si un financier, par rapport aux risques élevés d’incendie, propose une mutuelle aux marchands afin qu'ils disposent de fonds pour se remettre à flot, recommencer leurs activités commerciales après un incendie, il serait peut-être traité de fou, de voleur en puissance.

La vérité toute crue est que tout le monde trouve son compte dans ce mode d’organisation. Il est mieux de faire des millions dans la boue. Sans payer de taxes à la hauteur de ses activités, sans éveiller soupçons et convoitises. Il est mieux de ne rien payer à l’État. Pas de patente, pas de taxes, pas d’impôt sur le revenu, pas de cotisations à une mutuelle. En cas d’incendie, les « anmweeeee » suffiront. Les victimes se souviendront que l’État existe, qu’il leur doit tout ou presque tout. Il y aura des chèques, de l’argent, peut-être utiles pour certains, surtout injustes pour ceux qui paient leurs taxes et redevances à l’État.

Le modèle fait de déni de la science, de non-formalisation des actifs, d’inégalité des citoyens face à l’impôt, du refus de financer un vrai système de sécurité sociale et de créer une culture de l’assurance, a peut-être de beaux jours devait lui. Cependant, si l’on ne dit pas les vérités qui fâchent, sans prendre de gants, il sera difficile de sortir du trou noir de la bravade, de l’ignorance, du paradis des filous…

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